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CHAPITRE VIII

Au matin de ce 17 Décembre, Djemel se hâtait, rasant les murs, vers le palais des Flaviens. Rome semblait livrée à une immense orgie. Bien qu'il fût encore de bonne heure, des cris et des chants bachiques s'entendaient un peu partout ; des bandes d'esclaves déjà i\Tes arrêtaient les passants. Et les plaisirs de ces êtres dégradés, lâchés en liberté pour deux jours où ils noyaient le souvenir de leur misère dans tous les excès, semblaient plus pénibles encore à envisager que leurs peines. La souffrance, au moins, relevait par quelque côté leur vie journalière ; ici, il n'y avait plus que la bête, abrutie par la servitude et déchaînée un

instant. Djemel se hâtait. Les rues de Rome, aux Saturnales, ressemblaient à de mauvais lieux.

Mais, à peine eut-elle franchi le seuil du palais des Flaviens, que toute crainte et tout danger disparurent. Les esclaves, affranchis du travail comme partout ces jours-là, prévenaient leurs maîtres par leur empressement, leur désir de s'employer pour eux dans les seuls moments où ils pussent vivre pour eux-mêmes. Clemens régnait en père sur cette maison nombreuse. Tout châtiment cruel y était inconnu. L'Évangile se vivait à la lettre, en ce premier siècle finissant ; et les enseignements transmis par les parents qui les avaient reçus de la bouche Apostolique façonnaient les vies de Clemens et de Flavia Domitilla. Il n'y avait pas de demeure plus pure et plus préservée ; il n'y en avait certainement pas à Rome d'aussi heureuse.

Dès que Djemel, qui reprenait ici son nom chrétien de Miriam, fut annoncée, on l'introduisit sans retard dans la chambre de Domitille.

Tout y était blanc, comme partout dans ce palais de marbre, mais si simple, si pur, toute trace de luxe ou de mollesse était si soigneusement écartée, qu'on eût cru voir la chambre de la bienheureuse Vierge Marie dans les parvis du temple de Jérusalem. Pour compléter l'illusion, Domitille achevait de filer un voile de lin qu'elle mit de côté pour embrasser la nouvelle venue.

— J'ai de belles nouvelles pour toi, petite sœur, bien qu'elles ne soient pas aussi complètes, en un sens, que nous l'aurions voulu. Le bienheureux Jean n'est pas encore arrivé ; si tu le préfères, tu peux l'attendre pour qu'il te consacre. Sinon, tu es admise par notre pontife Clément. Il vient offrir ici, demain, le sacrifice ; tu es prête. Dès demain, il peut te recevoir parmi nous. Il te fait dire de choisir.

— Oh ! comment hésiterais-je? répondit Miriam avec ferveur. Le bienheureux Jean luimême me conseillerait de ne pas attendre... Le festin est prêt, et ma lampe est allumée... Vois-tu, quand tout à l'heure je traversais

Rome en ivresse, pensant au beau: secret que je portais dans mon âme, au don que Dieu m'avait promis, je n'aurais voulu changer ma vie contre aucune... aucune autre... Et, avant, j'étais si violente, si révoltée contre ma misère !... Sans le Christ, je me serais désespérée... Mais serai- je assez prête pour demain?... Tu m'aideras en priant. Vous priez toutes pour moi?... Je voudrais tout Lui rendre, tout ; dans ma vie, je n'ai pas le temps de penser, de me recueillir^ comme je le voudrais. Si j'osais. Domina, je te demanderais de me laisser seule dans quelque coin, tout ce jour, sans t'inquiéter de moi. Un morceau de pain me suffirait, et le travail que tu tenais.

— Pas celui-là, dit Flavia Domitilla avec grâce. Je me le suis réservé. Il va être fini. Sais-tu ce que c'est? vois... Elle dépliait le voile de laine immaculée, travaillé avec tant de soin qu'il semblait sortir du foulon. J'ai voulu filer le voile de tes noces.

