A LA LUNE
car ce que je pourrais dire de toi aujourd'hui ne serait plus vrai demain. Nos grands imagiers y ont dépensé leur verve et leurs couleurs et se sont à l'envie répétés et contredits.
Hugo t'appelle tour-à-tour plateau d'argent et serpe d'or, et ce riche gueux de Richepin, alors qu'il n'avait que toi pour toute richesse, te qualifiait d'écu rogné.
De ne pouvoir te comprendre, l'esprit humain en ressent un vilain dépit, et il se venge en te prêtant une méchante influence; on dit que tu perds ceux qui te contemplent et qui te chantent trop.
C'est que le monde est aveugle et brutal; il ne comprend ni les larmes ni la joie, et tu parais si bien nous plaindre et nous aimer, là-haut, dans ta sereine mélancolie!
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Le Chêne
Le chêne a poussé d'une semence infime, mais féconde. Il est sorti de terre tout petit, faible, humble; les arbres de la forêt ne le regardaient même pas. Qu'avait-il pour attirer leurs regards ? Il s'est confié au soleil, aux vents, à la pluie, à la terre, il a tiré d'eux sa vie, d'eux qui l'avaient fait sortir de cette semence si infime, mais si féconde.
Il a d'abord souffert, souvent il lui a semblé que sa vie l'abandonnait, mais il se cramponnait de toutes les forces de ses racines, il se redressait, il résistait.
Aujourd'hui, le chêne est beau dans la forêt. Les autres arbres sentent en lui une force, une puissance qui s'en va déclinant chez eux, et oubliant leur origine, ils se demandent comment le chêne, de si petit, a pu devenir si grand. Déjà les arbrisseaux recherchent son ombrage et croissent vigoureux et forts sous sa protection.
C'est nous ce chêne, c'est notre race. La poignée de hardis marins et d'héroïques défricheurs venus sur nos côtes ont fait souche de tout un peuple. Ils ne se sont pas laissé rebuter par les misères parfois atroces des débuts, ils se sont confiés à la terre qu'ils
venaient de découvrir et lui ont consacré leur vie. Le nouveau pays était bien humble à côté de tous ceux qui se partageaient la terre, mais ils avaient foi en l'avenir. Ils savaient qu'il n'y a pas de sacrifice inutile et que tout travail porte en lui sa récompense. Le pays a grandi, comme le chêne il devient beau et fort et les autres pays le regardent avec surprise, se demandant comment il a ainsi survécu et d'où lui vient sa force.
Mais notre croissance n'est pas finie, nous n'avons pas atteint notre virilité. Il n'est pas bon de nous croire trop forts ou trop grands, et il est très mauvais d'essayer de le faire croire aux autres, nous n'en pouvons tirer rien de valable pour notre accroissement. Il nous faut au contraire nous souvenir de nos humbles débuts, pour y puiser l'énergie de toujours travailler, la force de toujours combattre. Nous sommes un peuple jeune, nous avons besoin de toutes nos volontés et de toutes nos ressources pour grandir.
Notre fête nationale ne doit pas être seulement un prétexte à notre glorification. Elle doit être surtout une leçon de foi et d'énergie, de la foi qui croit malgré tout, de l'énergie qui va contre tout. Nos ancêtres n'avaient que faire d'une vaine gloriole, ayons les mêmes sentiments. Il nous faut voir ce que nous avons à faire, et il nous faut savoir que nous devons le faire. Qu'importe que nous n'en retirions pas nous-mêmes la récompense; nos pères n'ont-ils travaillé que pour eux ?
Manifeste Electoral
A la manière d'un représentant du peuple
Nobles et intelligents électeurs de ce beau et grand comté:
C'est sans crainte que je reviens devant vous. L'âme calme et sereine, fière du devoir accompli, je laisse tomber tous les voiles: jugez-moi. Le mandat que vous m'aviez donné est expiré; j'en viens rendre compte et j'en viens demander en même temps le renouvellement.
Vous savez tout ce que j'ai fait en chambre. Sans doute, je ne faisais pas retentir tous les jours des éclats harmonieux de ma voix les lambris sacrés, mais vous connaissez le proverbe: "Qui parle trop agit peu." Et souvent mon chef m'a dit en me serrant la main : 'Mon cher, vous ne parlez pas souvent, mais vous êtes un homme d'action, et c'est ce qu'il nous faut." J'ai donc agi, et vous savez tous ce que j'ai fait pour vous. Vous n'avez qu'à regarder.
Voyez cette admirable nature qui nous a
tant comblés; nous vivons clans un pays unique au monde, nous serons un jour les rois de la terre. Nos rivières regorgent de poissons, nos forêts sont inépuisables, et tous les ans d'abondantes moissons couvrent nos champs. Que nous sommes heureux d'avoir un tel gouvernement, et combien plus heureux encore d'avoir des électeurs intelligents et profonds pour toujours le soutenir contre ses ennemis.
Vous connaissez tous mon cœur d'or, vous savez avec quelle ardeur j'ai travaillé dans l'intérêt de tous. Jamais mon front d'airain n'a frémi devant l'obstacle, n'a tremblé devant l'ennemi que j'ai combattu pour vous.
Votre beau et grand comté est de plus en plus propère, grâce aux industries qui s'y développent tous les jours. Soyez sûrs que nous les conserverons et que d'autres plus nombreuses encore viendront déverser à flots au milieu de notre industrieuse population la richesse et la prospérité, tant que votre suffrage éclairé et désintéressé tiendra à la barre de notre magnifique province, pour la conduire parmi les écueils et malgré les tempêtes, et pour la guider dans les chemins rocailleux qui mènent au progrès, un si digne et si paternel gouvernement.
Il me fait de la peine qu'on ait osé dresser contre moi un individu tel que celui que j'ai comme adversaire dans la présente élection. Puisqu'il n'a encore rien fait dans la vie pu-