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CHAPITRE XVI

— Ainsi, disait Domitien à Arria Claudia, toi, la vertu antique, tu ne veux pas revenir à l'atrium de Vesta? Tu sais à quoi tu t'exposes?

Il l'avait fait appeler quelques semaines après les événements que nous venons de raconter. Ces jours avaient mis le comble aux horreurs de ce règne... C'était non seulement Flavius Clemens livré au bourreau ; les deux Domitillae enlevées et transportées dans les îles de Pandantaria et de Pontia, Fannia et les matrones exilées, mais les philosophes chassés, les délateurs triomphants ; Glabrio rappelé d'exil et exécuté, des patriciens envoyés aux mines.

a Heureux, dira Tacite, ceux qui ont échappé

à ces derniers temps ! Ils n'ont pas vu le palais du Sénat assiégé, cette auguste assemblée investie de soldats, l'horrible massacre de tant de Consulaires égorgés à la fois, l'exil et la fuite de tant de femmes illustres î »

Arria Claudia, menée aux portes du tombeau par la mort de Cornélie, se relevait, tressaillant d'enthousiasme devant la force d'âme et la tendresse éternelle de ceux qui mouraient et qui partaient. Loin de défaillir ou de se cacher, loin de fuir comme la plus élémentaire prudence le lui eût conseillé, elle se tenait chez ses amies absents, suivant leur vœu suprême, comme un soldat sous les armes attend la sonnerie de l'assaut. La douleur et la joie emplissaient son âme, un amour et une force que Jean lui avait prédits et qu'elle ne soupçonnait pas.

A l'appel de Domitien, elle pensa que l'heure qu'ils attendaient tous, l'heure d'être le témoin du Christ était sonnée pour elle. Les paroles de Jean lui avaient été une consécration éternelle. L'Église en avait jugé ainsi et l'avait admise dès son baptême au rang des Vierges.

Elle serrait dans sa main l'anneau de Djemel que Domi tille lui avait remis. Pomponia ne la quittait pas. Tant de douleurs n'abattaient ni la sérénité ni la confiance de l'enfant. Elle souriait encore sous la rosée des larmes comme la mouette emportée par la tempête ^e pose au creux des vagues, sans peur du gouffre et se laisse bercer par les grandes houles.

Arria Claudia était seule au Palatin devant l'Auguste. Il renouvela sa question :

— Tu ne veux pas y revenir?

— Non, dit-elle. Comment oses-tu prononcer le nom de Vesta? Tu as apporté la honte à ce foyer, et tu le sais.

Domitien se leva :

— C'est pour cela que tu l'as déserté? Pourquoi? Cornelia était coupable. La fuite de Licinien est un aveu. Je devais venger les Dieux.

— Tu devais venger les Dieux !... répétât-elle.

Un frisson courut dans les veines de l'Auguste. Il vivait, ces derniers jours de son horrible vie.

dans une terreur qui allait augmentant d'heure en heure, qui se prenait à tous les signes, à tous les présages, les unissait en une seule et terrible menace comme une nuit du pôle soude en une mer de glace tous les glaçons épars.

— Je vengeais les Dieux aussi, expliqua-t-il> affectant l'assurance, en faisant exécuter Clemens, en exilant sa femme et sa nièce, avec regret, ce sont m.es parents; il est des heures où il ne faut pas épargner même sa propre famille, ajouta-t-il en poussant un soupir. Depms hier, je pense cependant m' être trop hâté : deux Juifs m'ont été amenés, parents de ce Christos au nom de qui on veut soulever le monde. Ces hommes simples, aux mains calleuses, ne peuvent prétendre à l'empire conjme on le disait... Leur vue m'a rassuré. J'ai donné des ordres pour qu'on laissât cette secte en paix... Tes amis en étaient...

Arria écoutait, pesant dans son esprit les misérables motifs qui déchaînaient ou réservaient la mort et les supplices. Elle ne s'étonnait ni ne s'affligeait. Aux mains de Dieu, les

inspirations mêmes de Satan devenaient un gain pour les élus.

— Aussi, poursuivit-il, la regardant attentivement, je veux faire de leurs biens un usage qu'ils eussent approuvé. Je te donne ce palais et ce parc qui n a pas son rival à Rome. Il devait revenir à ma personne sacrée. Tu achèveras d'y remettre une santé chancelante... trop longtemps ! Ainsi j 'écarterai le scandale que causerait ton absence au foyer de Vesta. Tes forces épuisées exigent un air plus pur. Ton Maître et Dieu y a pourvu dans sa sollicitude... Rome saura et approuvera.