Miriam fixa sur elle un regard plein d'une humble tendresse ; et puis, elle déploya le voile.

elle le regarda, elle le replia, avec la joie d'enfant qu'elle avait eue en recevant la bague d'Arria.

— Heureusement, le Christ paye les dettes du plus petit des siens, dit-elle, confuse et toute pleine de gratitude. Vois comme II est bon pour ses pauvres dans les moindres choses ! Tu as filé mon voile... et sans le savoir, Arria Claudia m'a donné l'anneau. Il m'a épousée de son anneau, pour que je n'accepte pas d'autre Époux que lui. Ce chant de la Consécration, je pensais le dire en recevant ma petite bague de verre, et c'était la même chose... ^lais vois le bijou que m'envoie le Seigneur? Il me semblait que je le recevais de sa main... J'ai peur d'avoir scandalisé Arria par ma joie ; elle a dû me croire cupide.

Elle tirait de son sein la bague d'opale soigneusement pliée. DomitiUe l'examina en connaisseur et sourit :

— C'est superbe, petite sœur. C'est une bague de reine.

— Ne sommes-nous pas bien plus que des

reines? Et puis, il fallait que cette bague fût belle pour que je puisse la lui rendre... et je la lui rendrai si Dieu m'accorde la dernière grâce qui me manque ici-bas.

Domitille ne fit ni un mouvement, ni un geste. Elle savait bien de quelle grâce l'esclave voulait parler.

— Tous les jours, je lui demande de me prendre ainsi, et que je meure comme le Christ est mort, et jamais cela n'arrive. Un moment, j'ai cru que j'en étais bien près, quand la Grande Vestale m'appelait athée et parlait de me faire mettre en Croix parce que je refusais de prendre part aux Sacrifices. C'était bien pour Dieu, n'est-ce pas? Quoiqu'il n'y ait pas de jugement pour les esclaves, c'aurait été le mai»tyre?

— Oui, ma sœur chérie, dit Domitille qui retenait avec peine ses larmes. Mais vois. Dieu a écarté cela. Il veut de toi d'autres services...

— Je le pensais aussi, cette nuit. L'Apôtre Jean disait : « Bienheureux ceux qui sont invités au festin des noces de l'Agneau. » Qu'il m'ait

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invitée, moi, et que ce soit pour demain, j'en suis confondue ! Vois- tu, je suis trop petite, trop misérable pour venir seule. Dans le ciel, je ne tiendrai sans doute pas plus de place que sur la terre?... Alors, comme le dit l'Évangile, pour rendre à notre Christ quelque chose de moins indigne que moi, je voudrais aller dans les chemins et le long des haies chercher les invités de ces noces divines, les lui amener... Je voudrais lui conquérir le monde.

— Il t'entend, et cela suffit ; Il t'aime et malgré notre misère, c'est l'Infini qui aime, et toute l'éternité nous le bénirons, dit la grave Domi tille. Je pense que déjà il a mis l'âme d'Arria Claudia dans tes mains. Recommande-la bien à notre saint pontife Clément ; il viendra ce soir t'interroger et te bénir avant la cérémonie de demain. Je vais te laisser seule, comme tu le désires ; j'y avais pensé. Ta petite chambre est préparée. Nous te gardons ces trois jours ; tu sais que nous avons le bonheur que la fonction sacrée se passe chez nous? Le pontife célèbre ainsi, bien souvent, pas toujours pour ne pas

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attirer rattention. Voici ta chambre ; on y portera ton repas, et dans la journée je viendrai te chercher pour te faire promener un peu dans les jardins. Cette chambre est tout à fait à l'écart. On m'y avait transportée à cause de son silence lorsque je me remettais mai des fièvres. J'y ai passé de bons jours. Par le rideau relevé, tu vois l'autel où nous avons le bonheur de garder le corps du Seigneur, d'un dimanche à l'autre.

