‹ Les "Dicts" du passantChapitre 17 sur 34 · AUTRES PAYS · texte numérisé non relu

AUTRES PAYS

Les allemands se plaignent; ils grognent. Que voulez-vous qu'ils donnent, eux ? Guillaume est absent, ses fils sont éparpillés un peu partout. Ils n'ont vraiment plus rien à donner qui puisse rivaliser sérieusement avec un appétissant saucisson ou une bonne paire de bottes.

Supposons que les américains nous enlèvent l'Ontario, et que, dans vingt-cinq ou cinquante ans, les ontariens aient le pouvoir, par un plébiscite, de revenir à leur ancienne allégeance, que leur donnerions-nous, gens du Québec, pour qu'ils rentrent au bercail???

Autres pays. . . autres mœurs.

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Pied d'affaires

Non, mais ce que ça m'agace de voir, d'entendre, de sentir, de toucher cette expression partout; on ne peut rien lire sans s'y heurter, on ne peut plus faire un pas sans s'y cogner. Pied d'affaire, pied d'affaire! Il faut tout mener, tout organiser, tout refaire, tout rénover, il faut que ça marche sur un pied d'affaire.

Quel affreux jargon, vraiment. Quelle idée d'aller fourrer le pied dans les affaires. Il y a pourtant assez de gens qui y mettent le nez sans y être priés. Tant de brasseurs véreux y font barboter des mains passablement sales, lorsqu'elles ne sont pas absolument ignobles! Pourquoi mettre le pied là-dedans! Pour mieux s'enfuir une fois le coup fait, je suppose.

Mettez donc tout sur un pied d'affaire puisque vous y tenez tant; seulement, assurez-vous bien que le pied soit solide et ne laisse pas crouler l'affaire au premier vacillement.

On parle un peu partout d'organiser l'agriculture sur un pied d'affaire: alignez- vous, braves gens; gare à vous, carottes, poireaux

et navets; les affaires s'en viennent, serrez les rangs. M'est avis cependant que les plus "navets" ne sont pas ceux qu'on pense.

Sur un pied d'affaire le gouvernement!

L'âge d'or s'en revient, notre chevalier errant national lui a fait rebrousser chemin. Sur un pied d'affaire les études; on n'apprendra plus que ce qui paie. Mon Dieu, pourquoi avezvous permis que nous entassions tant de chose* en nos pauvres cervelles!

Sur un pied d'affaire la littérature! On vous donne à lire, donnez-nous à manger. On nourrit vos esprits, engraissez nos corps étiques. Sur un pied d'affaire le journalisme! Il est temps que le rédacteur-en-chef prenne un peu de bedon, que les scribes se paient un pantalon neuf et que le biilettiste renouvelle

ses godillots.

Pied d'affaire ? Soyez logiques, ne vous croyez pas seuls dans les affaires. Nous avons nos affaires, nous aussi; nous avons même tant d'affaires que nous ne trouvons pas le temps de faire tout ce que nous devrions faire, défaire et refaire.

Nous les comprenons les affaires, nous aussi. Poudre aux yeux, que vos discours, marchands d'orviétan, poudre aux yeux et coton pour les oreilles. Vous aveuglez les badauds et vous les assourdissez. Pied d'affaire, pied d'affaire! Pieds vous-mêmes!

Délivrez-nous...

Seigneur, notre prière monte vers vous, daignez nous exaucer et nous délivrer des maux qui nous accablent. Le nombre de ceux qui se prétendent supérieurs à toute créature, le troupeau des ignares et des abrutis s'accroît tous les jours. De toutes ces plaies qui sévissent plus que jamais sur notre pauvre terre, nous vous en supplions, Seigneur, délivrez-nous.

Du gommeux bien astiqué et peigné à la perfection, qui a un plus grand soin de ses souliers que de son cerveau, délivrez-nous.

De la donzelle qui se farde outrageusement le museau et qui s'enfarine de plus en plus, en dépit du haut coût de la vie, délivrez-nous.

De la jeune fille esclave de la mode, qui se promène tout l'hiver la poitrine découverte et qui, l'été, s'engonce en ses fourrures, délivrez-nous.

De l'impeccable snob, poli et verni et brillant comme une belle gravure toute neuve, et qui louche constamment sur la petite tache que vous avez au parement de votre veston, délivrez-nous.

De l'ami bassinant qui vous raconte ses querelles de ménage, et qui dit à tout venant que sa femme lui tire les oreilles ou lui arrache les cheveux, délivrez-nous.

De la jeune demoiselle qui prend la vie pour un bal et chaque jour pour un fox-trot ou une valse, délivrez-nous.

De l'agaçante péronnelle qui veut vous prouver à tout prix qu'elle a lu Bourget et Loti et qu'elle a compris quelquechose à Barres, délivrez-nous.

De l'encombrant individu qui vous raconte pour la vingtième fois une histoire à dormir debout et qui prétend encore vous faire rire, délivrez-nous.

De l'éphèbe téméraire qui lance sa gourme à tous les vents, et qui veut nous imposer ses fantaisies sous prétexte que l'esprit souffle où il veut, délivrez-nous.

De l'esthète furibond qui se laisse pousser les cheveux jusque sur les épaules et qui vous annonce trois fois la semaine qu'il est à écrire un poème qui fera sensation, délivrez-nous.

De la jeune femme qui a tout appris et qui est capable d'apostropher son mari avec une égale véhémence en anglais, en latin, en grec ou en chinois, mais qui n'est seulement pas fichue de faire une omelette respectable, délivrez-nous.

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