Arria écoutait sans donner aucune marque d'émotion ; elle se taisait, craignant, si elle nommait les fils de Clemens d'attirer le malheur sur leur tête; sa hauteur naturelle apparaissait encore dans la dignité cahne de son silence. Elle pensait : « Il veut me rendre la mort plus amère en embelUssant ma vie... » César ignorait que les choses d'ici-bas ne touchaient plus que de loin ceUe dont le cœur était dans le ciel...

— Là, tu offriras un sacrifice pour écarter

des présages dont les Augures ignorants me rabattent les oreilles. Je leur donne des leçons, affirma- t-il reprenant son aspect menaçant. J'ai demandé à Asclétarion quel sort lui était réservé? « Des chiens me dévoreront », a- t-il répondu. Je viens de le faire supplicier et enterrer. Il a menti. Il est prouvé ainsi qu'il a menti.

Il riait. Un roulement de tonnerrre se prolongea à travers les galeries sonores du Palatin, éclata d'un coup sec. Domitien jeta des regards épouvantés sur les murs de phengites, par côté et en arrière. Personne ne paraissait. Son regard revint à la vestale. Elle lui sembla plus redoutable qu'un homme armé à cause des forces occultes dont elle disposait à l'autel des Dieux. Il reprit son sourire hideux :

— Et toi, que me dis-tu, Divine?

Elle leva sur lui ses yeux calmes. A mesure qu'elle le regardait, elle le voyait pâlir et trembler. Cet homme qui ignorait le remords se mourait d'effroi :

— Repens-toi, dit-elle avec force. Il y a un

pardon, même pour les crimes de Domitien... Tes victimes ont prié pour toi.

Un second, un troisième roulement de la foudre annonçaient le déchaînement de l'orage. Les yeux de Domitien s'injectèrent de sang :

— Mais frappe donc ! cria-t-il en levant son poing crispé vers le ciel...

Au bruit qu'il faisait, le mime Latinus entra, conduisant Stéphane, un affranchi païen de Domitille qu'Arria reconnut. Il avait pour ses maîtres une passion que leurs malheurs avait exaspérée. Elle s'étonna de le voir là. Il s'étonna et s'embarrassa lui-même. Son bras était bandé.

— Il vient révéler une conjuration, dit le mime... L'orage nous a retardés... Quel orage !... Tous s'enfuient épouvantés. Les chiens profitant de la panique se sont jetés sur le cadavre d'Asclétarion déjà sur le bûcher des funérailles. Ils l'ont déchiré...

Domitien écoutait, muet d'épouvante, sous le fouet cinglant des Furies. Asclétaiion n'avait pas menti. La mort était donc à la porte, le guettait?... Au bout d'un peu de temps, son

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naturel féroce reprit le dessus. Il eut une suprême ironie à l'adresse d'Arria :

— Demain, je viendrai moi-même offrir avec toi un sacrifice au nouveau foyer de Vesta. Je suis ton Maître et Dieu... et puis, ne crois- tu pas qu'un changement d 'air te serait favorable, par cet été brûlant?

Arria comprit : « Il me tuera demain », pensat-elle. Et elle pria.

— Te voilà ! Te voilà vivante... Dieu soit béni ! Qu'il te garde ou qu'il nous prenne ensemble maintenant. Je ne te quitte plus, s'écria Pomponia qui guettait, au seuil du palais, le retour de la vestale.

— Enfant, dit doucement Arria Claudia, est-ce que nous disposons de nous-mêmes? Est-ce moi qui dois te dire que nous avons des choses à faire plus importantes que la vie? Je ne sais rien. Domitien ne m'a rien dit. Il voulait

seulement me mettre dans les mains l'héritage des Flavii. Leur vœu sera donc rempli. Leur maison deviendra officiellement la maison de Dieu. Leurs fils, s'ils vivent, y auront leur place. Il faudra faire savoir ces nouvelles au Pontife ; Domitien assure qu'il va arrêter la persécution.

— Est-ce possible? s'écria Pomponia, incrédule. Mais alors nous ne nous séparerions plus !... Vois la pitié de Dieu ! J'ai tant souffert de ce départ de Domitille, ma sœur, de Flavia Domitilla que j'aimais comme une mère... J'ai demandé à Dieu une petite trêve... Il te garde !... Quelles forces j'aurai près de toi. Vois-tu, avec le Seigneur, le martyre me semble tout simple ; et livrée à moi-même, je pleurerais Djemel et mes amies, sans cesser... Ah ! si...

Elle n'acheva pas et se jeta dans les bras d'Arria fondant en larmes : de belles larmes claires comme la rosée d'avril que boit le premier rayon de soleil...

