‹ Les dialectes indo-européensChapitre 22 sur 38 · LA SIFFLANTE S · texte numérisé non relu

LA SIFFLANTE S

sr,

des formules n'est pas nécessaire en pareil cas, et de même pour tous les faits considérés ici. M. Uhlenbeck observe des x slaves après e, o, a ; mais ils sont tous suspects d'être analogiques : Vi lînal de v. si. beresl suffit à exclure l'identification totale avec skr. bhârasi « tu portes » (cf. M. S. I., XI\ , p. 412 etsuiv.). Enfin il y a des cas où i.-e. *rs donnerait si. r^; mais ce traitement serait inconciliable avec des exemples certains où *rs donne si. r.v, et les cas de r^ doivent s'expliquer par des contaminations, ainsi dans drirji « hardi » en face de gr. Opasjç. skr. dhrsiji'ih, comme on l'a supposé depuis long^temp's; en aucun cas, il n'est admissible que *;-5 donne si. V:(; car les anciennes sourdes se maintiennent en slave avec une fixité absolue, et l'on ne connaît aucune sonorisation pareille en slave commun. — Même si l'on tient pour admissible le passage slave de s k i en certaines conditions, il n'y aurait pas lieu de renoncer pour cela au rapport entre indo-iran. s et si. A- comme le montre M. Pedersen, K. Z-, XL, 479. Etant donné qu'il s'agit d'un fait dialectal indo-européen, l'innovation indo-iranienne et l'innovation slave sont donc parallèles (cf. Brugmann, Grundr. F, §818. Anm. 2, p. 727 et suiv.).

Le lituanien a aussi s après /, u, i\k: mais il présente égalelement s dans les mêmes conditions, et l'on n'a pas réussi à déterminer avec rigueur suivant quelle loi se répartissent s et s, pourquoi par exemple on a lit. bJitsà = v. si. Niixn. mais lit. vet lissas =^ y. s\. vetrixil.

L'Encheiridion vieux prussien a quelques exemples isolés de -rsch-k côté de -rs-. notamment pirschdaii à côté de pirsdaii, et pogirschnan à côté de pogirsnan (v. Berneker, Die preiiss. Spr., p.'' un et suiv.). On citera aussi iischts « sixième », cf. skr. sasthàh (le degré zéro de l'élément présuffixal du mot vieux prussien est correct au point de vue indo-européen).

Pour l'arménien, il est malaisé de trouver un témoignage valable. Les exemples tharsiWi et garsim ont été repoussés par M. Pedersen, K.Z., XXXIX,4I3; et en etïet V^ donne arm. r dans des cas sûrs comme or = v. h. a. ars, gr. :??;;, et tharani « sec », synonyme de tharsam. Mais il semble bien que le repré-

sentante? dei.-e. *^5 ait passé par une prononciation chuintante; autrement on ne s'expliquerait pas arm. ves-tasan « seize », en face de veç « six », cf. gr. 'fii\ quand le s de vestasan s'est fixé, la prononciation devait être quelque chose comme *c (le ç historiquement attesté dans une série de mots résulte, en revanche, d'altérations postérieures); de même le correspondant ar'] « ours » de skr. i'ksah, gr. ôip/.xo:, etc., a transformé en sonore y le *c ancien répondant à skr. ks et gr. ■/.-, avant avant que ce c ait perdu sa prononciation chuintante, d'où ar) en face de veç « six >» ; on ne saurait dire que y réponde ici à *-ksy-, car il n'y a nulle part trace d'un *y dans le nom de l'ours (lat, iirsiis, irl. art, etc.). et rien ne prouve que*-ksyait donné y ; car le rapprochement de arm. a) « droit » avec gr. à^ioç ne vaut pas celui avec skr. sàdhûh proposé depuis par M. Lidén, Arm. Stud.. 7o et suiv. Il y a ainsi trace de s en arménien au moins après gutturale.

