LA ROSSE
tains pédants appellent cela les véhicules à traction hippomobile) se font de plus en plus rares. On les remplace par des voitures qui vont toutes seules, avec un grand bruit tout autour et un nuage de vapeurs nauséabondes tout derrière. C'est très curieux, mais c'est agaçant à cause du bruit et de l'odeur. Ça me donne le rhume et mal à la tête, à moi.
Me voilà vieille avant l'âge, pauvre rosse que je suis. Mon cochon, pardon, mon cocher de maître va me battre bien les flancs quelques mois encore, puis je serai à point. On me flanquera un coup de massue au front et je ne sentirai plus rien. Le lendemain, des bourgeoises convaincues m'achèteront pour du bœuf, à 6.50 francs le demi-kilo. Peutêtre aurai-je la gloire suprême de porter la pancarte: Nouvel arrivage de bœuf canadien frigorifié.
Et si vous vous avisez de venir faire une promenade en ces parages, vous me mangerez en savoureux "chateaubriand", au restaurant à la mode.
Que peut souhaiter de plus une pauvre rosse !
"Le Soldat Inconnu"
(On a déposé à Westminster les restes d'un soldat de l'armée anglaise mort au front. Les journaux.
Il reposait en teire française, le pauvre corps perdu parmi des milliers, parmi des millions d'autres corps brutalement arrachés à la vie. Etait-il un jeune homme, aux muscles agiles, à l'esprit ardent? Etait-il un homme dans la maturité de l'âge, en pleine possession de ses forces, en entière réalisation de ses espoirs ? Etait-ce un fortuné de la terre ou un déshérité dès sa naissance, un riche ou un gueux ?
Il était soldat. Son pays l'avait appelé et il était là, loin des siens, en terre étrangère, face à l'ennemi. Il est tombé, avec tant de ses camarades, pour la cause qu'on lui avait commandé de défendre, et que son sang défendit jusqu'à sa dernière goutte. On l'avait enterré là où il était tombé.
Mais le pays a voulu rendre témoignage au soldat inconnu dont nul n'a clamé les exploits, qui n'a jamais reçu la récompense
de son geste. On a ouvert sa sépulture et, tout entouré de la terre même qui lui sert de linceul on a transporté son corps dans sa patrie. Nul ne saura jamais son nom que l'officier seul qui Fa retiré de la terre, et celui-là ne le dira jamais. On a rendu les honneurs militaires au soldat inconnu. Il repose maintenant à Westminster, avec les rois, les grands et les héros de son pays.
Quel est son nom à ce soldat inconnu devant lequel toute l'Angleterre dit la piété de son souvenir ? Nul ne le saura jamais, et qu'importe-t-il de le savoir!
Mais que diriez-vous, Lloyd George, que diriez-vous, ministres de la Couronne, que diriez-vous, officiers et soldats qui avez combattu l'Allemand et qui maintenant traînez vos canons et vos chars blindés sur la terre d'Irlande, que diriez-vous si vous saviez un jour que ce soldat inconnu était un Irlandais ?
Prose à la Sagesse
Achetez de moi de Vor éprouvé par le feu. Apocalypse.
O Sagesse, ô magnifique reine, permets que nous chantions ta beauté et que nous célébrions tes splendeurs, toi qui brilles d'un éclat plus vif que l'étoile du matin.
Tu es l'eau claire qui jaillit du rocher; tu coules limpide sur la pierre grise où tu polis doucement ton sillon, et tu tombes en un filet transparent dans la vasque moussue qui te reçoit avec recueillement.
Tu es la lumière contre laquelle les ténèbre» ne peuvent rien. Tu ne ressens pas leurs assauts, et les rugissements de leur impuissance ne troublent jamais ton immuable sérénité.
Tu es la rosée qui met des diamants aux pétales versicolores, qui redonne la vie au brin d'herbe accablé de la sécheresse du jour, qui humecte et qui lisse les plumes des passereaux.
Tu es la douce chaleur propice aux épanouissements des humbles fleurs dans la
mousse crespelée, pauvres fleurs qui craignent tant et le soleil brûlant, et l'âpre vent et l'inondante pluie.