— Si je partais aussi, tu aurais la force; Dieu est fidèle, souviens-toi... Elle caressait

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doucement ]a tête de la jeune fille qui lui paraissait encore une petite enfant. Et elle s'étonnait toujours de la spontanéité, de la simplicité de ces âmes héroïques si éloignées de la raideur philosophique qui lui semblait autrefois le sommet de la beauté morale,

— C'est pour cela qu'il nous laissera ensemble pour que je puisse m' appuyer. Elle leva ses grands yeux limpides, déjà pleins de sourires. C'est vrai ; ces malheurs me font tout oublier, mais comment craindrais-je? L'Apôtre Jean qui aime tant employer les paroles du Seigneur a dit pour toi : « Si le Christ veut qu'elle demeure ainsi... »

— Ah ! l'Apôtre Jean !...

Le visage d'Arria Claudia refléta un recueillement profond. Elle se tut quelques instants, puis elle dit, à cette manière lente qui lui était habituelle :

— Vois-tu, quand on a entendu parler du Seigneur notre Dieu par l'Apôtre Jean et qu'on écoute, comme je viens de le faire, les noms sacrés de Dieu, de Maître, donnés aux idoles.

à César, pire que les idoles, on a l'impression de retomber pour un instant dans les ténèbres glacées d'autrefois. Et c'est une telle gratitude pour le Christ qui nous en a arrachées, le Verbe qui est Dieu, la lumière, la vie, l'amour, et qui est maintenant le maître de nos âmes au lieu de ces esprits de ténèbres ! Alors, l'exil et la mort et la séparation d'un jour ne sont plus rien. Th ne sais pas cela, toi qui est née chrétienne. Tu es née riche. Tu ne sais pas ce que c'est de passer du rien à tout...

— Mais quoique je sois si faible, le martyre ne m'effraye pas non plus, dit la petite Vierge vaillamment. Là le Christ serait ma force. .. Je crains bien plus la vie que la mort. Et j'ai tort. Le Seigneur nous attend avec une tendresse encore plus grande quand nous souffrons. « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés... » Il fallait y aUer tout de suite. J'ai eu tort, répéta-t-elle vivement. Que j'aie seulement le temps de prier et je ne craindrai plus rien du tout...

Elle essuyait ses larmes. Mais ce cœur charmant ne s'apaisait pas :

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— Flavia, Domitille, où sont-elles? Ces êtres chéris, qu'en fera-t-on?

— Prions, dit doucement Arria. Nous irons ce soir rejoindre nos frères à l'assemblée à la via Ardeatine. Là, tu ne te sens jamais seule?

— Jamais, je les aime tous! Et puis je connais leurs besoins, je peux les aider, je peux servir le Christ à travers les frères. Eux aussi nous consoleront ; ils partageront nos peines... Tu as vu avec quelle affection ils se succèdent ici? Ils nous aiment. On a chaud dans nos églises.

Quelques heures plus tard, les chrétiens se retrouvaient dans cette sépulture des Flavii, qui, par une ironie suprême, leur offrait la paix inviolée d'une propriété funéraire, tandis que l'empereur, le Flavien Dorai tien, déchaînait contre eux la violence et la persécution. Dans la première salle, le triclinium qui, chez les

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païens, servait au repas funèbre, se tenait le festin modeste des agapes, dont l'apôtre avait corrigé les abus en en relevant le caractère charitable et fraternel. Ce repas nocturne, que les païens jugeaient d'après leurs mœurs, fut la base d'odieuses calomnies. Tel qu'il était, commençant et finissant par la prière, fortifiant la vie de famille et l'égalité entre les membres, ce repas formait un des liens les plus puissants de charité. Il précédait les vigiles, réunion de nuit, qui consistait dans le chant, la pscdmodie, les lectures, la prédication. Il faut suivre, comme nous essayons de le faire ici, dans l'admirable « prière antique » de dom Cabrol, le détail minutieux et savant de ces synaxes chrétiennes... On y comprendra mieux la force que les nouveaux convertis y puisaient et l'attrait qui leur faisait braver la mort pour s'y rendre. Arria Claudia, habituée à un culte tout matériel où le feu symboHque ne s'allumait à aucun dogme et n'éclairait aucun devoir, vivait d'une vie délicieuse dans ces longues veilles. Pauvres et riches, patriciens, plébéiens.

