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LES FORMES CASUELLES EN -BH- ET EN -M

La dilFéreiice entre un datif pluriel en -/;/> , comme skr. -bhyah, zd -byô, lat. -bus, v. osq. - fs, v. irl. -ib, gr. -op'.(v) et en -/;/-, comme got. -/;/, v. lit. -nuis, v. si. -mû, est un des premiers faits qui aient attiré 1 "attention svir le problème de la dialectologie indo-européenne. Comme il a été bien établi, principalement par M. Leskien, qu'il n'y a pas eu d'unité germano-balto-slave postérieure à l'unité indo-européenne, la concordance très frappante qu'on observe ici entre le germanique, lebaltique et le slave ne peut donc, si on lui accorde une signification, s'expliquer que par une distinction dialectale à l'intérieur de l'indo-européen commun.

M. Hirt, I. F,, V, 251 et suiv., a supposé que les formes de datif-ablatif auraient eu originairement * -bh- , et la forme d'instrumental *-///-. Chaque langue aurait ensuite généralisé l'une ou l'autre initiale. Mais c'est une pure hypothèse. Du côté de l'instrumental, rien ne vient l'appuyer (cf. v. Blankenstein, I. F,, XXI, 100 et suiv.); et même l'arménien, où les désinences de ce type ne fournissent qu'un seul cas, l'instrumental, ne possède que -/;/;- et n'a aucune trace de -)ii- : instr. sing, -b, -v, -IV {barb, kbitov, anunu), plur. -bkb, -vkb, wkb [barbkh, kbnovkb, hiiunvkb) ; l'arménien contredit donc directement la supposition de M. Ilirl. Il n'y a pas trace de désinences en -rien dehors du germanique, du baltique et du slave ; véd. sânenii n'est pas un adverbe représentant un cas en -/;//, et les adverbes tels que lat. parti m représentent des accusatifs, comme Fin-

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dique l'emploi de pavtem. Pour le datif, on peut invoquer le fait que, au datif sing-ulier, des langues qui par ailleurs ont seulement des formes en -/;/-, ont le pronom de 2'" sing-. dat. V. si. tchè, V. pruss. tcbbei « à toi », en face de skr. Itibhya(in), gàtli. taihyù, lat. ///;/, o m br. tefe ; mais la flexion des pronoms personnels est trop à part pour rien prouver ; le pronom de 1"' pers. sing. a une forme tout à fait isolée : skr. inâhya{m) « à moi », arm. inj, lat. ;;///?/, ombr. iiiebe, et l'arménien a cette même gutturale dans khe~ « à toi », tandis que le germanique a un -5qui lui est propre : got. mis, 'fus, \. isl. inér, fér, v. h. a. niir, âir. — Enfin, à supposer que les initiales -hh- et -///- aient été en indo-européen réparties entre différents cas, la concordance du germanique, du baltique et du slave dans cette répartition, et le contraste avec le celtique, l'italique, le grec, l'arménien et 1 indo-iranien n'en subsisteraient pas moins ; le fait dialectal porterait sur la répartition au lieu de porter sur une différence originaire entre les formes.

Ce n'est du reste pas la seule ligne d'isoglosses qui enserre le germanique avec le baltique et le slave : la ligne du traitement de *ô et celle de la chute de *3 intérieur par exemple montrent que ces trois langues sont issues de parlers indoeuropéens qui présentent certains traits de ressemblance. De plus, des deux formes du collectif neutre qui tient la place de nominatif-accusatif pluriel, à savoir * -à et * --?, le slave et le germanique ont généralisé l'une, celle en * -â (got. jiiha, v. si. jiga ; got. nûiiina^ v. si. jiniena), tandis que le grec a au contraire généralisé celle en *-^ {'l u\'x, byi[j.x-y.j ; mais, si le latin a généralisé * -<? {ing'h iiôniitià), l'osco-ombrien a * -à (ond^r. iuku, uatuo. osq. prùftvi, coiuoiio). comme au nominatif singulier des féminins en -â- ; le fait est donc peu caractéristique, tout en méritant d'être signalé, à titre de coïncidence.

Cette ligne remar(juable de -ni- et -hh- est croisée par une autre ([ui est relative aux mêmes désinences.

l'^n indo-iranien, en slave, en baltitjue et tîu arménien, les désinences en -/;/;- ou en -)ii- fournissent des formes casuelles

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de valeur définie : skr. -hh\ah et zd -hyô de datif-ablatif pluriel (on sait que l'ablatif n a presque jamais une forme qui lui soit particulière): skr. -/'/;//', g-âth. -hU, zd -bis, v. pers. -bis d'instrumental pluriel, skr. -bhxàiii, zd -b\a (avec longue finale: -byâ-ca) et -bxqiii de datif-ablatif- instrumental duel (les trois cas n'ont toujours qu'une même forme au duel, nombre c[ui n'a qu'une petite quantité de formes casuelles distinctes) : arm. -/;, -v, -w fournit l'instrumental sin^^ulier, et -bkh, -vkh, -U'kh l'instrumental pluriel ; v. si. -//// appartient à l'instrumental singulier, -//// à l'instrumental pluriel, -/;/// au datif pluriel, -ma au datif-instrumental duel: lit. -/;//" à l'instrumental singulier, -mis à l'instrumental pluriel, -mus au datif pluriel, -ma au datif-instrumental duel; v. pruss. -mans est datif pluriel. Toutes ces formes expriment d une manière précise un certain cas et un certain nombre.

