‹ Les dieux de Babylone et de l'AssyrieChapitre 3 sur 8 · OT PAL · texte numérisé non relu

OT PAL

Ceci correspond exactement avec les données d’un célèbre passage du philosophe néoplatonicien Damascius :

« Les Babyloniens, comme les autres nt passent sous silence l'unique et premier principe de l'univers, et commencent par le couple de Tavti (Tiamat, la mer, la Gxvàx0 de Bérose) et ’Axacüv (Apsou, l'océan), appelant Tauthé la mère des Dieux. De ce couplé procède un fils unique, Mwèuis (Moummou, le chaos), que je ne puis concévoir autrement que comme le monde intelligible, procédant des deux principes. D’eux aussi nait une nouvelle génération, Azyh et Aœybs (corrigez Aayuñ et Aayuèc), et ensuite une troisième, Kioaph et ’Asswpès (Æisar et Sur). C'est de ce dernier couple que procèdent encore trois autres dieux, ’Avèc, "TAkvos et ’Aïc (Ana, Elim, une des formes accadiennes correspondant au sémitique Bel, et Éa). Enfin de Aos et de Auëwn (La et Davkina) naît un fils appelé Bélos (Bel Maroudouk), le démiurge. »

Dans d’autres documents mythologiques, Lakhma et Lakhama, Sar et Kisar, sont donnés comme des formes successives d’Anou et d'Anat, qui « sont, dit-on, le ciel et la terre », et qui, dans cette forme des traditions, constituent en tête des générations divines un couple pareil à celui d’Ouranos et de Gê dans les vieilles cosmogonies helléniques.

Les dieux cosmogoniques que nous venons de voir nommer ne tiennent, du reste, aucune place dans le culte public et habituel;

celui-ci s'adresse aux dieux intelligibles, comme auraient dit les .

-néo-platoniciens, aux dieux actifs dont la conception ést plus dégagée des ténèbres des premières origines. Au sommet de l'échelle du pan- ‘ théon qui fait l'objet des adorations générales, nous rencontrons une triade suprême : Anou (en accadien Ana), « le premier-né, l’antique, l’ancien des dieux, le père des dieux, le seigneur des ténèbres », dont le nom, d’origine accadienne, signifie le Ciel et qui continue à régner sur le ciel immobile des étoiles fixes, mais qui est le maître absolu de l'univers avant son organisation définitive, le dieu Temps et Monde (Xs6voç et xéouos à la fois dans son sens le plus large), qui personnifie en même temps le chaos primordial ; Éa (nom d'origine accadienne admis en assyrien), l'intelligence divine, nous dirions volontiers le Verbe, qui anime là matière et la rend féconde, qui pénètre l’univers, le dirige et le fait vivre, en même temps le roi de l'élément humide, en un mot « l'Esprit porté sur les eaux », comme

dans le prémier chapitre de la Genèse ; enfin Bel (en accadien Moul-gé

et Elim), le roi.et en même temps la personnification de l'univers organisé, le démiurge du monde céleste, celui qui assigne leurs rangs aux astres à révolution périodique et les met en mouvement. Ces trois personnifications divines, égales en puissance et consubstantielles, n'étaient pas placées sur le même degré d'émanation; on faisait de Bel tantôt le frère et tantôt le fils d’Anou, que l’on donnait invariablèment pour père à Éa.

À chacun des dieux de la triade suprême correspondait une divinité féminine, qui était le dédoublement, la forme passive, et, pour me servir de l'expression même contenue dans plusieurs inscriptions, «le reflet ». C’ést ainsi que, dans l’Inde, le Trimourti se reproduit dans le Çakti-Trimourti, triade féminine. Anat ou Nana {ce dernier nom d’origine accadienne) répondait à Anou, Belit (en accadien Ningelal) à Bel, et Davkina (nom accadien) à Éa; mais la distinction de ces trois personnages femelles est beaucoup moins claire que celle des trois dieux mâles. Ils se confondent les uns avec les autres, et. en réalité ils se réduisent à une seule divinité, représentant le principe féminin de la nature, la matière humide, passive et féconde, déesse véritablement myrionyme que l’on qualifie de « déesse souveraine, dame du monde, mère des dieux, dame des grands dieux, reine de la terre, reine de la fécondité »; ses appellations les plus générales et les plus compréhensives sont en accadien Dingiri, « la Déesse », et en assyrien sémitique 8elit, « la Dame ».