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esclaves, se hâtaient, le repas fini, dans les longs couloirs vers le cubiculum où devait avoir lieu le sacrifice ; ils n'avaient d'autre distinction entre eux que les ordres sacrés, Diacres, Prêtres, Pontifes. Et déjà cette marche fraternelle, après les agapes, cet empressement vers la même prière, après avoir mangé le même pain, donnait une impression d'unité, de communauté de pensées et de but, qui achevait la fusion. Ces murs eux-mêmes, creusés de tombes où dormaient les martyrs, devenaient sacrés. Arria en aimait les symboles qu'elle avait appris à déchiffrer un à un, symboles purs, si loin des symboles honteux du paganisme : le Paradis terrestre ; le pasteur et les brebis ; les pains et les poissons ; le vase de lait, l'ancre, la palme, les colombes... Non ! Cette galerie des tombeaux n'était pas triste. Tout y parlait de repos, de paix, de lumière, d'éternité... Djemel reposait dans l'Arcosolium oii le sacrifice s'offrait aujourd'hui, dans la partie réservée aux femmes : elles étaient séparées ainsi dans toute cérémonie chrétienne, encadrées par les diacres

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et les enfants. Toutes les femmes étaient voilées. Les Vierges, au premier rang, entouraient les restes de leur petite sœur. Et c'est appuyée contre le loculus percé dans la muraille, qu'Arria entendait et chantait elle-même les psaumes que la pauvre esclave, la première, lui avait appris à admirer.

Ils avaient tous, ce jour-là, un son d'allégresse. Arria Claudia, après les agapes, avait révélé au Pontife les résolutions nouvelles de Domitien. Le bruit s'en était répandu parmi les frères. Ces réunions pleines de vie, libres et chaudes, où prêtres et fidèles communiaient si étroitement, n'avaient rien du hiératisme que le temps a introduit. C'était un dialogue vivant, où le fidèle, en union avec cette Église à laquelle il devait tout, participait au culte, s'y unissait j>ar ses réponses et par ses gestes, vivait de l'antique liturgie. On y priait pour les vivants et les morts, les prêtres, les diacres, les Vierges, les diaconesses et le peuple, pour les persécutés et les persécuteurs, — comme on le fait au Vendredi Saint, — pour les prisonniers, les frères

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dans les mines et, pour les chrétiens présents, c'étaient tel et telle, tel parent, tel ami ; on priait enfin pour tous ceux qui annonçaient au monde les paroles de vérité... Ah ! cette dernière demande, de quel cœur la vestale l'appuyait de son Amen, debout, les bras étendus comme les autres frères, dans l'attitude de ces orantes que la peinture nous a conservée sur les murs des catacombes... La lecture était, ce jour-là, une des Épîtres de saint Jean... Arria entendait les paroles et se souvenait de l'accent même de ces paroles. « Dieu est esprit. Dieu est amour. Le Verbe s'est fait chair... »

Les heures de cette nuit divine s'écoulaient trop rapidement. Déjà les catéchumènes avaient été congédiés par le diacre, La partie intime et réservée du Sacrifice commençait par l'offrande du pain et du vin, l'offrande pour les pauvres, les œuvres, les ordres sacrés, les prisonniers qu'il fallait assister ; là encore se marquait l'union intime au sacrifice, où tous, pauvres et riches, voulaient contribuer. On défilait en silence, un à un ; Dieu seul voyait

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et comptait comme là-bas, au temple de Jérusalem, aux jours du denier de la veuve, les dons précieux de l'indigence, ou ceux d'un coeur qui se dépouillait volontairement... Et ce jour-là, se croyant si proche de sa fin, Arria appuya sa pensée à sa petite esclave morte et laissa entre les mains du diacre l'opale tachée de sang qui lui venait d'elle...

Tous les éléments de la messe telle que nous l'avons aujourd'hui se retrouvent dans la messe primitive, prières, lectures, offertoire, préface, communion. Le Pater que chaque fidèle devait répéter chaque jour, cette Église à la liturgie admirable le redisait devant le corps du Seigneur, comme nous le faisons encore, avant le baiser de paix qui marquait le sens effectif de la demande : « Pardonnez-nous comme nous pardonnons...»; et là encore la paix, la dignité, la réserve de cette liturgie aux beaux gestes, où, comme dans le ciel, il ne devait y avoir alors « que des anges de Dieu ». Les honunes et les femmes restaient rigoureusement séparés dans tous les actes du culte : et maintenant les

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pécheurs des deux ordres s'éloignaient à la voix du diacre : « Dehors les impurs. »

Jamais, dans les longs songes anciens, dans sa soif vers quelque chose d'éternel qui l'apaiserait, la vestale n'avait rêvé cette réalité simple, humble, divine. Jamais elle ne s'était vue par la pensée entourée d'un peuple de frères qui s'aimaient, au fond d'une crypte funéraire, s'agenouillant entre les Vierges, le cœur plein d'adoration :

' — Corpus Christi, disait le Pontife en déposant dans la main droite tendue la sainte Eucharistie.

Jamais elle n'avait imaginé le calice que le diacre approchait de ses lèvres :

— Sanguis Christi calix vitce.

Mais elle savait bien que toutes ses faims et ses soifs étaient apaisées, qu'elle pos.sédait enfin la Vie, la Vie éternelle.

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