Dans ce Rome qui retentissait des cris de l'orgie, pour cette pauvre fille, ravalée aux promiscuités de l'ergastule ou aux grossièretés de ses compagnes de cellule, cet asile tranquille avait déjà des parfums de Paradis. Elle s'y agenouilla lorsqu'elle fut seule; son âme avide de prières n'avait besoin que de Dieu, du Dieu si proche d'elle qui venait l'arracher à toutes les hontes et à tous les abandons, poiu: la poser dans sa lumière et dans un amour plus grand que tous les amours. La soHicitude attentive de sa sœur dans le Christ avait tout prévu, tout préparé : les lettres des Apôtres et les Évangiles

sur un trépied pour sa lecture ; dans une corbeille, comme travail un voile destiné à porter la sainte Eucharistie, avec ces vêtements de pauvres que les premières chrétiennes préparaient chaque jour de leurs mains ; la tranquillité, la soUtude, le silence... Miriam s'étonnait que la terre réservât de telles heures, et sa joie, sans qu'elle le sût, était la réponse royale à Celui qui habille les lis et qui nourrit les oiseaux, sans leur demander autre chose que de fleurir et de chanter.

Miriam remercia humblement Glycera qui, joyeuse, lui portait un repas ; elle en écarta autant qu'elle le put les recherches, presque au hasard ; à mesure qu'elle se recueillait, elle ne savait plus si la terre la portait I Pourtant, un souci d'un ordre bien ordinaire l'inquiétait un peu ; elle avait mis le matin sa tunique la plus convenable, mais rien ne semblait blanc auprès du voile filé par DomitUle ; et, timide comme elle l'était, elle se promit pourtant de demander à Glycera de la conduire au lavoir, pour que, malgré le froid de décembre, elle pût y tremper

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sa robe, et que tout ainsi fût en harmonie. Dans sa joie, le matin, elle avait oublié cet humble détail. Sephoris, certainement, ne lui aurait pas refusé une tunique de rechange? Mais bientôt elle accepta cette petite humiliation de bon cœur. Elle n'était pas chrétienne pour profiter du luxe des autres ; ne fallait-il pas qu'une esclave demeurât une esclave? Et lorsqu'un pas léger s'arrêta au seuil de sa chambre, un peu avant le coucher du soleil, elle n'y pensait plus, perdue dans l'intensité de sa prière, en la présence invisible de Celui qu'elle adorait, sur l'autel tout proche, à travers la portière relevée.

— C'est moi, ma petite sœur, dit Pomponia Julia se jetant à son cou. Domi tille m'envoie te chercher pour que tu fasses avec nous une promenade au jardin. Nous serons là, demain^ toutes les six... Tu ne connais pas les autres? tu les aimeras vite... Quel bonheur ! à chaque nouvelle Vierge consacrée, il me semble que ma joie augmente. Et crois- tu que j'aie oubhé mon cadeau à la fiancée? Tiens...

Elle déplia rapidement un paquet volumi-

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neux qu'elle portait elle-même. Ces jeunes chrétiennes, imitant Celui qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, écartaient pour elles autant qu'elles le pouvaient les soins des esclsfves. Pomponia joyeuse déployait une tunique absolument simple, mais auprès de laquelle la robe de l'esclave semblait sordide.

— Vois, vois, disait-elle, battant des mains, je l'ai faite toute seule; elle ira bien? Un peu plus petite que pour moi. Jamais travail n'a été aussi facile à faire, car je ne suis pas très habile.

Elle riait de son rire joyeux et bon; Glycera qui la suivait posa au-dessus avec précaution la couronne de roses.

— Nos maîtresses ne m'ont laissé que ta couronne à préparer, dit-elle. Domitille a désiré que je la fasse avec les fleurs mêmes du jardin. C'est pauvre comme nous deux, ce cadeau, sœur chérie, mais j'y ai mis tout mon cœur.

Et Miriam, les suivant, n'avait pour leur répondre que la lumière de son visage. Elle pen-

sait que le Fils de Dieu, en venant à eUe, lui amenait aussi ses anges.

