CONCLUSION
les infinitifs lutins. En revanche, les concordances de vocabulaire sont négligeables; elles sont peu nombreuses, et les mots particuliers que Ton rencontre, comme gr. 'jCtj.z\i.-x'. et lat. saliô, n'ont rien de remarquable pour le sens.
Ceci n'empêche pas le grec de concorder à d'autres égards avec des langues du groupe oriental. Le passage de s k h so, retrouve en arménien et en iranien . La voyelle développée devant les sonantes voyelles, et notamment devant la nasale, est de timbre fl, comme en arménien et en indo-iranien . Il y a toujours prothèse d'une voyelle devant ;■ initial ; seulement le grec ne met pas de voyelle devant p introduit à date récente (cas de *jt et de *i:c7notamment), tandis que l'arménien a continué dignorer y initial. L'emploi du suffixe* -tero- pour former des comparatifs secondaires ne se retrouve qu'en indo-iranien. Laugment est maintenu, comme en arménien et en indo-iranien. Le suffixe secondaire de présenta, comme en indo-iranien, la forme *-yg/yo-, ainsi que celui des verbes qui indiquent l'état. Le grec se rapproche donc à plusieurs points de vue de l'arménien et de lindo-iranien. — Avec le baltique et le slave, il a en commun la confusion totale du génitif et de l'ablatif. Quelques particularités de vocabulaire sont communes au s'-rec avec ces mêmes lano-ues.
Le grec occupe donc une situation intermédiaire entre 1 italique d'une part, et les langues orientales, l'arménien et l'indoiranien, et plus spécialement l'iranien, de l'autre. 11 est issu d'un groupe de parlers indo-euro23éens où venaient se croiser beaucoup d'isoglosses.
Parmi les langues orientales, l'arménien, qui garde la distinction de à et ô et de ^7 et ô, est relativement proche du groupe occidental. On a relevé d'autre part quelques coïncidences particulières entre l'arménien, le slave et le baltique. notamment pour les suffixes de présent * -ye/\o- et * -/- et pour le rôle du suffixe *-!o-. La communauté de la mutation consonantique avec le germanique serait un fait important ; mais on a vu qu'il n'est pas légitime d'en faire état.
La situation respective des dialectes indo-européens peut donc se traduire au moyen du schéma qui suit, en attribuant par
anticipation aux parlers indo-européens les noms des langues historiquement attestées qui en sont la continuation :
Ce schéma très grossier (où Ion n"a pas tenu compte des langues non attestées par des textes suivis de quelque étendue) ne prétend répondre à aucun fait historique défini; il n'a qu'une valeur linguistique et indique ce que l'on peut supposer avoir été la situation respective des parlers indo-européens les uns par rapport aux autres, antérieurement à l'époque où chacune des langues, en s'établissant sur un territoire nouveau, s'est isolée et a cessé d'avoir avec ses anciennes voisines un développement commun. L'aire attribuée à chaque parler est tout à fait arbitraire ; il est possible qu'une langue indo-européenne parlée au début de l'époque historique sur une aire très vaste repose sur un tout petit nombre de parlers indo-européens, et inversement. Les faits linguistiques étudiés ici ne conduisent qu'à des conclusions linguistiques, et le graphique qui traduit ces conclusions n'a de sens que pour le linguiste.
Toutefois une remarque semble s'imposer à la vue de cette figure. Les parlers indo-européens occupaient une aire où les innovations linguistiques avaient lieu d'une manière indépendante sur des domaines contigus, sans qu'il y eût nulle part une limite qui séparât entièrement certains groupes de certains autres. Et, quand la séparation s'est produite sans doute progressivement, c'est-à-dire quand des colons et des cfMUjuérants s(jnt aHés occuper des domaines nouveaux aux- (|uels ils onl imposé leur langue, il n'y a pas eu de disloca-
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tion dans la disposition respective des langues, ily a eu rayonnement en partant du domaine primitivement occupé ; mais, lors de ce rayonnement, rien n'indique que les anciens parlers aient chevauché les uns sur les autres et interverti leurs places respectives.
Sans doute, on ignore et on n'a aucun moyen de déterminer si les langues du groupe oriental et celles du g-roupe occidental proviennent de parlers qui occupaient l'est et l'ouest du territoire indo-européen commun ; mais, sous le bénéfice de la réserve qui vient d'être faite, les parlers qui étaient contigus ont fourni des langues qui sont encore à l'époque historique sensiblement les plus pareilles les unes aux autres. On n'a pas la preuve qu'il se soit produit pour l'indoeuropéen ce qui a eu lieu par exemple pour le germanique, où les parlers gotiques, relativement proches des parlers Scandinaves, s'en sont entièrement séparés, et se sont dispersés sur une aire très vaste; si des faits de ce genre ont eu lieu, il en est résulté sans doute ce qui est arrivé au gotique : la langue dont les porteurs se sont ainsi dispersés a disparu sans laisser de traces au bout de peu de siècles ; et il n'y a rien là que de naturel : les populations les plus aventureuses et qui se laissent entraîner le plus loin de la masse des populations de même langue sont les plus exposées à être absorbées par d'autres peuples et à perdre leur propre idiome. — La dispersion des langues indo-européennes ressemble beaucoup à celle des langues slaves : il serait facile de marquer sur le domaine slave des lignes d'isoglosses pareilles à celles qu'on a tracées pour l'indo-européen, et il en résulterait, ce qu'on sait en effet, que les parlers slaves se sont étendus — quelques-uns comme le russe, d'une manière immense — . mais sans changer de position respective.
Une autre conclusion, plus importante au point de vue linguistique, c'est que l'indo-européen se composait, dès avant la séparation, de parlers déjà fortement dillérenciés, et qu'on n'a pas le droit de traiter l'indo-européen comme une langue une. Les particularités qui caractérisent chacun des grands groupes, slave, germanique, baltique, etc., sont en notable
partie, la continuation de phénomènes qui ne sont pas indoeuropéens communs, mais qui sont de date indo-européenne. Et même certains groupes, comme l'indo-iranienetritalo-celtique, renferment des représentants de parlers indo-européens distincts. La considération de ces distinctions dialectales, qui ne devrait jamais être perdue de vue, compliquera, mais précisera aussi l'étude de la grammaire comparée des langues indoeuropéennes.