II. HISTOIRE NATURELLE
telle qu’on l’observe dans les cellules des tissus et chez les organismes unicellulaires. Les Diatomistes n’aiment pas que l’on compare les Diatomées à quoi que ce soit dans le monde; pour la plupart d’entr’eux au moins, ce sont des êtres à part dans la création et qui n’ont point d’analogues. Il est bien évident que c’est là une erreur, et quant à ce phénomène de dédoublement ou dé duplication, c’est certainement un fait semblable à la division fîssipare ordinaire qu’on observe chez tous les protophytes comme chez tous les protozoaires. La division se fait en suivant un plan longitudinal et les particularités qu’elle présente dans sa marche sont régis par la forme spéciale, la structure valvaire et la carapace résistante propres aux Diatomées. Dans aucun cas, du reste, ces particularités ne sont plus singulières ni plus compliquées que celles qu’on observe chez d’autres organismes unicellulaires, chez les Infusoires, par exemple, où l’on voit des
Fig. 16. — Cellule diatomée en voie de division, f, t7, valves nouvelles. — Pour le reste, mêmes lettres que ci-dessus.
organes nouveaux se créer de toutes pièces, des cils se former, des cirrhes émigrer en des points différents de la surface du corps, etc.
Dans tous ces organismes, le phénomène est de même ordre et de même nature, — c’est la division cellulaire, — mais il s’accompagne de circonstances diverses en rapport avec la nature de la cellule qui se divise.
Il arrive souvent que les frustules qui se sont multipliés par division restent adhérents les uns aux autres, comme les cellules des tissus. On obtient ainsi des groupements ou des thalles cellulaires, de formes variées, suivant la forme des frustules eux-mêmes, c’est-à-dire des filaments diversement contournés. Et, si la multiplication se fait plus activement à l’extrémité, les filaments vont en diminuant de diamètre.
C’est en considération de ce phénomène que M. Deby regarde les Diatomées comme des thallophytes; seulement, s’il y a des cas où le thalle reste agrégé, comme chez les espèces filamenteuses, il y en a d’autres où il se désagrège, chacune des cellules se séparant complètement, au moment de la division, de celle qui lui a donné naissance.
On voit donc, que l’on peut rencontrer chez la même espèce de Diatomée, selon son état de développement, des individus possédant :
1° Deux valves, un connectif et un noyau. (Etat simple, au repos).
2° Deux valves, deux connectifs superposés et un noyau. (Etat simple et complet, au repos).
3° Deux valves, deux connectifs, deux noyaux. (Commencement de la division.
4° Quatre valves, deux connectifs, deux noyaux. (Suite de la division).
5° Quatre valves, quatre connectifs, deux noyaux. (Fin de la division).
Il faut ajouter que souvent le connectif externe est caduc et se détache spontanément (1).
Chez les Diatomées, nous l’avons dit, comme chez tous les organismes qui se multiplient par division fissipare, la taille diminue à mesure que le nombre des divisions augmente, de sorte que l’on pourrait craindre que la dimension des cellules diminuât ainsi indéfiniment. Mais il se produit chez ces Algues, le même phénomène que chez tous les êtres unicellulaires
Fig. 17, — Isthmia , frustule formé de deux valves et un connectil.
voisins : à la suite d’une série plus ou moins longue de multiplications asexuelles, par fissiparité, intervient une génération d’ordre sexuel qui rétablit la taille et reconstitue le type de l’espèce.
Autant qu’on en a pu juger par le très petit nombre d’observations qui ont été faites sur la reproduction sexuelle des Diatomées, observations qui, dit M. H. Yan Heurck, ne portent que sur 75 espèces appartenant à 30 genres, celte reproduction sexuelle doit se faire assez rarement.
D’ailleurs, ainsi que nous l’avons déjà indiqué plus haut, la décroissance de la taille peut ne pas se faire avec la rapidité que l’on pourrait supposer. Cette constitution de la cellule en deux valves, dont l’une est toujours plus petite que l’autre, semblerait devoir amener une décroissance continue, et pour ainsi dire suivant une progression géométrique, de la dimension des frustules issus de divisions successives. Or, c’est précisément cette disposition qui contribue à retarder considérablement l’amoindrissement de la taille.
On peut se rendre compte plus facilement de ce phénomène en consi-
(1) J. Deuy, — Ce que c'est qu'une Diatomée. (, Journ . de Micr 1877).