Ut presentem ancillam suam, benedicere et sanctificare digneris . . .

Le pontife Clément étendait un geste de bénédiction sur l'humble fille agenouillée à ses pieds. Il venait de terminer l'offrande du Sacrifice; et il ajoutait à la commémoraison mystique de l'oblation du Calvaire, l'offrande de la Virginité que Miriam faisait à Dieu. Le saint pontife penché vers l'esclave semblait plus paternel, plus doux encore que dans les autres fonctions de sa charge.

Vraiment, dans ce palais appuyé aux marches du trône, devant ce sénateur et cette matrone, cette couronne de jeunes Vierges, et la troupe nombreuse des esclaves agenouillés autour de leurs maîtres, il y avait comme une synthèse

de l'œuvre que le Christ était venu accomplir sur la terre. Il semblait que le geste large du Pontife mettait en fuite les divinités impures de Rome et les remplaçait par le Dieu qui apportait tout avec Lui : la foi, la conscience d'une âme immortelle, l'amour de Dieu et des hommes, la pureté virginale, la fidéUté des époux, le respect des faibles, le soin des pauvres, la grande égalité des âmes devant le Christ Sauveur de toutes les âmes.

Miriam, perdue dans son extase, entendaitelle alors, comme au temple de Jérusalem, le bruit de l'exode des Dieux et le cri : « Les Dieux s'en vont? » Non. Les ténèbres et le mal n'existaient plus pour elle. Comme ÉHe, au seuil de la grotte, elle laissait passer le tourbillon de feu et le bruit des tempêtes, écoutant seulement le souffle du vent léger.

Le Pontife continuait sur elle les oraisons semblables, par le fond, à celles dont l'Église redit encore les admirables formules. Au dehors, malgré l'épaisseiu- des murs, les rumeurs folles des Saturnales montaient et descendaient

comme une mer démontée battant les falaises. ...Regarde, Seigneur, Ta servante qui remet en Tes mains sa promesse de perpétuelle virginité. Comment le pourrait-elle si Toi, Seigneur, par Ton libre choix, Tu n'allumais en son cœur V amour de la pureté et si, par Ta miséricorde. Tu ne la soutenais dans son dessein?... Sans diminuer en rien l'honneur du mariage, en maintenant la bénédiction accordée, dès le commencement, à l'union des époux, Tu as voulu qu'il y eût des âmes plus sublimes, qui, renonçant aux noces terrestres, aspirassent de tout leur amour à l'union divine... Accorde donc à Ta servante, Seigneur, une modestie prudente, une bienveillance dirigée par la sagesse, une douceur grave, une liberté chaste. Que son amour ne s'attache qu'à Toi seul; que la sainteté de son corps et la pureté de son âme Te glorifient sans cesse. Que son service soit un service d'amour. Sois sa gloire, sa joie, sa volonté, son conseil. 0 Toi quelle veut aimer par-dessus tout, fais-lui trouver en Toi toutes choses... Faisla monter au rang des Vierges sages. Qu'elle ne soit pas troublée par l'arnvée soudaine du Souverain

Roi, mais que, tranquille et lumineuse, sa lampe dans les mains, elle se joigne avec allégresse au chœur des Vierges qui Vont précédée.

Pomponia, à genoux, tenait sur ses deux mains étendues le voile de Miriam, déjà revêtue de la robe blanche.

— Veux-tu persévérer dans la sainte virginité? interrogea le pontife.

— Je le veux, répondit Miriam.

— Reçois ce voile sacré par lequel on connaîtra que tu es soumise au Christ Jésus et sa perpétuelle Epouse, Qu'il te garde de tout m^l et te conduise à la vie éternelle. Amen.

Domitille s'approcha et disposa sur la tête inclinée les plis du voile.

Pomponia tendit au pontife l'anneau.

