CHAPITRE III
Durant près de quinze ans, de la fin de Néron (68) aux dernières années de Domitien, le Christianisme jouit d'une grande paix. . . Ces règnes funestes commençaient parfois avec des douceurs d'idylle. Néron, « dont l'atrocité dépassa tout ce que l'on peut penser, » débuta par cinq années que Trajan enviait, qu'il souhaitait voir revivre pour le bonheur des peuples. Tacite, Suétone, Pline, les autres grands Romains de l'époque nous disent aussi que Domitien devint « rapace par misère et cruel par peur... ». On vantait, au début de son règne, sa simplicité, sa sobriété, sa justice et cette horreur du sang qui lui faisait regarder avec dégoût les sacri-
fiœs des veaux ou des bœufs offerts sur les autels. Maintenant, le masque tombait et laissait apparaître une cruauté extrême, raffinée, inattendue. Ce monstre, écrira Pline, avait fait de son palais « un antre où il se réfugiait pour sucer le sang de ses proches ; il ne le quittait que pour se rassasier du carnage des plus grands hommes. L'horreur et l'épouvante en gardaient les portes. On ne pouvait le rencontrer sans être saisi de terreur... Mais là même il enfermait avec lui la conjuration et le Dieu vengeur des crimes ; l'âme du tyran était déchirée par ses propres excès >, et la Némésis antique, attachée à ses flancs, le secouait d'effroi. Il s'environnait de satellites et d'espions. Il faisait tapisser le Palatin de pierres transparentes pour voir à la fois devant, derrière et autour de lui. Dans ses longs accès, il regardait rageusement jusqu'au palais des Immortels. Et lorsque la foudre grondait, tombant saccessivement sur le Palatin, sur le temple Flavien et sur le Capitole, on entendait les cris forcenés de l'Auguste insultant aux Dieux : « Mais frappe donc ! »
Pourtant, lorsque les vestales revinrent des grandes fêtes d'Albano, ce ne furent que récits enthousiastes et joyeux. Et le peuple, ce peuple romain, dur, sensuel et brutal, partageait et outrepassait leur enchantement. Les Juvenilia comblaient les désirs les plus insatiables de cette foule avide ; chaque assistant avait eu sa part d'une profusion de dons magiques : fleurs et fruits, parfums, bijoux et jusqu'à des jardins ou à des villas que des billets de loterie, tombant au hasard, octroyaient à la foule... Et tout à coup, les hérauts annoncèrent que, pour ne pas interrompre le spectacle, l'Auguste invitait tout son peuple à dîner avec lui ; personne ne devait quitter sa place, des corbeilles de pain et de viande, des vins, trois cents sesterces par tête portèrent le délire à son comble... Ce fut alors que saisi d'une inspiration diabolique, Domitien donna l'ordre au consul Aci- Uus Glabrio de descendre dans l'arène et de combattre seul contre un hon. Domitien haïssait Glabrio pour la noble indépendance de ses allures ; il espérait non seulement le tuer, mais
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l'abaisser ; il s'attendait à quelque signe de faiblesse, à de^ supplications, à cette terreur qui faisait ses délices. Cette fois au moins, le bourgeois de Riete fut déçu. Les Romains de grande race savaient mourir; et Glabrio le domina de tout son dédain tranquille. Il descendit dans l'arène, sur Tordre impérial, du même pas dont il descendait au Forum. Et à la stupeur de tous, d'un coup de poignard, après une lutte acharnée, il étendit le lion à ses pieds. Ce fut une tempête d'acclamations. Les spectateurs trépignaient de joie ; devant l'exaltation populaire, le Néron chauve se rendit ; Acilius Glabrio, quelques jours plus tard, partit en exil... Il en revint lorsque l'heure de mourir fut venue ; car cette cruauté soigneuse et réfléchie n'oubliait rien de ses vengeances.
