III. STRUCTURE MICROSCOPIQUE DES DIATOMEES
où, avec de bons objectifs, on peut voir, à côté de la ligne saillante, plus ou moins onduleuse, qui règne au milieu de la valve, une fente très nette. C’est ce que montre la fig. 33 qui représentent une valve brisée de JSavicula major , d’après M. H. L. Smith. On voit dans cette valve la fente cb du raphé longeant la ligne flexueuse épaissie et interrompue par le nodule médian e.
Quelques auteurs, M. A. Schmidt notamment, nient cependant que le raphé soit une fente. M. Julien Deby n’admet pas de communication directe entre le contenu de la cellule et le milieu extérieur. 11 est possible, en effet, que celle fente qui paraît incontestable sur les valves siliceuses des fruslules fossiles ou traités par les acides, soit obturée, sur les Diatomées vivantes, par la membrane cellulaire organique. La communication entre le protoplasma interne de la cellule et le milieu ambiant, communication nécessaire aux échanges vitaux, se ferait par endosmose à travers la membrane organique dans les points ou fentes où manque le revêtement siliceux.
Quant aux nodules, comme on le voit sur ces deux dernières figures pour le nodule médian, ce sont des épaississements de la couche siliceuse, faisant saillie en dehors ou en dedans (/, /,fig. 32; e, fig. 33), et qui peuvent à leur surface extérieure être plus ou moins creusés en cupule. Il en est de môme des nodules terminaux; cependant sur le côté de ces nodules, que contourne ordinairement le raphé, il existe des points, élargissements de la fente de ce raphé, qui traversent l’épaisseur de la valve et par lesquels on a admis jadis que sortaient des cils vibratiles ou des pseudopodes, et, plus récemment, que se produisaient des courants d’où résulteraient les mouvements des Diatomées. La première de ces hypothèses est. aujourd’hui abandonnée des diatomistes, et nous pensons qu’il doit en être de même pour la seconde.
Le prof. H. L. Smith a fondé sur la présence ou l’absence du raphé une classification générale des Diatomées qui a été adoptée par un certain nombre d’auteurs, M. H. van Heurck et M. Ad. Schmidt, notamment. Fondée sur ce seul caractère de forme extérieure, celte classification n’est point ce qu’on appelle une classification naturelle, c’est un système artifi-
Fig. 33. — Valve, brisée de Navicula major.
cb, fente du raphé; e, nodule médian ; ad, fracture de la lame supérieure de la valve montrant les côtes situéesaudessous de cette lame et qui la débordent (d’après M. H. L. Smith).
ciel, un peu comme le serait, par exemple, une classification botanique qui répartirait les plantes suivant qu’elles ont les feuilles pointues, rondes ou divisées. Néanmoins, comme elle est employée dans plusieurs ouvrages importants, nous devons en dire ici quelques mots.
M. H. L. Smith divise toutes les Diatomées en trois grand groupes. Le premier, groupe des Raphidées , comprend toutes les Diatomées qui ont un raphé évident, au moins sur l’une des faces. On peut en prendre comme type les Navicula. Elles ont, du reste, ordinairement une forme plus ou moins naviculaire, c’est-à-dire en navette ou en nacelle. (Fig. 27, 1),
Le deuxième, groupe des Pseudo-raphidées, comprend les espèces qui n’ont pas de vrai raphé, mais présentent, au moins sur l’une des valves, un espace lisse simulant un raphé par l’absence des stries, côtes ou dessins. On peut prendre pour type les Synedra. Elles ont souvent une forme plus ou moins bacillaire ou en bâtonnet. (Fig. 27, 2).
Fig. 34. — Cymbella Ehrenbcrgii. Fig. 35. — Amphora ovalis. a, vue de profil; b, vue de face.
Le troisième, groupe des Crypto-raphidées , se compose des espèces qui n’ont ni raphé ni pseudo-raphé. On peut prendre pour type les Coscino disons. Elles ont ordinairement une forme discoïde, ellipsoïde large, triangulaire ou polygonale. (Fig. 27, 3)
En faisant intervenir dans ces trois grands groupes les caractères tirés de la forme des valves, de la position des nodules, etc., M. H. L. Smith établit les coupes de familles, de genres et d’espèces.
Cette classification, on doit le reconnaître, est fort ingénieuse et attrayante. Malheureusement, elle ne considère dans les Diatomées que la matière morte, comme ferait une classification minéralogique répartissant les objets suivant la forme de leurs cristaux et la direction des axes ; elle néglige complètement les Diatomées en tant qu’organismes vivants, ayant les uns avec les autres des ensembles de caractères biologiques communs et des affinités naturelles ; elle contribue, par conséquent, dans une certaine mesure, à limiter l’étude des Diatomées à l’examen de leur carapace siliceuse, et à faire négliger les dispositions organiques et les phénomènes