CHAPITRE XIV
Jamais le parc aux paons blancs ne s'était assoupi sous une telle abondance de roses... Était-ce la culture de serviteurs heureux, attachés à leur maître? ou quelque sourire spécial du ciel? Mais en cet après-midi déjà chaud du mois de mai, les bordures de rosiers, les massifs, les guirlandes autour des colonnes curaient une moisson d'Éden, de longues traînées blanches sous les pins aux têtes arrondies. Le vent passait en grands souffles espacés emportant, comme d'innombrables papillons, l'essaim joyeux des pétales, avec ce chant rythmé, entre les pins, qui rappelle le bruit lointain des vagues... Les colombes se per-
chaient, au repos, la tête sous l'aile, au bord des chapiteaux, en une sculpture vivante, et les grands paons superbes posaient l'écran somptueux de leurs plumes aux profondeurs vertes du bois.
...Et jamais paroles plus graves et plus fortes n'avaient retenti dans ce décor de luxe païen.
— Entends bien, disait Domitille, penchée sur Arria qu'elle achevait d'installer à l'abri du vent, avec une sollicitude de sœur aînée, tandis que Pomponia lui portait, dans les plis de son voile, une moisson de roses. La démarche que tu veux faire entraîne des conséquences redoutables. Il faut vivre désormais sur la terre comme des voyageurs... Et par exemple, tout ce que tu vois ici n'existe plus comme notre héritage; nous devons être prêts à l'échanger contre la prison de Djemel, contre la mort, la torture, l'exil... Sous Titus, sous Vespasien, on pouvait devenir chrétien sans grands risques; à présent, on risque tout, comme aux temps de Néron, toi plus que les autres, si tu abandonnes.
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comme tu devras le faire, l'atrium de Vesta... Je ne te dis pas cela pour t'effrayer ; tu comprends déjà que quand on trouve Dieu, on peut, sans s'appauvrir, abandonner tout le reste.
Arria écoutait pensive, assise à demi, maintenant. Depuis sa convalescence, elle recevait les instructions de la Vierge; chaque jour, à mesure qu'elle l'entendait et la voyait vivre, elle se faisait une idée plus complète du Christianisme ; et les lectures saintes qu'elle pouvait y ajouter maintenant achevaient de Tinitier « à cette réalité vivante et frémissante » que le grand cardinal Mercier évoque sous nos yeux en termes si forts : « Lisez donc, dit-il dans ses retraites à ses prêtres, lisez les écrits de ces premiers témoins du Christianisme : les lettres de saint Paul, de saint Jacques, de saint Pierre ; les effusions d'amour de saint Jean dans le quatrième Évangile, dans ses trois lettres, dans son Apocalypse ; assistez aux premières prédications apostoliques dans le récit que nous en retracent les actes des Apôtres ; lisez la Didache ou doctrine des douze Apôtres... Tout est vie.
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lumière, souffle, chaleur, dans ces pages inspirées ou sanctifiées par l'esprit du Christ. Rien qui rappelle, même de loin, les formules de la morale de Socrate, les spéculations idéalistes de Platon, les laborieuses analyses d'Aristote; point d'abstractions, mais le commerce journalier avec une personne vivante, le souci de partager ses humiliations pour être admis à partager sa gloire, la présence continue du Père, du Fils et du Saint-Esprit au sein d'une famille où tout parle d'unité en Dieu et de fraternité.., »
Et les premiers chrétiens, comment vivent-ils?