Pour suf&re à ces folles dépenses, il fallait de l'argent, de quelque endroit qu'il soitît. Les délations, les confiscations devinrent la source la plus lucrative des revenus : sous le règne de Trajan, on cherchait en vain des sénateurs à cheveux blancs ; toute la plus belle jeunesse
avait été fauchée par Domitien. On redoubla les impôts ou l'on remit en vigueur œux qui étaient tombés en désuétude. De ce nombre se trouva le didrachme que les Juifs consentirent à payer pour avoir la paix ; on confondit volontairement ou involontairement Juifs et Chrétiens pour le paiement de cette taxe. Et sur les protestations ou les dénégations de ces derniers, une persécution nouvelle commença qui semble avoir visé surtout les têtes les plus hautes. Les proches parents de Domitien etixniêmes ne devaient pas être épargnés.
Tout respirait encore la sécurité et la paix, lorsque nous entrons par un beau jour de ce même été dans l'un des palais appartenant aux Flaviens. Il était situé non loin de la porte Capène, rendez-vous du monde élégant. L'on connaît ces demeures somptueuses, sous i'em-
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pire, où l'antique maison romaine, l'atrium, œntre de la vie de famille, décoré maintenant avec recherche, se continuait par des péristyles grecs.
Les colonnes s'alignaient le long d'une seconde et souvent d'une troisième cour : les unes à ciel ouvert, avec des jets d'eau et des plantes rares, les autres, éclairées aussi par le haut, pavées de mosaïques et de marbres, peuplées de statues, flanquées à droite et à gauche de délicieux retraits, salle à manger d'hiver et d'été, chambres des hôtes, bibliothèques, formaient à travers les portièies relevées comme un seul et même sanctuaire du luxe et de l'art. Partout, chez les riches, la même disposition. De laiges dépendances pour les communs et les bains ; un seul étage, pour les chambres des maîtres de la maison ; peu d'ouvertures, d'air et d'espace dans ces chambres ; peu de meubles, mais en bois précieux ; des statues entre les colonnes ; d'exquises peintures murales que nous retrouvons dans les fresques de Pompéi... Et c'était là tout l'horizon. Il n'y en avait pas au
dehors. Tout se trouvait réduit et limité à l'étroite vie de jouissances de chaque jour ; on y eût cherché en vain un souffle d'idéal. La terre heureuse, ou qu'on voulait telle, bornait la vie romaine de toutes parts.
Flavius Clemens, cousin de l'empereur, et sa femme Flavia Domitilla, entourés d'un cercle nombreux d'amis, entretenaient autour d'eux un ton élevé, noble, rare à cette époque « où tout l'art consistait à corrompre ou être corrompu ». Nous trouvons autour d'eux, en ce jour d'été, avec les matrones amies ou alliées des Flaviens, tous les noms célèbres de ce siècle finissant : Tacite, Pline, Ju vénal aux environs de leur trentième année. Quintilien, leur maître à tous, le maître des deux jeunes fils de Clemens qu'un caprice de Domitien venait d'adopter comme héritiers de l'empire en les nommant Vespasien et Domitien : ce caprice rappelait à plus d'un le jeu du tigre s'amusant de sa proie. Stace, qui seul parmi les hommes présents devait chanter l'Auguste et ses fêtes ; Suétone, à l'afîût de toutes les anecdotes scandaleuses ;
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Italicus, que sais- je? « Il faut convenir, écrivait Pline, que nous sommes liés avec tout ce qu'il y a de distingué à Rome. » Ces hommes jeunes ou graves, quelques-uas déjà célèbres, allaient et venaient sous les portiques, en une liberté aimable. Tacite, alors quindécemvir, continuait une conversation animée avec Pline, et, à l'occasion de Glabrion, dont on contait l'aventure miraculeuse, blâmait à sa grande manière ceux qui, sous Néron, montèrent les premiers sur le théâtre :
— Quoique morts, disait-il, je crois devoir supprimer leurs noms, par respect pour leurs aïeux.
