I. HISTORIQUE
dérations, dis-je, me persuadèrent qu’il s’agissait plutôt de plantes que de sels, mais comme elle sont si petites qu’aucun jugement ne peut en être porté par l’œil, je ne veux rien déterminer positivement. »
Cet observateur anonyme a donc été tenté de prendre aussi cette série de frustules pour des cristaux, comme il paraît d’autant plus probable que l’a fait Leeuwenhoek dans son observation de juillet 1702. Néanmoins il revient à l’idée que c’est une plante et la description qu’il en donne, comme le fait remarquer M. F. Kitton (1) est suffisante pour faire reconnaître le Tabellaria flocculosa des dialomistes modernes et non le Synedra nlna comme l’a dit Ehrenberg. La figure d’ailleurs, fort bien dessinée, ne laisse pas de doutes.
Puis, vint Louis Joblotqui, en 1714-1716, découvrit une espèce nommée par lui Vibrio Bacillus, laquelle semble être le même Tabellaria (' Observations faites avec le microscope).
En 1745, William Arderon découvrit un « animal-avoine » [oat-like animal) qu’il avait observé suri’ « animal-cheveu » (hair-like animal) et qui a été longuement décrit et même figuré dans YEmploymenl for the Microscope , de Baker, paru en 1753.
Dans ce temps là, on avait assez l’habitude de désigner ces êtres microscopiques, jusqu’alors inconnus, en les comparant à des objets connus. C’est ainsi qu’on avait l’animal-cheveu, qui est une Oscillaire, l’animaltrèfle, qui est un Rotateur, un Chætonotns , l’animal-fève, qui est un Infusoire cilié; quant à l’animal-avoine, c’était sans doute une Diatomée appartenant au groupe des Navicules, peut-être le Navicula sphærophora ou le N. amphisbæna.
C'est encore un Navicula , peut-être le N. fulva , que Schrank décrivit plus lard (1776) sous le nom de Chaos infusorum.
Le célèbre naturaliste Otto Frédéric Müller observa, en 1773, à Pyrmont, le Gomphonema truncatum dont il fit un Vorticella pyraria ; en 1779, YAchnanthes brevipes , et en 17S2 son Vibrio paxillifer qui n’est autre que la singulière Diatomée appelée depuis Gmelin jusqu’à présent Bacillaria parocloxa. A ces espèces, il ajouta, en 1783, les Conferva pectinalis , qui est un Fragilaria actuel, et Conferva armillaris , qui est un Melosira. Il décrivit encore, dans son grand ouvrage posthume publié en 1786 (2), un Vibrio bipunctatns , qui est sans doute le Synedra ulna , et un Vibrio tripunctatus qui est le Navicula gracilis , espèces qu’Hermann avait observées en 1784 et désignées sous le nom AEnchelys.
Schrank, en 1797, décrivit encore deux Navicules sous les nomsde Vibrio turrifer et V. fuscus , et un Cocconema sous celui de Kolpoda lima.
(1) F. Kitton. — Early lustory ofDiatomaceæ, dans le Science Gossip, 1880. — Traduit dans le Journal de Micrographie, 1880.
(2) O. F, Müller, Animalcula hifusoria fluviatilia et marina, etc. Hauniæ, 1786, in-4°, 50 planches.
On le voit, le nombre des Diatomées connues à l’époque ou parut le célèbre ouvrage de 0. F. Müller, était encore bien petit. Néanmoins, les difficultés étaient déjà grandes pour les naturalistes qui les avaient observées et qui cherchaient à les classer, les uns dans le règne animal, les autres dans le règne végétal, d’autres encore à les distribuer dans les deux règnes. Et les difficultés étaient d’autant plus grandes que parmi les formes microscopiques, qu’ils découvraient, il y avait non-seulement des Diatomées véritables, mais des Infusoires, des Acinètes, qui présentent des caractères d’animalité bien tranchés, et des Algues qui ont, au contraire, une physionomie nettement végétale. Cet embarras des classificateurs se révèle, d’ailleurs, par l’attribution qu’ils font des espèces nouvellement décrites les unes au genre Vibrio , les autres au genre Conferva.
C’est ainsi que Gmelin, créateur dugenre Bacillaria , qu’il institua, en 1788, pour le fameux Vibrio paxillifer de 0. F. Müller dont il fit le Bacillaria paradoxa , rangea ses Bacillariées dans le règne animal, tandis que Yahl, dans sa Flora Danica , le rédacteur de YEnglish Botany , puis Roth, qui donne même une bonne figure due à Mertens d’une Diatomée dont il fait un Gonferva flocculosa, les replacèrent parmi les plantes. D’autre part, vers la même époque, Schrank en fait des Vibrio et des Kolpoda , c’est-à-dire des animaux, avec Kammacher, qui, dans la Micrographia d’Adams (1798) range un Nacicula dans le règne animal (1).
A partir de cette époque, les travaux sur ces organismes devinrent de plus en plus nombreux, mais les idées étaient encore bien loin d’être fixées sur leur position systématique, car Girod Chantrans en faisait des Algues qui produisaient des animaux, et Ingenhousz, ne pouvant en faire ni des bêtes ni des plantes, ne trouva rien de mieux que de les classer dans le règne minéral (1802).
Cependant, c’est dans les Algues que la majorité des observateurs de la fin du XVIIIe siècle classaient les organismes qui nous occupent, et notamment parmi les Conferves, en raison de la forme filamenteuse qu’affectent un grand nombre d’espèces. Et, en réalité, c’est surtout les algologuesqui s’adonnèrent à cette étude. C’est ce que firent Roth, Mertens, Trentpohl, Weber, Hornemann, Mohr, Dillwyn, Thore, Draparnaud. Agardh et, enfin, le célèbre botaniste de Candolle qui, en 1805, créa le genre Diatoma (du grec oiaxs^vw, diviser), auquel il donne pour type le Gonferva flocculosa de Roth et qu’il plaça parmi les Algues.
Dillwyn (2) fit entrer aussi, sous le nom de Conferves, un certain nombre de Diatomées filamenteuses dans ses British Confervæ (1809) et en
(1) Roth. — Catalogus Botanicus, Fasc. I, Tab. IV, fig. 4 6t Tab. V, fig. 6 (1797).
(2) Dillwyn. — British Confervæ , in-4°, 1809.