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TRIAGE DES DIATOMÉES

Dans une récolte composée d’un certain nombre d’espèces, il est utile de pouvoir trier les espèces, afin d’en faire des préparations séparées. Si ces espèces sont de taille différente, on pourra profiter de ces différences de taille pour opérer une division entre les petites et les grandes espèces. — En même temps, on pourra ainsi séparer les Diatomées des grains de sable plus ou moins fins et lourds qui ont, comme elles, résisté à l’action des réactifs, car ils sont comme elles composés de silice.

Les grains de sable formés d’une substance plus condensée, sont plus lourds que les Diatomées de même volume. Et, parmi les Diatomées elles-mêmes, les plus grosses sont généralement les plus lourdes.

Tous les procédés de séparation des Diatomées et du sable et des Diatomées entr’elles sont fondés sur ce principe, qu’on opère d’ailleurs sur des matériaux déjà passés aux réactifs, comme nous l’avons indiqué, ou sur des matériaux crus , c’est-à-dire bruts ou seulement débarrassés mécaniquement des corps étrangers les plus volumineux.

On comprend que, pour ce triage, on opérera par lévigation ou décantation , en agitant les matières dans l’eau et en séparant ' successivement les différents dépôts qui se forment, les corps les plus lourds se déposant les premiers. Quant à l’argile, s’il y en a, elle restera au contraire en suspension dans l’eau de lavage, pendant très longtemps au moins, si cette eau est distillée, et on pourra l’enlever par décantation.

Enfin, il existe des procédés et même des instruments ou doigts mécaniques qui permettent de choisir pièce à pièce dans un

(lp J. Brun. — Journal de Micrographie , T. XI, 1887, N° 5.

Y. TECHNIQUE DES DIATOMEES

groupe de Diatomées les spécimens que l’on veut monter, et même de les ranger dans la préparation, suivant un ordre voulu et dans une position déterminée. On fait ainsi ce qu’on appelle des préparations méthodiques.

Occupons-nous d’abord des procédés de triage du sable et des Diatomées, nous verrons plus loin à l’aide de quels artifices on arrive à manier, pour ainsi dire, chacun de ces corpuscules presque invisibles et à les disposer comme on le veut dans les préparations.

Procédé de M. H. L. Smith pour le triage des Diatomées .

Le professeur H. L. Smith a publié les instructions suivantes pour le triage des Diatomées. Il opère sur des matériaux crus et qui n’ont pas été traités par les acides, mais son procédé est évidemment applicable aussi aux matériaux déjà traités par les acides. M. H. L. Smith se dispense de ce traitement parce qu’il détruit la matière organique des Diatomées en brûlant celles-ci sur la lame de verre au moment du montage, comme nous l’indiquerons plus loin.

« Les récoltes, dit M. H. L. Smith, ne doivent pas être séchées, mais conservées humides, dans des fioles, avec un peu de créosote pour empêcher les moisissures. — Je préfère de beaucoup examiner les frustules entiers avec les deux valves adhérentes, ou encore attachés les uns aux autres, si l’espèce est filamenteuse. Je possède beaucoup de fioles de matériaux pour le montage, qui sont presque aussi propres que s’ils avaient été traités par les acides. . .

« Supposons donc qu’on ait devant soi une fiole contenant une quantité d’eau considérable relativement au sédiment, lequel renferme plus ou moins de Diatomées. Nous procédons comme il suit, et si la fiole est restée tout à fait au repos pendant plusieurs jours, cela n’en vaudra que mieux.

« On imprime à la fiole un rapide mouvement de rotation : les matériaux les plus légers s’élèvent dans l’axe du liquide et se répandent bientôt dans l’eau.

« On laisse reposer pendant deux ou trois secondes, jusqu’à ce qu’on ait vu les plus grosses particules se déposer ; aussitôt, on verse le liquide avec les particules flottantes qu’il contient dans une autre fiole. C'est de ce liquide que nous allons séparer les Diatomées et le sable de l’argile et des matières organiques.

« Les matériaux décantés dans la seconde fiole sont laissés au repos jusqu’à ce que l’eau paraisse simplement laiteuse ou nuageuse. Le temps varie avec la petitesse des Diatomées et l’on ne peut guère l'apprécier que par expérience. Supposons une minute : alors, tout

ce qui reste flottant doit être décanté et jeté, à moins qu’il ne s’y trouve de très petites formes que l’on peut vouloir séparer.

« La fiole est de nouveau remplie avec de l’eau pure ou distillée (les eaux dures ou calcaires doivent être strictement écartées) — et l’on secoue de nouveau.

« Aussitôt que le dépôt le plus lourd touche le fond, le reste est versé dans une troisième fiole, en laissant environ le quart du liquide dans la seconde.