— Ceux que tu nommeras, j'en ai le pressentiment, demeureront immortels, répondait Pline. Laissons donc tomber les êtres vils. Il y a encore des âmes dignes de ton génie, et dans les aïeux mêmes de Flavia Domitilla.
— Pline veut parler de Pomponia Grœcina, dit Flavia Domitilla qui témoignait une bienveillance spéciale aux deux jeunes hommes. Elle admirait le génie de l'un et aimait la facilité aimable de l'autre. Juvénal et Suétone se
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tenaient plutôt à distance et semblaient redouter le beau regard fier de la matrone :
— Je l'ai trop peu connue, et je l'ai regrettée, pour la joie qu'apportait sa présence et pour Iss Annales que je veux écrire, répondit Tacite. Les récits des vieillards ont une valeur de documents unique. Pompon ia me parlait avec bonté. Son deuil de quarante ans, depuis la mort de Julie, tuée par cette indigne Messaline, lui avait donné à Rome une place enviée. On aimait ce front qui ne se courbait pas... Elle avait beaucoup \m... Et nous-mêmes n'avonsnous pas traversé dans nos vies courtes plus d'événements qu'il n'en fallait autrefois pour remplir trois générations? Incendie de Rome, avènement, chute ou mort de cinq empereurs, guerres civiles, peste, villes englouties, incendie du Capitole... Que ton père fut grand dans sa mort, Sabinus, comme en vérité il le fut dans sa vie ; et plus encore par le contraste avec ce Vitellius misérable dont il fallait relever la tête en le piquant avec l'épée, ou par ce Domitien qu'il sauva...
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— Malgré lui-même, car Domitien a peur de tout, interrompit Pline, heureux de venger Sabinus qu'il aimait en rabaissant encore l'Auguste qui déshonorait le foyer de son propre neveu. Sur mer, il se fait tramer comme un captif à la remorque d'un autre navire, tremblant à chaque coup de rame ; sur terre, il n'est en paix que porté sur les épaules des autres, entre ses licteurs et ses prétoriens.
— Mais, interrompit Stace, n'oublies-tu pas les jeux magnifiques qu'il donne, et auxquels il prend part?
— Faut-il en être réduit à louer un Auguste de combattre avec les gladiateurs?
— Après tout, cette gloire est-elle plus vaine qu'une autre? jeta Juvénal avec amertume. Un tronc d'arbre coupé, revêtu d'une cuirasse et surmonté d'un casque, voilà les dépouilles de la guerre, voilà ce qu'on envie, voilà une destinée surhumaine. Est-ce mieux? Qu'en reste-t-il? Pèse la cendre d'Annibal !
— Vespasien et Titus connaissaient bien Domitien, reprit Tacite, plus attentif à son histoire
qu'aux boutades de Ju vénal. Titus les délices du genre humain, le prenait à part, quelquefois, le suppliant d'avoir pour lui les sentiments d*un frère.
— Mais tu connais mieux l'histoire de notre propre famille que nous-mêmes? dit Flavius Sabinus, surpris.
C'était un homme grand et beau, d'une élégance extrême, le masque de César, avec une expression mélancolique posée comme un voile sur les traits énergiques. Tous Taimaient pour la hauteur de son âme, et d'autant plus qu'ils sentaient une éternelle menace suspendue sur sa tête.
— Si cela est ainsi, je te dis deux fois : prends garde 1 Nous reverrons sous notre ennemi commun les crimes des tyrans qui l'ont précédé. Il est plus impénétrable que Tibère et se replie comme lui sur ses propres ressentiments ; il a la cruauté de Néron. Et il te hait doublement : ton père l'a sauvé... et lui-même t'a offensé... Enfin, tu es riche, tu es beau. Lui, a toujours été pauvre, malgré l'empire, et repoussant.
