HISTORIQUE
Le premier naturaliste qui, d’après Ehrenberg, observa une espèce appartenant à la famille des Diatomées serait Leeuwenhoek qui, en 1703, aurait vu sur des Algues vertes un organisme que le même Ehrenberg dit être le Synedra tibia. Cette découverte serait consignée dans un mémoire « concernant les Algues vertes qui poussent dans l’eau et quelques animalcules qui se trouvent près d’elles (1), » mémoire inséré dans les Philosophical Transactions de la Société Royale de Londres pour l’année 1703.
C’est là une erreur du célèbre micrographe allemand. Nous nous sommes reporté au travail original de Leeuwenhoek cité par lui : c’est une lettre, datée de Delft, en Hollande, le 25 Décembre 1702, faisant partie du n° 283 du Recueil des Transactions. Celle lettre est uniquement consacrée à la description de quelques Infusoires Vorticelliens et de la petite plante que tout le monde connaît sous le nom de lentille d'eau ( Lemna major ou minor) et qu’on appelait alors Lens palustris. Laplanchequi accompagne cette lettre représente d’une manière très reconnaissable et la plante et les animalcules. Quant à la figure 8, spécialement désignée par Ehrenberg comme relative à une Diatomée qui serait le Synedra ulna , elle représente très nettement une radicelle grossie de Lemna, sur laquelle sont fixés des Vorticelles et des Yaginicoles. Peut-être la radicelle est-elle un peu trop droite et raide, le dessin de cellules peut-être un peu trop régulier, mais il est impossible de se méprendre sur ce qu’a voulu figurer Leeuwenhoek.
* Mais le volume 1702-1703 des Transactions contient plusieurs lettres ou parties de lettres de « M. Anthony van Leeuwenhoek. » Dans une de celles-ci, datéedu 5 février 1703, (2), cet auteur raconte qu’en juillet 1702, en laissant au repos de l’eau prise dans un canal, à Delft, il y a vu des corps microscopiques réguliers et transparents, formant comme des arbo-
(1) « Conccrning green Weeds growing in luater and some animalcula about them , » bv M. Leeuwenhoek, Ph. Tr. 1703, n° 283.
(2) Part of letter from M. Anthony van Leeuwenhoek containing his observations on some animalcula imputer, etc. — Ph. Trans. 1703, T. XXIII p. 1431.
risations. Il les compare à des cristaux et indique comment il a cherché à les imiter en laissant évaporer des solutions faibles d’un sel d’argent, produisant en petit le phénomène connu sous le nom d 'arbre de Diane.
Est-ce un dépôt de Diatomées que Leeuwenhoek a observé ? — Gela est fort probable, et quelques-unes des figures qu’il donne (notamment celle qui porte le n° 1) sembleraient le prouver. Dans ce cas, il serait le premier observateur dont l’attention a été fixée sur une Diatomée.
Au cas contraire, la découverte de ces petites Algues doit néanmoins être placée dans l’année 1703 — car, dans le n° 286 des mêmes Philosophical Transactions (1) se trouvent deux parties de lettres adressées par un « gentleman in the country » dont le nom n’est pas donné, lettres dont Ehrenberg n’a pas eu connaissance non plus que de la précédente.
Dans la seconde de ces deux lettres (5 juillet 1703) il est dit :
« Dans mes observations sur ces plantes, (racines de lentilles d’eau), j’ai souvent vu, adhérentes à ces tiges ou quelquefois séparées dans l’eau, beaucoup de petites branches composées de pièces rectangulaires oblongues ou exactement carrées, réunies entr’elles comme dans le fig. Y1I que j’ai dessinée aussi exactement que je l’ai pu d’après nature (2). Il y a quelquefois vingt de ces pièces, ou davantage, dans une branche qui généralement adhère par une de ses extrémités aux tiges de la plante, et il est remarquable, je pense, que ces parallélogrammes rectangulaires sont toujours de la même taille, le long côté n’excédant pas le tiers de l’épaisseur d’un cheveu, les carrés étant visiblement composés de deux parallélogrammes réunis par le long côté. Ils paraissent très minces, et la structure de chacun semble à peu près la même. A un très fort grossissement, ils apparaissent comme dans la Fig. VIII (3). J'ai d’abord pris ces branches pour des sels, mais trouvant qu’elles avaient toujours la même taille et qu’elles ne prenaient pas un accroissement sensible de volume tout le temps qu’elles restaient dans l’eau, qu’après avoir été un jour ou deux à sec sur une lame de verre elles ne s’altéraient pas dans leur forme, et par l’addition d’une nouvelle eau (chaude ou froide) présentaient toujours la même apparence et la même cohésion, et que leur adhérence (quoiqu’elles ne se touchent que par les points angulaires) était si forte et si rigide que toutes se mouvaient ensemble et gardaient la même position les unes par rapport aux autres bien qu’elles fussent agitées par l’eau ; ces consi-
(1) Letters from a Gentleman in the country relating to M. Leeuwenhoek' s leiter in Transactions n° 283, — communiquées par M. G. (pas de nom). Pli. Trans. T. XXIII, 1703, n° 286, p. 1 499. — (La première est datée du 1er juin, la seconde du 5 juillet 1703).
(2) Ce n’est pas celte figure que cite Ehrenberg comme étant de Leeuwenhoek, mais une figure 8, Planche I, qui représente, comme nous l’avons dit ci-dessus, une radicelle de Lemna.
(3) Cette figure représente trois Pustules un peu plus grossis.