Cette identité fondamentale de toutes les déesses du système religieux des bords de l’Euphrate et du Tigre, qui ne sont que des faces d'une même divinité, est exprimée avec une netteté singulière et qui ne peut plus laisser place au doute, à propos du corps sidéral dans lequel on voyait là manifestation la plus éclatante de la divinité féminine, dans un texte provenant de la bibliothèque palatine de Ninive. Nous y trouvons en même temps l'expression la plus précise de certaines données, telles que l’androgynisme essentiel de la divinité femelle, et la notion de l'inceste divin, du dieu mari de sa mère!, données qui n’ont été répandues dans le monde grec que par les

1. Ce dogme, monstrueuse aberration de l'esprit de symbolisme, est fondamental et répandu dans toutes les régions de l’Asie antérieure; le principe igné et solaire, considéré comme mâle, y est tenu pour émané du principe humide et féminin, que son action féconde ensuite. Dans la religion locale de la ville de Nipour, Adar est en même temps fils et époux dé Belit. Dans les légendes helléaisées, un lien incestueux rattache Sémiramis à son fils Ninyas.

HORS, pt

Orphiques et les néo-platoniciens, mais qui plus de deux mille ans avant l'ère chrétienne étaient professées à l’état de dogmes formels dans les écoles du sacerdoce chaldéo-babylonien.

L’astre femelle est la planète Vénus; elle est femelle au coucher du soleil;

L’astre mâle est la planète Vénus; elle est mâle au lever du soleil ;

La planète Vénus au lever du soleil, Samas est le nom de son possesseur à la fois et son rejeton; |

La planète Vénus au coucher du soleil, Adar est le nom de son possesseur à la fois et son rejeton!;

La planète Vénus au lever du soleil, son nom est la déesse d’Aganê (Anounit);

La planète Vénus au coucher du et son nom est la déesse d’Erech (Nana);

La planète Vénus au lever du soleil, son nom est [star parmi les étoiles ;

La planète Vénus au coucher du soleil, son nom est Belit parmi les dieux.

Une et multiple à la fois sous ses différents noms qui expriment autant d’aspecis de sa nature, autant d’hypostases de son essence, la divinité féminine de la religion chaldéo-babylonienne est Anat ou Nana quand on l’envisage comme la matière primordiale et incréée, productrice de toutes choses, muallidat gimri, source de toutes les générations des dieux et des êtres vivants; une de ses qualifications principales est alors Oum-Ourouk «la mère d’Erech », dont Bérose fait sous la forme Omoroca, la reine du chaos, s’identifiant avec Tiamat.

Comme reine des dieux et des hommes, maîtresse de l’univers organisé, la divinité féminine est Belit; Davkina comme souveraine des ondes, épouse du dieu-poisson, dans lequel se personnifie l'intelligence divine; Istar à la fois comme guerrière, « reine des batailles », et déesse des amours, enfin comme présidant à la planète Vénus; Zirbanit ou Zarpanit comme formatrice des germes, déesse de la fécondité chez les êtres animés, génératrice, muallidat (d’où les Grecs ont fait Müaurta et Méàxc), honorée par les prostitutions

ra

4. Dans cette opposition des deux époux de la déesse, le soir et le malin, Samas est le soleil diurne, dans tout son éclat et toute sa puissance, Adar le soleil ténébreux et voilé, l'Hercule Sandon frappé d’effémination, qui devient l'esclave d’'Omphale. è

Miss à

sacrées de Babylone ; Anounit comme « l'étoile du fleuve Tigre‘ », comme la planète Vénus en tant qu’associée conjugalement au Soleil; enfin Goula (nom accadien qui signifie la grande) comme lune, et Allat (l’’Aïucra d'Hérodote) comme déesse chthonienne et funèbre, reine des enfers. Tout en tendant à se confondre les unes avec les autres avec une facilité singulière, quelques-unes de ces formes prennent un caractère de personnalité plus distinct, et nous allons les rencontrer avec des places spéciales dans la hiérarchie systématique du panthéon. ;

