‹ Les dieux antiques; nouvelle mythologie illustree d'apres George W. Cox et les travaux de la science moderne, a l'usage des lycees, pensionnats, ecoles et des gens du mondeChapitre 31 sur 72 · HERMES · texte numérisé non relu

HERMES

Hermès y consentit, lui qui aussi enviait la sagesse et le savoir cachés d'Apollon ^ car Phoïbos voit tout jusqu'aux abîmes les plus profonds de la verte mer; il promit de donner la lyre, en retour de cette sagesse qui peut suavement discourir de toutes choses et bannir tout mal et tout souci. -Prenez la lyre, dit-il, car vous saurez vous en servir; mais à ceus qui y touchent, sans savoir en tirer le langage qui convient, elle est capable de faire débiter d'étranges non-sens, divaguant alors ou n'exhalant que des gémissements incertains." Cet échange ne se fît qu'en partie. Il n'était pas au pouvoir de Phoïbosde révéler le secret célé des ans, mais tout ce qu'il put donner à Hermès, il le donna. 11 lui mit dans les mains une verge étinceUmte; et, lui attribuant la haute charge de garder les troupeaux et le grand bétail, ordonna qu'il visitât, dans leurs vallons cachés et dans leurs cavernes, les Thrial aux têtes chenues, qui lui enseigneraient des secrets soustraits à tous les mortels. Hermès, en retour, promit de ne jamais endommager le temple de Phoïbos à Delphes. Comment expliquer cette étrange histoire I Voici : nous trouvons, la comparant à de vieux contes hindous ou védiques, que le nom d'Hermès appartient à la même racine que celui de Saramû, et que celui de Saramâ est l'aurore lorsqu'elle rampe par le ciel, regardant partout avec curiosité si elle ne voit pas les vaches brillantes {ou nuages), volées par la nuit et par elle cachées dans ses cavernes secrètes. Ce nom de Saramâ se retrouve enfin sous une autre forme : il est prouvé que c'est le même nom qu'Hélène, ravie par Paris de Sparte. Le mot vient de la racine sar, qui veut dire ramper, et reparaît dans les noms d'Erinnys (la Saranyu védique) et de Sarpédon,

3vGooglc

Il8 LES DIEUX ANTIQUES.

tils de Zeus, ainsi que dan3 notre mot " serpent", ce qui rampe. Maintenant comment l'idée de Saramà, ou l'Aurofe, nous conduit-elle à celle du Hermès grec? Dans les hymnes, Saramâ, chsrchant les vaches, traverse, dit-on, le ciel avec une brise légère. Elle représente le matin et la douce lialeine des vents d'été, chuchotant çà et là, tandis qu'elle se meut, puis avance. Dans l'esprit des GrecSj cette idée de la brise rempla<|a graduellement l'idée du matin, et c'est ainsi qu'Hermès vint à représenter le vent ou l'air en mouvement. Ne voyez-vous pas que cela explique l'histoire d'Hermès jusque dans ses moindres traits? Le vent, qui chuchote doucement lors de ses premiers commencements, peut frakhir en brise de mer, avant d'être âgé d'une heure, et balayer devant lui les nuages gros d'une pluie qui renouvellera la terre. Il fouille, invisible, dans les trous et les fissures, il tournoie dans les coins obscurs, il plonge dans les antres et les cavernes ; et quand les gens sortent pour voir quels méfaits il a commis, ils entendent son rire moqueur, alors il se hâte par voies et par, chemins. L'esprit et l'humour de ce conte sont fort anciens : il se trouva, si l'on veut, tout fait entre les mains des poètes grecs (mais on peut en dire autant de tout ce que l'homme a jamais inventé). Nous découvrons simplement ce qui existe : encore faut-il chercher patiemment et eincèrement. Or le charme du conte d'Hermès ressort de l'examen, fait avec soin par les poètes, de l'action variable du vent.

Quelqu'un, dans la légende antique, mérite également qu'on dise de lui qu'il a, le premier, donné le feu aux hommes, Prométhée, et aussi Phoronée {mais Phoronée, le Bhuranyu indien, n'est qu'un simple nom du feu).

3vGooglc

Quant à l'histoire de Proinéthéfij elle se rapporte à la flamme apportée du ciel, tandis que le feu allumé par Hermès est l'ignition produite dans les forêts par le frottement, au grand vent, de leurs branches.

Étudions chacun des détails fournis par le récit fait plus haut: tous sont de quelque intérêt. Ainsi Hermès ne mangea pas de la viande rôtie par le feu qu'il avait allumé, parce que, quoique le vent produise la flamme, il ne peut, lui-même, consumer ce que dévore le feu. Le retour d' Hermès à la caverne ob il est né n'est autre chose que l'apaisement de l'orage, avant qu'il s'endorme enfin dans les bruits charmants. Il feut voir en la défense que Hermès présente à Zcus de sa cause, ce. semblant d'abandon montré par la douce brise, incapable de se faire ouragan. Le bruit fait par Hernfès, quand Apollon le saisit entre ses bras, expliqucz-le par la mélodie des vents, capable d'éveiller des sentiments de joie ou de tristesse, de regret ou de désir, de crainte ou d'espoir, d'aise véhémente ou de suprême désespoir. Si Phoïbos refuse de faire part de sa sagesse à Hermès, c'est que les rayons du soleil peuvent descendre au-dessous de la surface de la mer et de là darder leur éclat à travers le pur espace du ciel, lieu oU l'haleine du vent ne peut se faire sentir. Phoïbos confie à Hermès en retour de sa lyre certains pouvoirs : il le fait gardien des coursiers du soleil j l'enfant reçoit aussi une verge pour les conduire. Les nuages brillants doivent, en d'autres termes, se mouvoir à travers le ciel quand le vent les conduit. La musique d'Hermès réjouit enfin et calme les enfants des hommes, et son souffle élève les esprits des morts à leur demeure invisible. Hermès possède, en sa qualité de guide des