Le passage de j à i en certaines conditions est donc constant en indo-iranien; en slave, il subit une grave limitation (qui résulte peut-être d'un retour de .j à j^ au moment où s est devenu x) ; en baltique, il est seulement partiel; en arménien, il n'y en a que des traces douteuses ou contestées pour la plupart Sur l'albanais, il est malaisé de se prononcer parce que le traitement de s y est très compliqué. Quant aux autres langues, on n'y rencontre pas de s représenté par une ancienne chuintante qui puisse être de date indo-européenne. La ligne du traitement s j s coïncide donc en gros a^'ec celle du traitement des gutturales ; et ceci est important ; car, dans les deux cas, il y a innovation parallèle des dialectes orientaux.

Le passage de s à /;, qui est un simple phénomène d ouverture de la consonne, s'est réalisé dans le domaine celtique d'une manière tout à fait indépendante. L'^- initial se maintient généralement en gaulois et en irlandais; toutefois, dans les mots inaccentués et accessoires, s est devenu en irlandais h, (jui est tombé ; de là, le contraste de v. irl. saniail « resstMublance » et de ainail iamal) « comme » ; dans les dialectes brittoniques. le passage de s initial à /; est constant devant voyelle.

LA vSlFFLANTE S 87

Dans trois lang-ues indo-européennes, dont le j^roupement est significatif, à savoir en grec, en arménien et en iranien, le passage de s k h a. lieu, non comme en brittonique à date relativement récente, mais antérieurement aux plus anciens textes l^^t, dans les trois, la formule est exactement la même : passent à /; les *s placés devant voyelle à l'initiale et entre voyelles à l'intérieur du mot, et déplus une partie des *s devant et après sonantes ; *s subsiste avant et après une occlusive. En ce qui concerne l'iranien, le passage de *s à h est antérieur aux inscriptions achéménides, aux gathâs et aux premières transcriptions de noms iraniens en grec (témoin 'Ivo6ç). En arménien, le passage de*j-à h n'est pas seulement antérieur aux plus anciens textes, ce qui n'est pas beaucoup dire ; mais, à l'époque de ces textes, b issu de s est déjà tombé entre voyelles à l'intérieur du mot sans exception, et à l'initiale dans la plupart des cas : eiutbii « sept ^^,oiJin « quelqu'un » (cf. goi. sama« même», siiins « qvielqu'un »), aiii « année »; et là où l'on a /j, comme dans hiii « ancien », on peut se demander si ce b est plus étymologique que celui de bu m « cru », cf. ('<)\j.iç, skr. âiiiâb irl. OUI ; de ban << grand' mère », cf. lat. anus, v. h. a. -anna, gr. àw'^ç ; de Jmw « grand-père », cf. lat. aiios, v. pruss. aivis; de bau' « oiseau », cf. lat. aitis; de basanel « arriver », cf. skr. açnôti\ etc.; le/; issu de *p initial se maintient encore à peu près constamment au contraire : bcru, het (maisofw), biir^ hayr, etc. En grec, le passage de ^ à /; est aussi de beaucoup antérieur à l'époque historique ; /; intervocalique n'a laissé de traces dans aucun dialecte ; b initial (esprit rude) se maintient dans une partie des parlers, mais a disparu d'un grand nombre d'autres dès avant l'époque des premiers textes épigraphiques et littéraires (v. Thumb, Spiritus asper,pas.uiii). La concordance de ce passage de *s à /;, dans trois langues voisines, et en des conditions pareilles, semble indiquer un fait dialectal de date indo-européenne.

Mais c'est un fait indo-européen relativement récent. On a deux indices de ce caractère pou ancien du phénomène.

I" Le passage de j^ intervocalique à /.) en iranien est posté-

rieur au chang-ement de *s en s après / et // ; car on a iran. isa, usa, et non iha, nha. On voit par là que le changement, s'il est de date indo-européenne, a eu lieu de manière autonome dans chaque parler, comme tous les autres changements considérés ; ce point ne doit jamais être perdu de vue.

2" L'assimilation de *j^ initial à une ancienne prépalatale a eu lieu avant le passage de *'s initial à h devant w en arménien, comme le montre arm. skesiir « mère du mari », cf. gr. Vsv.upa, zd xvasitra- (lit. s:;ès:iiiras, skr. çvàçiirah, ont subi la même assimilation que l'arménien). L'assimilation n'a pas eu lieu en iranien, ainsi que l'indique zdxvasura.

Page 1