Tu es le nid où la mère couve amoureusement ses petits, qui, tout-à-1'heure essaieront de se lever sur leurs frêles pattes et tendront ces fragiles ailes encore inutiles, qui ne pourraient nullement les supporter et les guider dans les airs.
Tu es Vor éprouvé par le feu, duquel la pierre de touche dit qu'il est bien or, que les corrosifs ne peuvent mordre, et dont la possession assure la vie, la vie qui ne meurt point.
Tu es l'haleine de Dieu, qu'il souffle sur le monde pour dissiper la pestilence où nous croupissons, et que tant d'hommes ne veulent ni voir, ni entendre, ni sentir, parce qu'ils aiment mieux croupir dans leur pestilence.
Tu es le trésor intarissable qui s'ouvre tout grand à nos esprits, à nos yeux et à nos mains, qui se donne à nous sans rien demander en retour, car tu possèdes tout et tu désires seulement que nous te possédions.
Tu es toi-même la Vie, ô Sagesse, car c'est toi qui nous as faits, car tu es à la fois le produit de Celui qui a tout fait et Lui-même, car nous ne pouvons vivre que parce que tu as voulu que nous vivions et que nous t'en rendions des actions de grâces éternelles.
prose a la sagesse 165
Oraison
O Sagesse, que tant d'hommes ignorent, que tant d'autres méprisent, que moi-même j'ai si longtemps méprisée et que peut-être j'ignore encore, daigne m'éclairer d'un rayon miséricordieux de ta lumière, daigne me réchauffer de ton ardeur inextinguible, daigne me permettre de te connaître et de toujours vivre en toi.
Le Pur Don
Il est né à la campagne, près de Dieu. Il apprit à voir et à aimer Dieu en toutes choses, dans les hommes, dans les arbres, dans les oiseaux, dans l'humble brin d'herbe au revers du fossé. Il grandit en gardant au cœur une éternelle reconnaissance à Dieu d'avoir tout créé et de lui avoir donné la vie.
A mesure que les années développaient son intelligence et donnaient un plus grand essor à ses facultés, un. désir germait au plus profond de son être, d'abord vague, indéterminé, presque inconscient, puis prenant corps peu-à-peu, pour venir enfin à la pleine maturité et se manifester par la volonté ferme de se consacrer au service de Dieu. Et le Séminaire reçut ce jeune homme qui avait répondu sans hésiter à la vocation.
Vocation, appel, il avait entendu son nom, il était appelé, il voulait être élu. Mulii vocati9 sed pauci elecli, dit l'Evangile, il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Il voulait être du nombre des élus et il répondait tout de suite à l'appel.
Il est devenu un autre Christ, car le prêtre est un autre Christ. Il a fait le pur don de
son être. Il s'est donné au Dieu vivant, tout entier, il a remis au Créateur sa créature, il s'est reposé entre ses mains.
Don de l'âme, don du corps, don de l'esprit, don du cœur, renoncement, sacrifice, joie, paix. Et moi qui connais son âme et son cœur, je dis que la religion est divine qui opère de telles choses.
Pauvres philosophies humaines, qui avez troublé tant d'intellects, misérables savantes erreurs, qui tant de fois m'avez tenu sous votre emprise, comme votre puissance est fragile devant un pareil fait, comme votre force tombe devant un tel spectacle ! Le vent salubre et invincible de la religion révélée a tôt fait de chasser les miasmes empoisonnés, lorsque la chair secoue ses chaînes, lorsque l'esprit se libère du joug de l'orgueil, lorsque l'âme veut voir vraiment ce pourquoi elle a été faite et d'où lui vient la vie.
Voilà qui console des vilenies du monde, voilà qui paie pour les vilenies du monde.
Petits enfants qui êtes purs, petits enfants qui aimez Dieu, écoutez chaque jour en votre âme si une voix mystérieuse ne fera pas entendre son appel. Trois fois heureux serezvous si vous êtes choisis et si vous savez répondre à celui qui vous demande tout entier.
Petits enfants qui êtes bons, demandez chaque jour à Dieu qu'il vous rapproche sans