CONCLUSION
Les faits étudiés montrent que les principales lignes de démarcation passent entre dialectes occidentaux d'une part et orientaux de l'autre.
L'indo-iranien, le slave, le baltique, l'arménien (et l'albanais) forment le groupe oriental, où l'on observe plusieurs traits communs : traitement des gutturales embrassant des faits multiples, tendance au passage de s à s (et de -; k ^) en certaines conditions, emploi des désinences enbh (ou en m) a^ec une valeur précise de nombre et de cas. Ces divers traits résultent presque certainement d'innovations et attestent par suite une communauté notable. Ceci ne veut pas dire que ce groupe dialectal était un, ni que ces phénomènes se sont propagés par imitation ; il s'agit d'innovations réalisées d'une manière indépendante, comme l'indique le détail des faits. Aussi constate-t-on que la confusion de à et de ô, qui a lieu en indo-iranien, en albanais, en baltique et en slave, d'une part s étend au germanique, et de l'autre n'a pas lieu en arménien ; la chute de 9 intérieur a lieu dans tout le domaine oriental et de plus en germanique, mais le sanskrit y a échappé ; le traitement *-euye- est iranien, slave et baltique, sans doute aussi germanique, mais le sanskrit et l'arménien présentent *-ezu\e-, comme le grec, l'italique et le celtique. Les vocabulaires indo-iranien, baltique et slave concordent fréquemment. Les dialectes orientaux constituent donc im groupe naturel.
Il y a d'autre part un groupe, également naturel, de dialectes occidentaux : germanique, celtique et italique, qui pré-
sente des particularités communes très caractéristiques : traitement -ss- de *-//-, parfait souvent dénué de redoublement et constitution du prétérit à l'aide du parfait et de l'aoriste combinés, alternance de *-yo- avec *-î- dans le suffixe du présent dérivé, rareté du type Xiyo; et emploi du suffixe* -tût-, concordances de vocabulaire. De plus, certaines particularités qui se retrouvent ailleurs sont communes à ces trois groupes : le traitement des g-utturales (commun avec le grec), l'absence d'augment (^commune avec le baltique et le slave), l'emploi de désinences en -bh-{o\i en -711-) pour le datif, l'ablatif, le locatif et l'instrumental, la confusion des sourdes et des sourdes aspirées (avec le baltique, le slave, et en partie le grec).
Mais on a vu que l'une de ces trois langues, le germanique, concordait avec le groupe oriental à plusieurs points de vue ; on pourrait ajouter la forme de certains pronoms personnels, notamment de ceux signifiant « vous » et « nous » au pluriel et au duel. Et le germanique concorde en particulier avec le baltique et le slave pour les désinences en -m-, parcontrasteavec le -bb- des autres langues ; on notera aussi l'expression de « vingt, trente », et, par la juxtaposition de « deux, trois, etc. », et du mot « dizaine », au lieu des formes abrégées du type gr. fty.x-i, ti'AZGi, lat. uJgintî, arm. khsau ; gr. TO'.axcvTa, lat. trîgintn, arm. eresun, etc.
En même temps, une autre de ces trois langues, l'italique présente avec le grec des coïncidences particulières : traitement sourd des sonores aspirées, génitif pluriel des thèmes on -â- emprunté à la flexion des démonstratifs. Ce sont là des innovations importantes, et qui ne se retrouvent pas ailleurs, à date ancienne. Le grec et l'italique sont seuls, avec l'arménien préhistorique, à conserver le genre féminin dans les substantifs thèmes en -0-. Il y a peut-être aussi coïncidence en ce qui concerne l'emploi du ton dans les préverbes (v. /. F., XXI, 'Ml) ; sur ce point, le grec diverge absolument d'avec le sanskrit, et l'on a ici la trace d'un fait syntaxique dialectal. M. Ilirt (/. F., XVII, :j9.j-40()) s'est aussi elîorcé de démontrer l'identité d'une partie des infinitifs grecs avec