Un bruit de faisceaux sur les marbres fit retourner toutes les têtes, Arria Claudia» la vestale, entrait suivie de Fannia, sa parente. Un sourire triste effleura les lèvres de Sabinus, qui se pencha vers Pline : « Incessu patuit Dea...y> Et c'était bien d'une démarche de Déesse que la vestale s'avançait, tandis que les hommes debout se courbaient très bas sur son passage. Fia via DomitiUa alla au-devant d'elle et l'embrassa :
— Que tu arrives bien, tête chérie ! Tu vas écarter les paroles menaçantes qui se disaient ici et les remplacer par des propos plus paisibles. Tacite nous fait des prédictions trop sombres.
— Quelles prédictions? interrogea la vestale, attentive. Je croirais volontiers aux prédictions de Caïus.
— Il prédit ma mort, dit Sabinus tranquille* ment.
La vestale demeura impassible
— Tu saurais mourir, dit -elle.
— Ah ! dit Pline, que tu es bien la petite -fille d 'Arria ! Fannia, tu reconnais ton sang?
— Il est vrai, dit Fannia, non seulement par l'acte de notre aïeule dont tout le monde parle et que tous admirent : Tamour de la gloire pouvait la pousser à cet acte-là. Mais seule et sans témoins, elle fut aussi stoïque ; j'ai ouï raconter que, pour cacher à son mari, alors très, malade, la mort d'un fils qu'ils idolâtraient, elle demeura dans la chambre de Pœtus, avec le même calme et le même placide visage, tandis qu'on emportait le corps de son enfant.
— De tels exemples consolent de vivre aux temps où nous sommes. On respire ici l'air antique, remarqua Juvénal. Maintenant, Sénèque l'a dit, on compte les années d'une femme par le nombre de ses divorces et celui de ses maris... Quant au Palatin, c'est la cloaca maxima.
— A ce propos, demanda Suétone à Clemens, est-il vrai que des femmes sont descendues dans l'arène, aux derniers Jeux? J'étais absent..
— Je ne sais pas, répondit Clemens, je ne vais pas aux Jeux.
— Comment, tu ne sais pas? On dit par-
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tout que l'Auguste va te nommer Consul et tu ne vas pas aux Jeux? Ni, j'y songe, à aucune fête? Comment vis-tu, homme austère? et se tournant vers Ju vénal, Suétone ajouta tout bas avec dédain : Quelle inertie méprisable 1 Sans paraître l'entendre, Clemens étendit la main sur la tête de son jeune fils, tout proche de lui.
— Comment je vis? Libris et Liberis, dit-il souriant.
— Thraséas non plus n'allait pas aux Jeux, et je fais comme mon grand-père, sauf lorsque l'Auguste m'y oblige, appuya la vestale...
— Puisque tu parles de ton aïeul, tête sacrée, dit Pline, demande à Caïus de nous donner les détails qu'il a recueillis sur son admirable mort !
— Arria Claudia les sait mieux que moi, protesta Tacite.
— Dis, pour charmer mon orgueil filial, insista celle-ci, souriante.
— Tu le veux?...
Il se fit un silence. Les conversations parti-
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culières tombèrent. Les Romains, quels qu'ils fussent, admiraient leurs grands hommes. Tacite, qui aimait conter, se rendit.
— Soit, dit-il... Peut-être n'est-il pas indifférent d'évoquer comment on résiste à Néron, sous un prince non moins vil. Nous avons besoin de tels exemples. Vous savez que Thraséas s'était rendu odieux à Néron, en refusant de s'associer à toutes les bassesses que le Sénat sanctionnait. Sénat d'esclaves qui ordonnait après chaque crime des actions de grâces aux dieux ! Thraséas s'abstenait d'y paraître, comme Sabinus et Clemens s'abstiennent déjà : Les destins arrêtent là les ressemblances !... Néron voulut exterminer cet homme qui ne faisait pas de sacrifices pour la conservation du prince ou pour sa voix céleste ; qui ne paraissait pas au Sénat, et niait Li divinité de Poppée. Le silence et l'inaction de Thraséas étaient la plus sanglante des satires pour le tyran. Il résolut d'exterminer la vertu même en tuant ton aïeul. Divine... Et les Pères Conscrits consentirent.
