‹ Les "Dicts" du passantChapitre 6 sur 34 · HEURES PASSEES · texte numérisé non relu

HEURES PASSEES

On dirait qu'ils l'attendent cette fumée, chaque matin, et qu'ils ne viennent que pour elle. Mais comme je secoue la cendre qui s'allonge, voilà la débandade, et mes moutons s'enfuient en une ruée folle.

Si je puis arriver à les retenir près de moi lorsque je secoue la cendre de ma cigarette, ce sera un grand point d'acquis dans l'œuvre de leur civilisation.

Je suis seul, mais pas pour longtemps.

Tout-à-l'heure j'irai voir travailler mes fourmis. J'ai toujours quelques miettes pour elles au fond de mon gousset. Il faut les voir à l'œuvre lorsque le colis qu'elles transportent est trop gros pour l'ouverture de leur demeure. Elles ont tôt fait de vaincre la difficulté et nulle tâche ne les rebute.

Les fourmis ne sont pas comme les hommes

Lumineux souvenir des heures passées, combien vivace vous êtes en mon esprit. Puissé-je vous revivre à nouveau!

O Fortunatos...

Mon ami est venu me chercher. Il demeure à la campagne, lui; il respire l'air tel que Dieu Ta créé, et les tramways ne l'empêchent pas de dormir. Il a eu pitié de moi; de me savoir là-bas à la ville, les pieds englués dans l'asphalte ramolli des rues, les poumons encrassés de poussière, suant, soufflant, n'en pouvant plus, le cœur lui a chaviré. Il m'est arivé un beau soir, du vent plein les cheveux, du soleil plein la peau: vous comprenez que je ne me suis pas fait prier. Dès le matin, nous filions, prenant congé sans nul regret des débitants de crème à la glace, des scopes et des parcs au gazon pelé et galeux.

Et me voilà à la campagne. Mais, vous m'entendez bien, n'est-ce pas, c'est à la campagne que je suis. N'allez pas vous représenter votre serviteur sur une plage tout ce qu'il y a de plus sélect, en impeccable complet de flanelle, se promenant d'un pas savamment dégagé et gracieux dont une élégante badine marque la cadence. Je ne vous le pardonnerais pas.

Je suis dans une paisible retraite au sein

de la belle et vraie nature, La maison est toute fraîche et tranquille, au pied de son coteau qui a l'air si bon enfant. Les arbres sous lesquels elle repose lui font une coupole dont nulle richesse humaine ne peut surpasser la splendeur.

Les voitures qui passent sur la route ne laissent parvenir à nos oreilles qu'un bruit assourdi, qui semble très lointain et qu'il nous plaît d'entendre. Les arbres s'agitent lentement, sans trêve, et leurs feuilles nous bercent d'un susurrement faible et doux. Tout là-bas le fleuve, écartant un peu les rives qui le pressent, roule sans repos ses flots nonchalants. A fermer les yeux, je vois encore notre petite barque dans laquelle nous avons promené si souvent notre insouciance et notre joie de vivre. Mon ami l'appelait sa "Mouette", et comme elle rasait bien les courtes vagues qui se poursuivaient les unes les autres sous la poussée de la brise !

Le soleil nous dore, l'air du large que rien ne souille met en nos poitrines la force qui entretient la vie, et notre sang, sève de notre jeunesse, court en nous plus pur, plus vigoureux.

Et le soir, lorsque tout dort, la nature parle tout bas à notre oreille; elle nous dit ses grandeurs, ses douceurs, ses beautés, que tant d'humains ignorent ou dédaignent et qu'elle ne révèle qu'à ceux qui l'aiment

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