Ils écoutent les Apôtres leur attester ce qu'ils ont vu, entendu, palpé ; leur unique ambition est de connaître le Christ, de recueillir* les échos de ses discours, de ses volontés, de ses promesses ; ils se nourrissent journellement du pain de l'Eucharistie qu'ils rompent ensemble, fraternellement... Et ainsi ils conquièrent le monde par l'exemple, tandis que les Apôtres le renouvellent par la prédication, « chers à Dieu et chers aux hommes », disent les Actes. A Rome, la présence des <deux grands Apôtres Pierre et
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Paul, et maintenant de Jean le bien-aimé, entretenait ce contact direct, immédiat avec le Christ, modelait la vie des pasteurs et du troupeau à l'image de celle du Christ, dans l'accomplissement de ses paroles. La belle vie évangéHque ! La suivre, s'y mêler, c'était devenir pur, bon et heureux. Oui. Ces chrétiens tant haïs vivaient ainsi. C'était une surprise de chaque jour, une étude silencieuse qui remplissait d'admiration le cœur d'Arria. Déjà, dans ses relations passagères avec cette demeure bénie, elle avait été attirée par un charme qu'elle ne songeait pas à analyser alors, qu'elle résumait maintenant dans le mot de saint Paul aux Romains : Celui qui les aime les rend vainqueurs de tout ce qui passe. De là à travers tous les remous inévitables, les tristesses, les déceptions ou les joies, un sentiment d'ineffable paix, une confiance tranquille, des jours heureux et simples. Elle en suivait chaque détail ; elle en relevait chaque trait ; elle commençait à se mêler doucement à cette existence joyeuse et active, elle qui habitait jusque-là une solitude hautaine, dévorée
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par l'ennui. Dans les longues heures où elles se relayaient autour d'Arria, jamais les deux Domitillae, Pomponia, Glycera, les Diaconesses ou les Vierges, ne demeuraient oisives. La prière, la lecture, les humbles travaux se succédaient avec ordre ; on eût dit que la vie si belle que menaient les premiers chrétiens, ils devaient tous la gagner à la sueur de leur front. Et Claudia s'étonnait auprès de Pomponia, qui la charmait encore plus que les autres par sa spontanéité pleine de grâce, de cette diligence d'abeille :
— Ne te verrai-je jamais sans rien faire? lui demandait-elle souriant à demi ; tu dois étonner Secundus qui se plaint du désœuvrement des patriciennes?
— Pline a raison, répondit Pomponia rieuse. Les tristes vies ! Il faut que nous gagnions la nôtre; le Christ a travaillé obscurément trente ans. Celui qui ne travaille pas ne devrait pas manger ; mais ne me plains pas ! J'ai des repos et des fêtes aussi !...
— Mais que fais-tu de tout ce que tu files et de ces vêtements communs?
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— Arria, ma sœur chérie, tu lis bien notre Évangile maintenant? Souviens-toi : j'étais nu, vous m'avez vêtu... Nous travaillons directement pour le Christ à travers ses pauvres, lorsque nous sommes nous-mêmes à l'abri du besoin, et notre grande joie c'est qu'il n'y a pas de pauvres, c'est-à-dire pas de gens accablés par la misère au milieu de nous...
— Les autres... ceux du dehors... vous ne vous en occupez pas? interrogea Arria, perplexe.
— Que dis- tu, protesta Pomponia gaiement. Est-ce que notre Père céleste n'envoie pas son soleil sur tout le monde? Ce sont nos frères, aussi.
— Si tu veux vêtir tous les pauvres de Rome I
— Certes î Si je pouvais... Mais cela n'est qu'une part et non la plus importante de nos devoirs. Il y a les cœurs et les âmes dont nous nous occupons... Ta petite Djemel était si admirable pour cela !... Chacun a son don. Moi, ces humbles choses faciles. Elle, elle faisait sentir le Christ, si proche, par sa sainteté ; et tu sais, elle aidait matériellement aussi dans sa misère, comme tous presque cherchent à le faire. Et c'est
ravissant cette charité ingénieuse des pauvres. Elle servait aux tables le dimanche... Tu n'as jamais assisté à nos Agapes?
— Qu'est-ce que cela encore? demandait Arria, qui allait d'étonpement en étonnement.