Au contraire la désinence hom. -9i(v), qui paraît être d'origine éolienne et manque dans les autres dialectes, vaut à la fois pour le singulier et le pluriel : et elle sert pour tous les cas à sens réel : datif, ablatif, locatif et instrumental ; elle ne tient jamais la place d'un génitif ni d'un accusatif. Comme il s'agit chez Homère d'un archaïsme, on pourrait être tenté de voir dans -çj'.'v; une vieille forme mal comprise et employée inditïéremment à toutes sortes d'usages ; mais s'il y a dans la langue homérique nombre d'archaïsmes traditionnels, et si ces archaïsmes sont employés arbitrairement, du moins ils gardent leur valeur exacte là où ils figurent, et rien n'autorise k attribuer à la langue homérique l'emploi capricieux d'une vieille forme dont on aurait perdu le sens : l'un des caractères éminents de la langue homérique est précisément l'extrême correction dans l'emploi de formes qui étaient sorties de l'usage au moment où le texte transmis a été composé et fixé : l'archaïsme de certaines formes ne se traduit ({ue par un manque de constance dans leur emploi. Du reste, lat. -bus, osco-oml)r. -js [-ss^ -S) ont aussi une valeur multiple : datif, ablatif, locatif et instrumental : et de même v. irl. -ib. Le latin a de plus les pronoms personnels }iôbis, iiôbis ; mais on ne saurait rien cou-

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dure de formes de pronoms personnels ; celles-ci ont du reste la même valeur complexe que celle des noms ordinaires. C'est cette quadruple valeur des désinences en * -hh- qui permet de rendre compte des confusions de formes casuelles présentées par ritalique et le celtique, confusions qui autrement ne s'expliqueraient pas. La forme latine et la forme irlandaise ne se recouvrent pas, mais elles servent également pour quatre cas indo-européens au pluriel ; on ne peut déterminer quelle voyelle est tombée en osco-ombrien entre / et s (v, osq. -fs). Pour le germanique, une seule forme est attestée, et cette forme peut résulter de formes distinctes, car il a pu tomber diverses voyelles après -m- ; mais des confusions de cas analogues à celles que présentent le latin et l'irlandais se sont produites.

Il y aurait donc lieu d'opposer à l'indo-iranien, au slave, au baltique et à l'arménien, où les désinences en -bb- et -uiont des valeurs précises, le grec, l'italique, le celtique et sans doute le germanique, où ces mêmes désinences servent pour plusieurs cas, et même, chez Homère, pour plusieurs nombres, et ont l'aspect d'adverbes. 11 est permis de penser que ce sont les dialectes orientaux qui ont innové à cet égard, et que les désinences en -bh- et en -m étaient des formes adverbiales à l'origine.

Ces traitements des désinences en -bh- et en -/;/- ont eu de grandes conséquences. Les dialectes orientaux où ces désinences ont reçu des valeurs précises ont conservé longtemps les cas à valeur réelle : locatif, ablatif, instrumental ; beaucoup de dialectes slaves et baltiques ont encore aujourd'hui le locatif et l'instrumental ; l'arménien oriental a même encore les trois cas. Au contraire, les dialectes occidentaux présentent dès le début de fortes confusions ; l'italique commun avait encore le locatif, le germani(jue commun l'instrumental, mais ni l'un ni l'autre n'a les trois cas, et, en italique, en celtique et en germanique, il tend à se créer une forme unicjue pour les trois. Le grec, où les désinences en -^^(v) ont peu d'importance, a sans doute subi des actions particu-

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lières qui ont occasionné une réduction très ancienne de la déclinaison, et le maintien des seuls cas « grammaticaux >k (M. R. Meister, Berichfe de l'Académie de Saxe, Phil.-hist. Cl., LVI, p. 18 et suiv.. admet Texislence dune trace d'instrumental en cypriote et en pamphylien : mais l'hypothèse repose sur des bases très fragiles'.

Une autre coïncidence des dialectes orientaux est la suivante : l'indo-iranien, le slave et le baltique sont seuls à présenter *-j^// comme désinence de locatif pluriel; l'arménien a une forme en -j (toujours identique à celle de l'accusatif pluriel) qui peut avoir perdu un * -u final ; le grec aune désinence -j',, qui est autre, et qui sert à la fois pour le datif, l'instrumental et le locatif pluriels : les autres langues n'ont rien qui corresponde à la désinence orientale *-j//.

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