— Je t'épouse à Jésus-Christ, Fils du Père, afin qu'il te garde sans tache. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Pomponia toujours à genoux, offrit la couronne :

— Viens, Épouse du Christ, reçois la couronne que le Seigneur T'a préparée pour l'éternité.

Glycera et Domitille fixèrent la couronne.

Miriam se leva, perdue dans la profondeur du don divin. L'Église ne pouvait rien lui donner de plus. Elle avait pris cette enfant dans les basfonds, au dernier degré de cet ordre social implacable qui assimilait l'esclave aux choses et aux bêtes. Elle l' élevait au-dessus des sénateurs et des rois, au-dessus du monde entier qu'elle mettait sous ses pieds ; elle en faisait « par l' Esprit-Saint, la demeure où Dieu habite ». Le pontife humble et doux voulut pourtant formuler un dernier souhait pour la brebis qui allait revenir au milieu des loups, pour l'esclave exposée à toutes les douleurs et à tous les dangers :

— Souviens-toi que, désormais, ton partage est la félicité même de Dieu.

Tout ce que la Charité la plus tendre et la plus ingénieuse peut inventer, les Vierges, dans les

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deux jours qui suivirent, en comblèrent leur compagne.

Elles voulurent qu'elle gardât jusqu'au départ la robe de ses noces ; on lui donnait la première place partout. A table, les esclaves étant au dehors, Pomponia avait placé devant elle un plat sucré de sa confection, « une surprise pour elle seule ». Il y avait des fleurs et de beaux fruits. Il y avait des chants pendant leur travail commun. EUes ne se lassaient pas de l'entourer plus encore que de l'entendre, car cette âme, emportée dans les hauteurs divines, demeurait plus volontiers dans un radieux silence.

— Penses-tu, lui dit Flavia Domitilla, presque à la fin de son séjour, que nous ne voulions pas notre part aussi à cette grande heure de ta vie? Flavius Clemens désire t' arracher au miHeu païen où tu vis et faire de toi la compagne de Glycera et de notre Domitille. Arria Claudia se prêtera à cet arrangement, j'en suis sûre, et nous permettra de te racheter...

Miriam ne répondit pas tout de suite. Elle embrassait du regard les bons et affectueux

visages qui l'entouraient, le palais blanc et le grand jardin paisible où la lumière d'hiver reflétait dans les bassins et dans les sources sa pureté glacée, tout cet ensemble qui formait pour elle le plus pur bonheur...

— Ne crois pas que tu n'aurais rien à souffrir, continua la matrone qui lisait dans sa pensée. Nous sommes menacés, en ce moment, plus que personne. Nous ferons face à l'orage ensemble. On est plus fort ainsi.

Miriam s'agenouilla auprès d'elle :

— Si vous m'aviez parlé ainsi avant-hier. Domina, je n'aurais pas eu assez de mots pour vous dire ma joie. Maintenant, je crois qu'il vaut mieux que je reste où Dieu m'a mise. Entre tant de bonheur et moi, il y a la Croix où II est mort... Peut-être, en portant la mienne, je gagnerai au Christ Arria ou quelque autre... Vous me comprenez bien?

— Je te comprends... Nous attendrons.

Pourtant, malgré sa volonté de renoncement,

lorsque Djemel reprit son vêtement de servitude ; lorsque, ayant embrassé et remercié une

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dernière fois ses sœurs dans le Christ, elle ne vit plus leurs signes d'adieu au seuil de l'atrium ; et que, accostée par quelqu'un de ses compagnons de misère, à demi ivre, elle hâta sa marche pour arriver à l'heure, elle essuya vaillamment quelques larmes. Au sortir de la tiède et douce atmosphère des saints, le froid de ce monde païen, où elle redevenait la chose, la glaçait jusqu'aux os. Elle marchait cependant, au-devant de son joug volontaire. Un autre aussi, portant sa Croix, tombait sur le chemin, se relevait et allait vers le Golgotha... Elle n'était plus jamais seule. Ils allaient ensemble.

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