III. STRUCTURE MICROSCOPIQUE DES DIATOMEES
fraction, considère ces stries comme formées non pas par les têtes des piliers interalvéolaires, mais par la vue en coupe optique d’une série d’alvéoles. Il assimile, par conséquent, les points qui composent une strie de Navicula, d'Amphipleura , d eNitschia, de Surire lia, etc., à ceux qui forment les « yeux » des Triceratium ou des Coscinodiscus. Ainsi, en se reportant à la fig. 54, ce serait la ligne m n qui représenterait la
Fig. 58. — Perles grossies à 2000 diamètres, d’un Stauroneis.
strie dont les points seraient formés par la cavité des alvéoles eux-mêmes, cavité aperçue à travers la fine lame supérieure si elle existe, ou vue directement en creux si cette lame est détruite ; les cloisons séparant les lignes d’alvéoles, cloisons qui seraient saillantes ou épaissies, ne formeraient que des lignes uniformes que M. van Heurck appelle interstries (1).
Nous avons indiqué les raisons qui nous font croire qu’il n’en est pas
ainsi et que les stries perlées sont bien formées par des grains en saillie, dilatation ou épaississement des « têtes de clous. » Nous ajouterons seulement que lorsqu’on examine ces « perles, » au microscope, sur de gros spécimens, l’œil qui a une si une grande habitude de discerner les reliefs et les creux perçoit complètement la sensation de relief. D’ailleurs, certaines Diatomées présentent des grain! et des détails de structure qui permettent de les voir assez distinctement avec le microscope binoculaire ; on
(1) H. van Heurc — Synopsis des Diat. de Belg. p.244.
peut alors apprécier très nettement la saillie que forment ces grains, saillie qui a depuis longtemps fait comparer ces frustules à une râpe. (Fig. 59).
Enfin, l’aspect brillant, la réfringence de ces points, quand on les examine à sec, indique bien que ce sont des parties épaissies, et réfractant plus la lumière, en raison de leur épaisseur même et de leur forme bombée, que les parties avoisinantes, lesquelles ont cependant le même indice de réfraction, étant formées de la même substance7 une silice transparente, mais sont moins épaisses. Ce sont bien ces sommets bombés qui se piquent d’une étincelle de lumière quand on les éclaire fortement par des rayons très obliques, étincelle qu’on retrouve sur chaque perle dans les images photographiques. (Voir Fig. 53, 56).
Et si l’on se fonde, pour établir que les grains sont des « creux » , sur l’examen des valves dans des milieux à plus haut indice de réfraction que la silice dont ils sont constitués, on a tort, car on démontre précisément le contraire de ce qu’on veut prouver, les granules devant paraître des creux en raison de leur moindre réfringence. Quand on regarde un objet transparent dans un milieu moins réfringent que lui, cet objet apparaît plus ou moins brillant, mais avec son relief; dans un milieu de même réfringence, il disparaît complètement et on ne le voit plus ; dans un milieu plus réfringent il apparaît comme un vide ou un trou.
A côté de ces diverses opinions sur la nature réelle des stries des Diatomées, il y en a encore une, très radicale, que nous devons signaler. C’est que ces stries n’existent pas du tout, ou, au moins, n’existent pas telles que nous les voyons.
Et, en effet, le professeur Abbé a démontré, comme nous l’indiquerons plus loin (voir : Objectifs ), que, suivant les conditions optiques dans lesquelles on examine, au microscope, les objets à très fine structure, on peut obtenir des images très différentes, et particulièrement très différentes de ce qui existe en réalité. M. J. Deby estime que le diatomo-microscopiste ne doit jamais perdre de vue les phénomènes de diffraction indiqués par M. Abbé.
En thèse générale, cela est vrai, et il est possible, après tout, que les images que nous connaissons des structures extraordinairement fines de certaines Diatomées difficiles , comme l’ Ampàipleura pellucida , le Surirella gemma et quelques autres, ne représentent pas ce qui existe réellement sur les valves de ces espèces. Cependant, cela est peu probable.
fi faut, en général, se méfier des raisonnements par analogie. Toutefois, il est évidemment des cas où ce genre de raisonnement paraît fondé. Ainsi, comme le fait très bien remarquer M. H. van Heurck, nous connaissons beaucoup de Diatomées dont la structure striée ou perlée est assez grosse et nette pour qu’on puisse la distinguer parfaitement, à peu près avec tous les objectifs. C’est, en un mot, une structure connue, toujours la même, et nous pouvons être certains qu’elle existe réellement telle que nous la