‹ Les dialectes indo-européensChapitre 28 sur 38 · DE QUELQUES SUFFIXES NOMINAUX · texte numérisé non relu

DE QUELQUES SUFFIXES NOMINAUX

Brugniann, Grundr. 11% 1, p. 367), a fourni des participes à deux langues seulement : le slave, oîi le type neslu, accompagné d'auxiliaires divers, sert à former tous les temps composés, et l'arménien, où l'on a k la fois des participes tels que hereal (gén. bereloy) « porté, ayant porté », et des infinitifs tels que berel (gén. bereloy) « porter », et où il n'y a pas d'autre formation de participe passé ni d'infinitif. Toutefois l'ombrien a peut-être aussi un em.ploi pareil du suffixe, dans le type entelnst '» imposuerit » ; et l'on a dans les dialectes celtiques des infinitifs en -/-, notamment en breton, v. Ernault, Zeitsch.j. celt. PhiL, 11, o13 et suiv. ; mais la fixation de l'infinitif est un fait dialectal en celtique.

4" Le suffixe des comparatifs primaires est élargi par un suffixe *-en-, en grec, en germanique et en lituanien : gr. r.oiwv, •^(Bbvo; (la forme sans élargissement subsiste dans laccusatif att. r.ofoj. etc.), got. suHia, sutiiins (il ne s'agit pas ici d'une forme de déclinaison faible de l'adjectif, puisque la nasale est constante), lit. saldès-ii-is.

Par une exception unique entre tous les adjectifs (v. M. S. L., Xlll, p. 213 et suiv.), les comparatifs primaires n'ont pas de forme féminine particulière en grec, italique et celtique : gr. yj$r:o>v (et r^l\M, etc.), lat. siiâitio)\ v. irl. siniii (( plus ancien » servent à la fois de masculins et de féminins; et, concurremment avec le fait que le comparatif a été limité au nominatif en irlandais, il en est résulté que la forme irlandaise est invariable. Le comparatif a reçu un féminin dans plusieurs dialectes contigus : germanique, slave et indo-iranien, sans parler du baltique où le suffixe secondaire du type lit. saldcs-n-i-s rendait inévitable l'introduction du féminin.

o-^Un suffixe *-//?/- d'abstraits dérivés d'adjectifs se trouve en italique : lat. imieiitils, -tiltis, en celtique : v. irl. Oitiii, ôiled « jeunesse », belhii, belhad ■< vie », et en germanique : got. mikildufs « grandeur .'. Important en latin et en irlandais, le suffixe est rare en gotique et nuinque dans les autres langues germaniques. Gomme pour le type çipoc, çopa, le germanique est ici intorniéiliairi' l'utrc rital()-iH'Ui([ue et les autres langues.

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6" Le type des noms de nombre collectifs tels que skr, trayâb, v. si. troji (trojc), lit. Ircj) n'est clairement attesté qu'en indo-iranien, en slave et en baltique ; les traces relevées dans les autres langues sont toutes douteuses (v. Brugmann, Die distr. H. d. koll. Niiineralia, p. 72 et suiv. ; dans les Abhandlungeii de l'Académie de Saxe, vol, XXV); en revanche, le type en *-)io- de lat. Irïfiî^ ternï ne se trouve qu'en italique, germanique et baltique (v. ibid., p. 28 et suiv.).