« Cette troisième fiole ne contiendra plus guère maintenant que du sable et des Diatomées avec quelque légère matière organique et de l’argile pure. Ces deux dernières substances peuvent être enlevées par décantation : pour cela, on remplit d’eau la fiole n° 3 et, après l’avoir bien secouée, on la laisse reposer de deux à cinq minutes; on décante et on jette l’eau légèrement laiteuse, et on répété l’opération en laissant reposer un peu plus longtemps. On peut recommencer une troisième fois et rejeter les particules en suspension après un intervalle de 8 à 10 minutes.

« Souvent, après que le premier dépôt s’est formé dans la fiole n° 2, les Diatomées s’élèveront plus pures dans la masse en donnant à la bouteille un mouvement de rotation qu’en la secouant. »

M. H. L. Smith ajoute à cet exposé les observations suivantes :

« Un peu de pratique et de soin permettra à tout le monde de séparer certaines Diatomées suivant leur taille. J’ai reçu une récolte de Pleurosigma Spenceri qu’on m’avait envoyée de Scioto River (Ohio), mais quoiqu’elle eut été bien traitée au chlorate, quand j’en montai une préparation, je ne trouvai pas plus d’un ou deux frustules dans le champ de microscope, le reste n’étant que des formes plus petites ou de fins fragments de silex. En étudiant et en expérimentant avec soin le temps pendant lequel les différentes tailles restaient en suspension, j’ai fait de cette récolte une préparation qui montre des centaines de frustules où l’on n’en voyait à peine auparavant, et l’on ne reconnaîtrait pas qu’elle provient de la même récolte. »

M. H. L. Smith conseille ensuite, quand on a constaté la présence d’une assez grande quantité de Diatomées dans le dépôt, de remplir la fiole avec un mélange d’alcool et d’eau à parties égales, afin de les conserver pour le montage. Mais il faut avoir soin de n’employer qu’un alcool qui ne laisse pas de résidu par l’évaporation et que de l’eau distillée, sans quoi les préparations qu’on ferait avec ces Diatomées seraient mêlées de corps étrangers.

Quant au montage, l’éminent diatomiste américain le pratique, comme nous le verrons plus loin, en brûlant les Diatomées sur le cover , d’après la méthode de Brébisson, ce' qui détruit en même temps leur matière organique.

Y. TECHNIQUE DES DIATOMEES

Procède de triage de M. F. Kitton.

Nous avons indiqué précédemment (p. 112) les procédés qu’emploie M. F. Kitton pour le lavage des récoltes, des sondages marins, des Diatomées fossiles et des guanos. Tous ces procédés d’ailleurs, quels qu’ils soient, arrivent toujours au même résultat : avoir dans de l’eau un dépôt qui ne contient plus, si les opérations ont été bien faites, que des Diatomées débarrassées de matière organique, et du sable.

En secouant le vase qui contient ce résidu et en décantant, au bout de quelques secondes, l’eau surnageante, on séparera déjà un premier dépôt qui contiendra les grains de sable les plus volumineux et les Diatomées les plus lourdes.

L'eau surnageante, abandonnée au repos, laissera déposer les Diatomées légères et les grains de sable les plus fins dont la séparation est plus difficile. Voici comment M. F. Kitton opère pour faire ce triage :

« Je prends deux lames de verre À et B. Sur A je place une goutte d’eau distillée et sur B unê petite quantité du liquide à traiter. J’imprime à B un léger mouvement rotatoire horizontal, ce qui accumule le sable au centre du liquide et j’incline la lame vers un de ses angles ; les Diatomées s’écoulent et sont recueillies dans l’eau distillée de la lame A. — Cette eau chargée de Diatomées est ensuite répartie sur des couvre-objets.

« Par cette méthode, des récoltes qui paraissent tout à fait sans valeur donnent de très bonnes préparations, mais il est souvent nécessaire d’ajouter à l’eau de la lame A le produit de plusieurs gouttes de B (1). »

C’est encore là, comme on le voit, un procédé par décantation, mais dans lequel on opère sur de petites quantités, en profitant à la fois de la différence de densité du sable et des Diatomées et de l’adhérence à la lame de verre des particules les plus lourdes.

A propos de cette adhérence au verre de certaines particules, nous devons signaler une observation due au professeur Christopher Johnston. Pour les dépôts débarrassés ou à peu près de matières étrangères, si on les verse dans un vase en verre très propre, les Diatomées discoïdales, après quelques instants de repos, adhèrent au fond du vase et l’on peut décanter tout le contenu sans que celles-ci se détachent si elles sont entières. On peut alors les enlever avec un pinceau très doux, et obtenir ainsi des frustules parfaitement isolés.

(1) H. van Heurck. — Synopsis des Diatomées de Belgique , p. 27.

MONTAGE DES DIATOMEES

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