LES OIES
hommes sont oies et, comme le faisait remarquer ce pieux et savant évêque du Concile de Trente, qui dit homme dit femme par le fait.
Pourtant, ces pauvres oies devraient être mieux traités. Nous sommes injustes envers elles et je crois que nul ne veut se souvenir qu'elles ont sauvé Rome; mais, pour les oies comme pour les humains, la Roche Tarpéienne est près du Capitole.
G^<ttG5$&%G5$&%
Les Yeux
Les poètes sont des heureux; ils chantent leurs peines et leurs joies en toute liberté. Qu'on lève les épaules devant leurs enthousiasmes ou qu'on se moque de leurs désespoirs, ils n'y prennent nullement garde; ils vivent dans leur âme, et leur âme est belle et grande.
Je voudrais parfois être poète pour dire en vers les beautés délicates et fragiles que la prose, "mâle outil et bon aux fortes mains", ne peut toucher sans risquer de détruire leur charme ou de l'amoindrir tristement. Et si, par exemple, vous enlevez à la musique son âme, que vous en restera-t-il ?
Je voudrais être poète pour chanter les yeux. J'aime tant les yeux des mères, miroirs de nos inquiétudes, de nos joies, de nos chagrins. C'est avec leurs yeux que nos mères nous aiment et c'est dans leurs yeux qu'elles nous le disent; les yeux de nos mères sont nos trésors.
J'aime tant les yeux des enfants. On y lit jusqu'au tréfonds de leur cœur, ils ne peuvent encore rien cacher ces yeux immenses et candides que l'image du mal n'a pas ter-
nis. Les petits vivent par leurs yeux, ce sont des rayons de leur âme pure qui viennent s'y refléter; les yeux des petits enfants «ont nos bénédictions.
J'aime les yeux des pères, droits et honnêtes où brillent le travail que rien ne lasse et le dévouement que rien ne rebute. Ils sont l'espoir de la famille et de la race, le feu de leurs prunelles n'est jamais éteint; les yeux des pères sont nos forces.
J'aime les yeux des jeunes filles, des fiancées, vifs et rieurs, sérieux et dévoués, qui s'attachent à jamais; yeux qui prient et qui commandent, yeux grands et bons, yeux doux, yeux purs. Les yeux des jeunes filles sont nos sauvegardes, nos bonheurs.
Mais pourquoi les yeux de toutes les jeunes filles, de toutes les fiancées ne sont-ils pas doux, bons, purs ?
J'aime les yeux, qu'ils soient bruns comme la force, comme le soleil, comme le désert, puissances jamais lasses, grandeurs jamais domptées; qu'ils soient noirs comme la volonté, comme la nuit, comme le néant, qui sont la fin de toutes les résistances, l'écroulement de tous les obstacles.
J'aime les yeux, bleus comme la bonté, comme l'azur, comme l'âme, en qui tout finit, en qui tout se confond; ou gris comme l'amour, comme le torrent, comme la mer, com-