‹ Les diatoméesChapitre 12 sur 340 · II. HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

II. HISTOIRE NATURELLE

se nourrissent pas ainsi aux dépens de l’atmosphère ; mais on doit, à notre avis, considérer comme des plantes tous les organismes à chlorophylle qui se nourrissent par ce mode de nutrition exclusivement végétal et que, pour cette raison, on appelle liolophy tique.

Ce n’est pas qu’il n’existe un certain nombre d’êtres certainement animaux qui contiennent de la chlorophylle. Mais ils se nourrissent, néanmoins, à la manière des animaux : ils ont une bouche et avalent leur proie. La chlorophylle est, chez eux, disposée sous forme d’organes particuliers, assez compliqués, qu’on a appelés chromatophores , souvent en situation et en nombre constants pour chaque espèce. Nous supposons que ces organes constituent chez ces animaux, un appareil de perfectionnement destiné à la fonction respiratoire.

Il peut arriver encore que ces organes chlorophyllés soient, chez ces animaux, doués, pour ainsi dire, d’une vie autonome. Ils ont la constitution histologique d’une cellule, se multiplient même par division cellulaire, à ce point qu’on les considère aujourd’hui comme des organismes végétaux parasites de l’animal. Il semblerait même que ces parasites sont nécessaires et que l’animal ne pourrait pas vivre sans les parasites, de môme que ceux-ci, malgré certaines observations qui tendraient à prouver le contraire, ne peuvent pas vivre en dehors de leur hôte. Il y aurait là un fait d’adaptation aboutissant à une symbiose par service réciproque. On a même classé ces parasites parmi les Algues inférieures, les Palmellacées, sous les noms de Zoochlorella , Zooxanthella , etc.

Les Diatomées n’ont ni cils vibratiles, bien que certaines se meuvent, ni point rouge oculiforme, ni vésicule contractile, mais elles sont pourvues d’un endochrôme formé par une variété jaune ou brune de la chlorophylle et disposé en plaques ou en grains, c’est à dire en chromatophores, dont le nombre et la situation sont constants pour chaque espèce Elles se nourrissent uniquement grâce à cette chlorophylle modifiée, qu’on a appelée diatomine et qui agit à la lumière solaire comme la chlorophylle des plantes vertes, décompose l’acide carbonique de l’air dont le carbone est utilisé parla Diatomée, et rejette l’oxygène. Leur mode de nutrition est donc entièrement holophytique ; elles ne possèdent, d’ailleurs, aucun des organes de l’animalité. Il y a donc lieu de les classer dans le règne végétal et, par exemple, de les rapprocher des Algues inférieures.

La matière colorante qui forme l’endochrome ou les chromatophores des Diatomées, bien qu’elle soit rarement verte, agit donc sous l’influence de la lumière comme la chlorophylle des plantes vertes. Nous avons dit qu’elle est formée par une modification de la chlorophylle, il serait plus juste de dire qu’elle est composée d’un mélange, à proportions variables suivant les espèces, de chlorophylle ordinaire et d’une chlorophylle modifiée 'que M. Paul Petit, dans un intéressant travail qu’il a publié sur ce sujet (1), a désigné sous le nom de phycoxanthine. Celle-ci est soluble

(1) P. Petit, Brebissonia , 1880.

dans l’alcool faible, qu’elle colore en jaune, tandis que la chlorophylle n’est soluble que dans l’alcool fort, le chloroforme, etc. La phycoxanthine, que M. Frémy a appelée phylloxanthine, soumise au spectroscope, ne donne que deux bandes d’absorption, l’une dans l’orangé et le jaune, entre les lignes B et G du spectre, l’autre qui éteint toutes les parties de l’indigo et du violet au delà du milieu de l’espace E — F. La chlorophylle donne cinq bandes, la première dans l’espace B — G, la seconde à gauche de la ligne D, la troisième au milieu de l’espace D — E dans le vert, le quatrième en E, et la dernière éteint toute la partie lumineuse du spectre au delà du milieu de l’espace E — F.

La chlorophylle ou matière verte qui, chez les Diatomées est mêlée à la phycoxanthine, se comporte absolument comme la chlorophylle ordinaire des autres plantes, et les Diatomées vertes telles que les Melosira num- ?nuloides, Navicula ramosissima , etc., agissent elles-mêmes sur la lumière comme la chlorophylle ordinaire. Les Diatomées brunes, au contraire, ne donnent que la large bande BC de la phycoxanthine et l’étroite bande dans l’espace orangé C — D de la chlorophylle. Elles éteignent aussi la partie lumineuse à partir du milieu de l’espace E — F, comme, la phycoxanthine.

Que les Diatomées agissent sur l’acide carbonique de l’air comme les plantes vertes, c’est un fait qu’il est facile de vérifier. Il est évident, d’ailleurs, qu’étant des plantes aquatiques, elles vivent à l’aide de l’air dissous dans l’eau qu’elles habitent. Si l’eau cesse d’être aérée, les Diatomées meurent, de même que si elle renferme des gaz de putréfaction. Il est facile de répéter avec elles la fameuse expérience de Saussure, comme nous l’avons fait, il y a quelques années.

Nous avons expérimenté sur une récolte pure et fraîche de Fragilaria capucina formant une masse à peu près de la capacité d’un dé à coudre. Nous avons vidé toute la récolte dans une petite éprouvette en verre, — un tube à essai — et nous avons achevé de remplir complètement avec de l’eau pure de rivière ; puis, nous avons placé dans l’ouverture du tube un petit bouchon de liège, assez petit pour laisser un certain espace entre sa périphérie et les parois internes du tube. Celui-ci a alors été rempli de manière à ce qu’il débordât. Puis, le fermant avec le pouce, sans emprisonner de bulles d’air, nous l’avons retourné sur un vase plein d’eau, et débouché.

Dans cette position renversée, les Diatomées, en Jvertu de leur poids, tomberaient peu à peu et, sortant du tube, viendraient se répandre au fond du vase. Mais le petit bouchon, à cause de sa légèreté spécifique, s’élève doucement dans le tube et vient s’arrêter vers la partie supérieure en remontant les Diatomées qui restent ainsi suspendues en grande quantité en haut du tube, reposant sur le bouchon (1).

(1) On n’aurait pas besoin de ce petit artifice en opérant sur une cuve à

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