— C'est le repas commun, le repas de tous les frères... Après avoir prié le même Père, on mange le même pain... Si tu voyais les tables sous ces beaux arbres ! Personne ne doit rentrer chez soi le cœur triste ; et c'est une joie de servir les plus malheureux, de les aider, de s'asseoir auprès d'eux, de partager le même repas. Que c'est bon de s'aimer et de sentir son cœur plein de charité quand on prie !... On croit être assis autour du Seigneur sur la montagne, ou mieux encore, au cénacle.
— Quand on prie !...
Arria retombait, après des conversations ou des mots rapides de cette sorte, dans les silences
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•profonds qui lui étaient familiers, et que toute allusion à la prière continuelle des chrétiens ramenait. Prier ! Prier dans la foi et l'amour, vivre de cette vie de prière, cela surtout inspirait à la prêtresse de Vesta un attrait et un effroi indéfinissable... Ce commerce avec l'Invisible, qui s'imposait par ce Dieu toujours présent ; le regard de ce Dieu qui jugeait non seulement les actes, mais les volontés, les désirs, les pensées, ce regard saint!... Elle eût voulu à la fois l'écarter et le ramener sur elle. Il lui semblait qu'il la purifiait ; il lui semblait qu'il l'écrasait sous le poids d'une humiliation, d'un repentir inconnu ; et peu à peu, elle l'appelait, le consultait ; la présence de Dieu lui devenait nécessaire et douce comme la présence et le regard d'un ami. Tous les déserts de son âme lui paraissaient fleurir et chanter, comme disait le Psaume ; cette solitude désespérée s'évanouissait aux premières notions du plus divin des amours, de ce don que rien ne pouvait écarter, ni rompre, sauf le péché et le mal : Dieu, présent au cœur qui aime... Et elle commençait
à comprendre, à une lueur d'aube encore indécise, que celui qui a cela a tout ; et que la prison de Djemel pouvait être aussi heureuse que ce jardin enchanté.
Oh ! qu'elle aurait voulu parler de ces choses sacrées! Mais à qui? Et comment? Elle ne savait pas. Plus elle étudiait Domitille, plus elle l'admirait ; mais cet esprit pondéré, absolument raisonnable, s'il la convainquait, ne l'entraînait pas aux confidences définitives. Arria sortait du paganisme aussi simplement, aussi absolument que l'aveugle dont les yeux s'ouvrent regarde la lumière et ne peut pas redevenir aveugle... Là il n'y avait ni difficulté, ni doute; il en existait d'autre sorte, plus intimes, plus délicats, qu'elle ne savait comment expliquer et éclaircir. Dans cette Éghse qu'elle pressentait si belle, dans cet Évangile qu'elle lisait, il lui restait à connaître, avant de livrer les retraites cachées de son âme, ceux qui ont reçu du Seigneur le droit de lier et de délier, d'ouvrir et de fermer les portes invisibles.
« Je ne choisis pas, pensait Arria. Je ne
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puis pas faire autrement. J'ai vu leurs œuvres ; elles avaient gagné mon cœur à mon insu, avant que je sache de quelle foi elles jaillissaient... Je connais cette foi ; mon âme était faite pour elle. Je crois que j'étais naturellement chrétienne... Mais si je pouvais m'exprimèr moimême ! »
Le silence retombait sur cette âme profonde. Domitille entendait ce silence. Elle connaissait ses limites ; elle savait par une expérience déjà ancienne que, si les Vierges et les Diaconesses remplissaient auprès des néophytes le rôle du Baptiste, le précurseur, un autre venait ensuite, au soir, sur le bord du Jourdain, sans bruit de paroles ; et pour suivre Celui-là, les disciples oubliaient tous les maîtres qui l'annonçaient.
— Voudrais-tu voir l'Apôtre Jean? demandât-elle enfin, ce jour-là. Tu es peut-être assez forte maintenant? Il s'est donné continuellement à nos frères ces dernières semaines. Pense à ce qu'est pour nous celui qui a vu le Seigneur ! Dieu s'est encore manifesté en sa faveur en le
tirant d'un grand péril. Elle n'indiqua pas autrement le martyre de l'Apôtre pour ménager les forces de celle qui l'écoutait. Elle continua : Pauvre petite Miriam ! Je lui avais annoncé cette présence sainte, elle est morte sans le revoir. Elle était tellement prise par l'arrivée du Seigneur, je ne pense pas qu'elle ait rien regretté.
