II. HISTOIRE NATURELLE
par de simples différenciations des éléments cellulaires, chez d’autres micro-organismes, on reconnait qu’ils n’ont, bien qu’extrêmement curieux et délicats, qu’une importance tout à fait secondaire, auprès de ceux que présentent les Infusoires, les Myxosporidies et beaucoup d’autres organismes unicellulaires.
Avec les simples éléments cellulaires qui les constituent, les Infusoires peuvent se créer, par des différenciations de ces éléments, des organes locomoteurs, une bouche, un intestin, un anus, un appareil contractile, une cuticule parfois munie d’organes urticants ou trichocystes comparables à ceux des Zoophytes; on les voit se constituer des carapaces ou des coques de formes variées, voire des coquilles calcaires ou siliceuses dont les Acanthomètres, les Polycystines, les Foramifères nous offrent d’admirables exemples.
Et quant au frustule siliceux des Diatomées, ce frustule composé de deux valves, dont la jointure est formée par une bande connective, n’est-ce pas un détail qui rappelle complètement la constitution des Psorospermies, (lesquelles ne représentent qu’une phase reproductrice des Myxosporidies) composées aussi de deux valves maintenues par un ruban connectif, valves qui s’écartent à certains moments pour mettre a nu le protoplasma intérieur en vue d’une conjugaison avec un autre organisme semblable? C’est le même phénomène qui se passe chez les Diatomées dans les cas, assez peu nombreux, où la conjugaison a été reconnue chez elles ; avec cette différence, tout à l’avantage des Psorospermies, que la bande connective n’a, chez les Diatomées, qu’un rôle passif, celui de protéger les valves de nouvelle formation dans la multiplication par voie asexuelle ou division cellulaire, tandis que chez les Psorospermies les filaments connectifs agissent comme de véritables grappins ou rétinacles pour maintenir l’organisme conjoint pendant l’acte de la reproduction sexuelle ou conjugaison.
Chez les Diatomées, le seul organe de fixation pendant la conjugaison est un mucilage dans lequel les deux cellules sont enveloppées pendant toute la durée du phénomène ; tandis que, chez les Myxosporidies l’état, de mucilage ou de myxome est une véritable phase biologique, phase végétative pendant laquelle se forment, dans le myxome, les Psorospermies qui se conjugueront plus tard librement (1).
Nous ne voulons pas pousser plus loin qu’il ne faut cette comparaison des Diatomées avec certaines phases du cycle biologique des Sporozoaires, comparaison qui cependant conduit à des rapprochements très curieux. Nous voulons seulement établir que la complexité de la cellule diato mée et les différenciations qu’elle subit, 11e sont point un argument contre l’opinion, aujourd’hui admise par la grande majorité des naturalistes, sur la nature unicellulaire des Diatomées; que, bien au contraire, les ana-
(1) G. Balbiani. — Leçons sur les Sporozoaires , recueillies par le Dr J* Pelletan. 1 vol. in-8, avec figures et planches, Paris, 1885.
logies singulières que présentent ces différenciations et les phénomènes dont celles-ci sont l’objet ou le moyen, ne peuvent que confirmer cette opinion, s’il en était besoin.
Si nous continuons, en effet, cette étude des Diatomées au point de vue biologique, nous arrivons à constater chez elles une série de phénomènes très intéressants et qui se rapprochent complètement de ce qu’on observe chez d’autres groupes d’organismes unicellulaires. Les uns sont relatifs à la constitution même des Diatomées, les autres à leurs différents modes de reproduction.
M. J. Deby expose, dans X Introduction du présent ouvrage, la structure anatomique, parfois si compliquée, de la cellule diatomée elle-même, le frustule. Mais nous ne pensons pas que l’organisme soit tout entier constitué par cette cellule ou ce frustule. Il y a encore un autre élément sur lequel plusieurs auteurs ont déjà appelé l’attention des naturalistes, mais auquel on n’a pas, à notre avis, accordé toute l’importance qu’il peut avoir. Nous voulons parler de ce que M. Matteo Lanzi a appelé le thalle des Diatomées.
On a vu que M. Deby donne ce même nom de thalle à l’ensemble des frustules qui constituent une entité biologique Algue diatomée, et forment l’appareil végétatif de cette Algue, appareil végétatif qui peut rester cohérent, comme dans les Diatomées filamenteuses, ou se désagréger au fur et à mesure, comme dans les Diatomées diffluentes.
Cette vue nous paraît fort juste, mais il y a quelque chose de plus. Chez un très grand nombre d’espèces, on a reconnu facilement l’existence d’une substance servant de support ou d’enveloppe extérieure aux frustules cellulaires et qui a parfois une forme bien définie. Par exemple, beaucoup de Diatomées, comme les Gomphonema , sont portées par un pédicelle, c’est-à-dire par un filament, incolore, de consistance un peu mucilagineuse et doué de certaines propriétés autonomes, par exemple, de la propriété de prendre cette forme filamenteuse et de croître en longueur en se divisant et se subdivisant par bi-partitions dichotomiques. Il est anhiste, mais il n’est pas amorphe. C’est là le « thalle » pour M. M. Lanzi ; nous l’appellerons thalame pour éviter toute confusion. et ne rien préjuger.
D’autres fois, ce thalame est constitué par des tubes transparents, gélatineux, d’un diamètre qui varie peu et dans l’intérieur desquels les frustules cellulaires s’entassent et se disposent dans une situation constante. La matière qui constitue le thalame tubulaire de ces espèces est donc douée de la propriété autonome de croître en longueur en affectant toujours une disposition en tube. Ce n’est donc pas une matière inerte.
D’autres fois encore, le thalame ne présente pas une forme aussi nettement définie de pédicelle ou de tube, mais constitue un amas mucilagineux et transparent dans lequel sont englobés des frustules plus ou moins nombreux ou un frustule unique. C’est le mucus matricalis des auteurs. Il