7" Les thèmes en -o- admettaient en indo-européen le genre féminin, comme le montrent lat. fâgus et gr. or,\'b;, vuoç et arm. nu (gén. niioy), etc. Et par suite, les noms d'animaux thèmes en-o- servaient également pour les mâles et les femelles, ainsi encore gr. apy.TOç, ï-ziç, etc. ; les formations des noms de femelles proviennent toutes de développements indépendants des divers dialectes ; parfois les résultats de ces développements coïncident dans plusieurs langues, ainsi skr. àçvà^ lit. as::;yà^ lat. eqiia ; mais souvent aussi ils divergent : skr. rksï^ en face de lat. ursa (cf. A. Meillet, Sur des interdictions de vocabulaire, p. 7). Le féminin du mot « dieu » est devi en sanskrit, dea en latin (cf. osq. dat. dei vai). Un féminin en *-à- ne s'opposait régulièrement en indo-européen à un masculin neutre en * -''/o- que dans les adjectifs. Mais, dans toutes les langues autres que litalitjue. le grec et l'arménien (avant la perte du genre grammatical dans cette langue), le fait que, dans les adjectifs, *-o- caractérisait ainsi le masculin-neutre par opposition à la marque *-à- du féminin a entraîné l'élimination du genre féminin dans ces thèmes; ou bien le thème en *-c}sest maintenu en devenant masculin, ce qui est le cas de skr. bhûrjah et lit. bernas « bouleau », ou le genre féminin a subsisté en déterminant un passage aux thèmes en *-â-, ce qui est le cas de V. si. brè^a et de v. isl. biorh 'v. M. S. L. XIV, p. 478 et suiv.j. L'indo-iraiiien, le slave, le baltique, le gernianicjue et le celtique s'accordent à éliminer le genre féminin des thèmes en *-o-.

M. Brugmann continue, il est vrai, à repousser l'idée que les thèmes en *-o- iiuniient a(hnis le «ri-nre féminin en indo-euro-

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péen (I. F., XXI, p. 315 et suiv.). Il conteste la valeur de la ioTme*snusô- K au moyen d'une étvniologie qu'il propose ; mais, outre qu'une explication de mot indo-européen échappe à toute vérification, il demeure que lindo-européen a possédé un mot * sniisâ- désignant la <( bru », donc un thème en -o- désignant une femme. Et surtout, M. Brugmann ne discute pas les raisons qui rendent probable a priori l'emploi des thèmes en *-'"/o- '^u féminin. Tous les autres types de thèmes de substantifs admettent le genre féminin ; même les thèmes en *-â- ne sont pas limités au féminin, mais fournissent aussi des substantifs masculins en latin [scrîba), en grec, en slave (sliign, vojevoda, etc.), et en arménien [tbagmuor, instr. ihagaïuoraw « roi >») ; c'est donc l'usage grec et latin qui est conforme à l'usage général indo-européen. Il est, d'ailleurs, peu vraisemblable que des mots tels que gr. zoiç et v.i'hvJlz; aient pris secondairement le genre féminin. On conçoit bien comment l'analogie des adjectifs a fait disparaître dans la plupart des langues l'emploi des thèmes en*-'^/o- au féminin ; l'action analogique inverse estcomplètement invraisemblable : les féminins en *-*'/o- ont fini par être éliminés en grec et dans les langues néo-latines, comme partout ailleurs ; seulement l'élimination a eu lieu à date historique, tandis que, dans les autres langues de la famille, elle est antérieure aux plus anciens textes. Enfin, la cause pour laquelle le grec, le latin (et sans doute l'arménien avant la perte de la notion d.' genre) ont gardé plus fidèlement l'usage indo-européen se laisse peut-être entrevoir : ces langues sont celles où le timbre -o- est demeuré bien distinct du timbre -a-; en indo-iranii'u, en slave, en baltique, en germanique, les timbres a et o tendaient à se confondre, comme on l'a vu; la distinction du masculin et du féminin n'était pkis guère marquée que par la quantité de la voyelle du thème, et non

1. I/importance de cette forme dans la question a été reconnue d'une manière indépendante par M. Peilersen et pav rauteiir dn présent ouyrage (v. Bulletin de la Société de lincfuiatique, XII, p. i \\\v, séance du 7 juin llt()2).

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plus par le timbre de cette voyelle, comme elle Test dans honum, honinn ; çTacv, çîXâv, etc. ; il importait d'autant plus dès lors de réserver le type à brève au masculin, le type à longue au féminin : la netteté du signe ayant diminué, l'emploi en devait être plus strict pour demeurer clair. Si cette explication, qui peut paraître subtile, mais qui est justifiée par une remarquable coïncidence, e.st exacte, l'absence de traces du féminin en *-*'/o- en celtique résulterait du degré trop avancé d'altération où les langues de ce groupe étaient parvenues à la date des plus anciens textes et de l'importance très grande prise par la distinction du masculin et du féminin ; si l'on avait des textes celtiques plus anciens, on y devrait trouver des thèmes en -o- féminins.

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