— Le voir? répéta Claudia avec une sorte de terreur. Après les paroles que j'ai entendues?... Mais je ne pourrais pas parler. Je n'ai jamais parlé de moi-même.
— Alors, sais-tu ce qu'il faut faire? proposa Pomponia Julia qui arrivait d'un pas léger, son beau regard clair fixé sur la vestale ; si tu désires quelque lumière, quelque explication, ou seulement un conseil, écris-lui. Je lui porterai ta lettre. Il te répondra, comme à Kyria. Veux-tu mes tablettes? Il n'y a pas de temps à perdre.
Arria les prit docilement. Domi tille et Pomponia s'éloignèrent ; Pomponia dans sa gaieté toute jeune riait d'un joli rire gai en poursuivant des paons qui marchaient dans la
prairie, graves comme des Consuls... Arria s'attardait à la regarder... Tant de simplicité enfantine et déjà tant de maturité, de force, de netteté dans les conseils! Oui, écrire... Demander quelques mots de celui qui avait vu le Seigneur, des mots qui viendraient ainsi de Dieu même pour elle seule. Elle avait eu une telle émotion là-bas, à Sorrente, lorsqu'elle avait cru qu'un Dieu parlait ! Les Épîtres, les Actes, les Évangiles la familiarisaient maintenant avec le divin message et justifiaient ce pressentiment obscur. Mais allait-elle entendre celui qui avait entendu Dieu? Son cœur battait violemment à cette pensée. EUe se releva contre les coussins et s'assit... Elle écrivit d'abord d'un trait : Arria Claudia à l'apôtre Jean, salut.
Ta parole est venue à moi à une heure dése»pérée. Domitille et Pomponia te diront mon histoire; et toi, si bon, toi qui dis des choses divines, peut-être tu répondras à ce que je saurai à peine écrire... C'est difficile d'expliquer son âme... Puisque tu as vu le Christ et qu'il t'a parlé, tu ne connais pas la grande douleur
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païenne, tendre les mains en vain, et appeler, sans que jamais rien réponde, dans un ciel incertain. Père, il me semble que maintenant j'entends... et je voudrais Tnettre sous tes yeux toute wa vie douloureuse; elle se résume dans ma volonté de hUter contre le vide et V ennui; puis une lumière a passé un instant... elle s* est éteinte; une des belles lumières d'ici-bas!... Tout mon cœur l'appelait et la pleurait avant de l'avoir entendu... maintenant...
Elle s'arrêta, ne sachant comment s'exprimer, cherchant ses mots, tâchant de bien poser une question qu'elle se refusait à faire à Domi tille ou aux autres, qu'elle réservait instinctivement, dons sa fière pudeur, au grand Voyant :
Vierges et vestales, nous avons voué la même pureté. On nous l'a imposée, et elles la choisissent, mais nous en avons, je crois, le même sincère désir. On nous comble de biens et d'honneurs; elles n'ont rien à attendre... Elles sont heureuses comme les oiseaux et libres comme eux. Je h vois sans pouvoir le coniprendre. Nous, nous parvenons à peine à porter notre vie. Nous tombons sous le poids. Et moi!,,.
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Elle s'arrêta, étonnée de sentir son visage couvert de larmes ; elle ne pouvait pas toucher à son cœur douloureux et si profond qu'il lui semblait, lorsqu'elle voulait en parler ainsi, tenter un effort inutile, essayer de saisir la mer dans ses deux mains... Découragée, elle repoussa les tablettes.
— La différence qui te trouble est ceci : Celui qui aime est passé de la mort à la Vie. Celui qui n*aime pas demeure dans la mort.