3vGooglc

morts à la terre d'Hadès, un titre spécial : il est le Psychopompe ou conducteur des âmes. Une autre charge qui lui incombe est d'être le messager des dieux, et principalement de Zeus (fig. 90). S'il reçoit l'ordre d'aller au»

FIk. 90. — SUlue de ntnoia on Mercure nui pledi tllfs.

Thriai pour avoir la sagesse, la cause en est qu'on peut parler du vent, quand les souffles pénètrent dans les antres et les caverne; et dans tous les lieux secrets, comme de quelqu'un qui cherche à découvrir les trésors cachés de la terre et à gagner un savoir auquel jamais l'homme n'at-

3vGooglc

teindra, Hermès cependant n'est point toujours i'ami de l'homme ; non! Le poète termine les hymnes homériques en disant que la bonté du dieu pour les hommes n'est pas ^l'égale de son amour pour le Soleil, et qu'il a sa façon de commettre, à leur égard, des méfaits pendant qu'ils dorment. Explication: les tempêtes soudaines qui se lèvent pendant la nuit; et comme le méfait commis là à l'égard des hommes l'est contre leur vœu, on appelle Hermès voleur et prince des voleurs; et Apollon prévoit qu'il fera irruption dans plus d'une maison e't sera cause que plus d'un pasteur souffrira dans ses troupeaux. Un dernier mot : on représente ordinairement Hermès un bâton à la main^ comme le messager des dieux et le guide des morts, et avec des sandales d'or qui le portent aussi promptement qu'un oiseau dans les cieux. Ces sandales étaient aussi aux pieds de Persée, quand il se mit en voyage pour tuer la gorgone Méduse.

3vGooglc

Mercure. — Mercure est un dieu latin du trafic et du .gain (merx, commerce) (fig. 93). On l'a identifié avec l'Hermès grec, avec lequel il n'a aucune ressemblance, et les Fétiaux romains ou hérauts refusaient d'admettre que tous deux fussent le même dieu.

LE DIOUYSOS GREC OU LE BICCKUS UTIN.

Dionysos. — Dionysos est le dieu de la vigne et des fruits de cette plante (fig, gS), Chaque incident qui se rattache à l'histoire de ce mythe comporte un nombre presque inhni de versions. Quelques auteurs le disent iils de Zeus et de Déméter, d'Io ou de Dioné; d'autres en font l'enfant d'Ammon et d'Amalthé, chèvre-nourrice de Zeus dans la caverne de Dicté. Miùs la version la plus populaire est celle qui veut qu'il soit né de Zeus et de Sémélé, fille de Cadmos, le Cadmus latin, roi de Thèbes ; il y a plus d'une histoire encore relative à sa naissance. Un conte rapporte que Cadmos ou Cadmus, apprenant que sa fille était mère de Dionysos, la mit, avec son enfant, dans un coffre, que la mer jeta aux rives de Brasies. . Sémélé fut retirée morte; l'enfant sauvé et nourri par Ino: incident qui se répète dans l'histoire de Persée (Perseus) et de Danaé. Autre récit: Héré, jalouse de Sémélé, tente sa ruine. Sémélé, pressée par les mauvais desseins de la déesse, demande à Jupiter de la visiter dans sa splendeur de dieu olympien, et, comme il approche, elle est brûlée par les éclairs. Dionysos naît au milieu

3vGooglc

124 t-ES DIEUX ANTIQUES.

des coups de tonnerre enflammés, et Sémélé part pour un long séjour dans la terre d' Hadés.

Sur l'éducation du jeune homme on est incertain :

quelques-uns disent qu'elle se fit à Naxos; d'autreSj au mont Nysa; mais il y avait plusieurs montagnes de c; nom, comme il y avait plus d'une Ortygîe et plus d'un fleuve Trirooj où l'on dit que naquirent Phoïbos et Athéné. La carrière du dieu est moins trouble. Comme

3vGooglc

D,.i,„cb,Googlc

Héraclès, Persée, Thésée et tous les autres héros, il eut à traverser un temps de labeur pénible et de danger avant d'atteindre au renom et à la gloire. Mais il mena à fin ces dures besognes; voici comment. Dionysos, dit-on, résolut de quitter Orchomène, lieu où il avait passé une

FIg, K. — BBcebanis (bu-nUeQ.

partie de sa jeunesse. Il voyagea, du côté de la mer, et se tint sur un roc en saillie; les boucles noires de ses cheveux se répandaient sur ses épaules, tandis que sa robe de .soie frémissait sous la brise. La splendeur de sa forme attira les regards de quelques Tyrrhéniens qui naviguaient (fig. 96). Ils vinrent au roc, quittant leur vaisseaux.

3vGooglc

Page 1