VII. MOYENS D’ÉTUDE
§ 5. — MICROTOMES
Microtome à levier, de Hansen. — On s’étonnera peut-être de nous voir, dans un livre consacré à l’étude des Diatomées, parler des microtomes , instruments destinés à obtenir des coupes très minces des objets destinés à l’examen microscopique. Nous le faisons cependant à bon escient. En effet, depuis quelques années l’étude, si arriérée encore, des Diatomées considérées comme des êtres vivants et non plus seulement comme de simples frustules siliceux marqués de stries , de côtes ou de perles plus ou moins fines, préoccupe un assez grand nombre d’observateurs qui cherchent à pénétrer la structure intime de ces organismes et à élucider les phénomènes biologiques dont ils sont le théâtre.
Or, nous sommes actuellement, en micrographie, dans ce qu’on peut appeler Y ère des coupes. — C’est par l’étude des coupes minces, exécutées avec une perfection inconnue jusqu’ici et faites méthodiquement, que l’on est parvenu non seulement à reconnaître d’une manière exacte la structure histologique des animaux et des plantes, mais encore à suivre, pour ainsi dire pas à pas, certains phénomènes évolutifs qu’il avait été impossible d’analyser alors qu’on ne disposait que des méthodes d’observation in toto , de dissociation ou décompression.
Il faut ajouter à la pratique perfectionnée des coupes, les progrès de la technique, les procédés nouveaux et si nombreux de coloration qui ont permis de caractériser d’une manière plus complète les éléments histologiques et de reconnaître la différenciation des substances qui les composent.
Déjà, par l’étude des coupes de Diatomées, telles qu’on en trouve quelquefois dans certaines roches, quelques observateurs, comme MM. J. Deby, W. Printz, Yan Ermengem, sont parvenus à élucider des détails de structure qu’il avait été jusque-là impossible de reconnaître d’une manière certaine. D’autres observateurs ont cherché à appliquer la méthode des coupes aux Diatomées vivantes, et c’est à notre avis une excellente voie à suivre et qui sera sans doute féconde en découvertes, en ce qu’elle nous révélera la structure intime de l’organisme vivant, la disposition et la nature des matériaux organisés qui composent la cellule diatomée, ainsi que les modifications que subissent ces éléments dans les différentes phases de l’évolution biologique de ces Algues.
La principale cause qui a sans doute empêché jusqu’à présent les diatomistes d’appliquer tous les procédés délicats de la technique moderne, à commencer par la méthode des coupes, est l’extrême
difficulté qu’on éprouve à pratiquer des coupes sur ces êtres microscopiques. La chose n’est cependant pas impossible et nous avons pu commencer, grâce à cette méthode, des travaux qui malheureusement ne sont pas assez avancés pour pouvoir trouver place dans le présent ouvrage. Néanmoins, les coupes que nous avons faites récemment sur quelques grandes espèces nous ont permis,' par exemple, de vérifier, — et de reconnaître pour parfaitement exacte, — la disposition de l’endochrome dans ces espèces telle que l’a décrite M. Paul Petit (1)
Il est évident d’abord qu’il ne peut pas être question ici de prendre une Diatomée au bout d’une pince et de la débiter en tranches avec un rasoir. Il faut employer des procédés beaucoup plus délicats et avoir recours aux instruments les plus perfectionnés.
Voici comment on peut procéder :
On prend une certaine quantité d’une récolte de Diatomées que Ton veut étudier, en ayant soin de les débarrasser, par les procédés de nettoyage que l’on connaît, de toutes les impuretés et notamment des grains de sable, même les plus petits, qui feraient déchirer la coupe et ébrécheraient le rasoir. Il est clair d’ailleurs que les espèces ou les frustules les moins silicifiés se prêteront mieux à l’opération.
On délaie les Diatomées dans une petite quantité d’une solution de gomme arabique très épaisse, . à laquelle on peut ajouter un peu de glycérine pour l'empêcher de devenir cassante en séchant. Les Diatomées restent suspendues dans la solution. On prend alors une forte goutte du mélange au bout d’une baguette de verre et on la dépose sur un morceau de liège ou de moelle de sureau, et on la laisse sécher à l’abri de la poussière.
Quand la goutte est sèche, on peut en déposer une seconde sur la première et même une troisième et une quatrième, mais il n’y a pas avantage, en général, à obtenir une couche trop épaisse.
Lorsque la masse d’inclusion ou d'enrobage est bien sèche, il est quelquefois utile, si les Diatomées sont assez fortement siliceuses, de la durcir encore en plongeant toute la pièce dans l’alcool à 82°, pendant 24 ou 48 heures Quand elle est suffisamment durcie, qu’elle ne cède plus sous la pression de l’ongle, il n’y a plus qu’à opérer des coupes comme on le fait dans les laboratoires d’histologie.
Au lieu de la solution dégommé, on peut employer, à une douce chaleur, une solution de gomme et de gélatine, ou le collodion, ou la celloïdine, qui donne de très bons résultats et permet de faire des petits blocs tenant un grand nombre de Diatomées en suspension,
(1) P. Petit: Essai de classification des Diatomées i