La voix de Jean prononça ces paroles auprès d'elle. Elle n'avait pas entendu venir rAp)ôtre. Elle ne s'étonnait pourtant pas qu'il fût là... Elle entra dans un recueillement profond et ferma les yeux. La main de l'ami du Seigneur reposa un instant sur son front, et les sources cachées de son âme s'épanchèrent, larges, profondes, infinies... Elle le sentait bon, d'une bonté désintéressée, di\dne, que tout le paga-
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nisme ne soupçonnait pas, qui devait être un reflet de la pitié de l'Ami invisible.
Or, elle ne sut jamais si elle avait parlé, prié ou seulement pensé pendant cette heure unique. Elle savait seulement que l'Apôtre laissait tomber sur elle ce regard de compassion qu'il avait appris du Seigneur ; et ses douleurs, ses aspirations, ses désirs, ses faiblesses, à mesure qu'elle les revoyait, se fondaient dans un immense désir de pardon et d'amour,un immense désir de Dieu...
— Père, tu L'as connu, dit-elle enfin. Demande-Lui de pardonner tant de faiblesse et tant de larmes. Je Le vois comme nos Sages, plus grand encore qu'eux, et, par conséquent, au-dessus de la douleur humaine... Que faisait-Il quand II la rencontrait?
— Il pleurait, dit Jean.
Elle hésita, troublée, ses idées en déroute, elle voulut s'éclairer mieux :
— Mais, pour Lui même, au moins. Il la dédaignait et II la bravait? Il fut impassible devant la mort?...
— J'étais là, dit Jean... Dans son agonie, Il priait son Père d'éloigner le calice. Il priait avec des gémissements, avec une sueur de sang.
Encore un choc ; encore un bruit de choses qui tombent... Et son attrait croissait. Elle voulait approcher de ce Dieu grand, simple et douloureux.
— Qui appelait-Il à Lui? Qui aimait-Il le mieux? demanda- t-elle timidement.
— Les malheureux, les persécutés, les pauvres, les pécheurs. Les purs Le voient...
— Père, comment me Le représenter? Comment Le verrai-] e, si tu ne me le dis pas? Que disait-Il de Lui-même?
— C'est le cœur qui voit, dit encore l'Apôtre. Il disait : « Je suis doux et humble de coeur... »
— Et à ceux qui allaient à Lui? acheva-t-elle, haletante.
— « Celui qui vient à Moi, Je ne le rejetterai pas dehors...»
Jean s'arrêta un instant, perdu dans le souvenir ineffable.
— Tu as compris, dit-il enfin. Tu es passée
de la mort à la Vie... Pour tout dire de Lui, la vie ne suffirait pas aux livres qu'il faudrait écrire... Crois à l'amour du Seigneur pour toi. Il a dit : « Comme Mon Père M'a aimé, Moi aussi Je vous ai aimés. » Ce n'est pas toi qui L'as choisi. C'est Lui... Crois à l'amour, pour que ta joie soit parfaite... L'amour parfait chasse la crainte... Encore un peu de temps et tu Le verras.
Il y eut un très long silence ; Arria demeurait encore interdite et immobile, mais « comme la plante nouvelle qui vient de changer son feuillage, — pure et prête à monter aux étoiles... ».
Pomponia Julia, voyant l'Apôtre, accourut au-devant de lui, suivie à quelques pas par Domitille et Glycéra ; et c'était une vision du Paradis, ces vierges heureuses se groupant autour du vieillard presque centenaire :
— Vois, dit-il. Les Vierges chanteront un cantique qu'elles seules pourront chanter. Tu le chanteras avec elle... Pour l'éternité, les Vierges suivront le Christ partout où II ira.
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Aimez- VOUS, mes petits enfants, aimez-vous...
— Père, dit Pomponia presque tristement, pourquoi nous redis-tu toujours la même parole? Est-ce que nous ne le faisons pas?
— C'était Son commandement, répondit-il.