On envoya le questeur du consul à Thraséa
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qui était resté dans ses jardins. Le jour tombait. Au milieu d'un cercle d'hommes et de femmes distingués, pareil à celui-ci, il s'entretenait séparément avec un philosophe, et à quelques mots prononcés plus fortement et à l'expression de son visage, on jugea qu'il le questionnait sur la nature de l'âme... Domitien Cecilianus, un de ses intimes amis, vient lui apprendre le décret du Sénat. On se répandit en pleurs et en murmures. Thraséas fit retirer les siens promptement, de peur qu'mie pitié imprudente ne causât leur perte. Ta grand*mère, Claudia, voulait suivre l'exemple d'Arria, ton aïeule, et le sort de son époux. Il la retint, pour ne pas te l'enlever...
Il gagne ensuite son portique, où le questeur le trouve avec un air de joie. Il entre dans sa chambre et présente les veines de ses bras. Et tandis que le sang coulait : « Offrons, dit-il, cette libation à Jupiter libérateur »... et s'adressant à son ami : « Puissent les Dieux détourner ce présage. Mais tu es né dans un temps où il est bon de fortifier son âme par des exemples de courage. »
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Arria Claudia écoutait le mâle récit, plus attentive à mesure qu'il avançait, les paupières baissées, les lèvres closes, frémissante d'orgueiU
— Arrêtons-nous, mes amis, dit Clemens.
Qu'y a-t-il aujourd'hui pour n'évoquer que des douleurs? L'art de Tacite nous rend ces scènes funèbres trop présentes. Allons voir nos jardins ; ils sont aussi beaux que ceux de Thraséas, et moins funestes.
Ils se dirigèrent vers les jardins. Ce mouvement, soit par hasard, soit volontairement, mit pour quelques pas Flavius Sabinus auprès de la vestale :
— Divine, dit-il, j'aimais la vie. J'ai besoin d'être fortifié. Je n'ai pas la grandeur de tes aïeux. Aide-moi, s'il faut que je meure...
Arria Claudia n'avait pas attendu les allusions malignes de Cornélie pour savoir que Flavius Sabinus tournait vers elle son cœur désespéré et se rattachait à elle, l'inaccessible, comme il se fût rattaché aux Dieux, s'il eût pu croire aux Dieux. Il l'abordait avec les pa-
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rôles que les âmes plus hautes se permettent parfois, l'éternel appel au secours et à la pitié qui précède l'explosion de la passion comme les fleurs et les fruits de Sorrente voilaient, elle s'en souvenait, le précipice au bord de la mer.
— Tu es Romain et les destins seraient plus forts que toi? dit-elle seulement.
— Les Romains invoquent les Dieux contre les destins... Si je savais quelles offrandes je puis porter à tes autels, Divine?
Elle ne répondit pas. Il s'enhardit et dit plus bas :
— Ne laisseras-tu pas le feu brûler à tes pieds, comme ta Déesse?
Instinctivement, Arria Claudia se serra plus étroitement dans ses voiles ; son fier et fin visage paraissait à peine, dans cet enveloppement chaste ; on eût dit la statue même de la pudeur ; mais elle était femme et devant la révélation de ce noble amour douloureux, son cœur battait à coups pressés.
— Tu ne me réponds pas, dit-il tristement.
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Serais-tu plus lointaine encore que l'Immortelle? Ne souffres-tu aucun hommage de la terre? Aucun?...
Elle posa un doigt sur ses lèvres :
— La vénération et le silence, dit-elle.