Après la première triade, représentant la genèse du monde matériel, émané de la substance de l’être divin, la série des émanations se continuait et produisait une seconde triade, dont les personnages, abandonnant désormais le caractère général et indéterminé de ceux de la première, prenaient une physionomie décidément sidérale et “représentaient des corps célestes déterminés, ceux dans lesquels les Chaldéo-Babyloniens voyaient les manifestations extérieures les plus éclatantes de la divinité. C'étaient, pour les citer dans leur ordre hiérarchique : Sin (en accadien Akoû et Eni-zouna, « le seigneur de l'accroissement périodique »), le dieu-lune, fils de Bel, surnommé Nannar « le lumineux », épithète que l’on fait correspondre à laccadien Ourou-ki « celui qui protége, qui couve la terre » ; Bin, appelé aussi Raman (le Rimmon de la Syrie) et en accadien Mermer, le dieu de l’atmosphère et de ses phénomènes, des vents, de la pluie et du tonnerre, fils d’Anou; enfin Samas (en accadien Outou), le Soleil, « arbitre du ciel», fils de Sin. Dans les idées chaldéo-baby- Joniennes, la lune primait de beaucoup le soleil, et le dieu Sin était le type de la royauté. | | | |

Ce sont là les trois triades, « composées chacune de père ou premier principe, de puissance et d'intelligence,» pater, potentia et mens, que les philosophes de l’école néo-platonicienne, très-exactement informés des religions asiatiques, attestent avoir été regardées par les Chaldéens comme émanées de l’Un et Bon, unum et bonum, et avoir constitué la base fondamentale de leur religion. De plus, comme les Chaldéo-Babyloniens, aussi bien que les peuples syro-phéniciens, n’ont jamais admis un dieu sans dédoublement de sa substance en principe mâle et femelle, chacun de ceux de la triade des principaux

4. Il est curieux de rapprocher de ce titre le récit, conservé par Hygin, sur l’œuf tombé du ciel dans le fleuve, couvé par les colombes, et d’où sort Vénus.

40 des

corps célestes est assisté de son épouse, Pour Sin, c’est la « Dame

grande », dont nous ne savons pas encore lire phonétiquement le nom avec certitude en assyrien (en accadien il était Nin-Gal); pour Samas, la déesse Goula, triforme en sa qualité de personnification lunaire et quelquefois remplacée par un groupe de trois épouses égales entre elles : Ai, Goula ‘ et Anounit; enfin la compagne de Bin est Sala.

L'échelle descendante des émanations et de la hiérarchie suprême du panthéon, place ensuite les deux des cinq planètes : Adar (Saturne), dont les attributs sont ceux d'un véritable Hercule, Maroudouk (Jupiter), Nergal (Mars), dieu de la guerre, du carnage et de la destruction, Istar (Vénus) et Nébo (Mercure), dont le nom sémitique signifie « le prophète? ». Les planètes Vénus et Mercure ayant chacune deux apparitions, au soir et au matin, on admit une double Istar, et on divisa Nébo en deux personnages, Nébo et Nouzkou. Dans les récits mythologiques de la Chaldée, les deux Istar sont, l'une fille de Anou et l’autre fille de Sin; dans le culte de l’Assyrie, c’est Istar d’Arbèles et Istar de Ninive, l’une guerrière et l’autre voluptueuse, déesses des deux quinzaines du mois. Quant aux deux personnages issus du dédoublement du dieu de la planète Mercure, Nébo estplus spécialement le dieu de la scienceet des lettres, Nouzkou le ministre et le messager de Bel. Ceux des dieux planétaires qui sont considérés comme mâles, Istar étant une déesse, onttous à côté d’eux la parèdre féminine qui les complète par son union conjugale : Zarpanit pour Maroudouk, Laz pour Nergal et Tasmit pour Nébo ; quant à Adar, on le représente comme étant à la fois fils et époux de la grande Belit. Istar, de son côté, possède un époux mystérieux, Doumouzi ou Doùûzi (Tammouz), enlevé, florissant de jeunesse, à sa passion et qu’elle va rechercher jusqu’au fond du « Pays sans retour » où descendent les morts, ce qui ne l’empêche pas d’avoir beaucoup d’autres amours, sur lesquelles la légende mythologique se donne carrière en fait de détails scandaleux. Ces dieux des planètes ne sont, du reste, — et ce point de vue est très-nettement indiqué dans un

1. Ces deux déesses conservent d’antiques noms accadiens, auxquels ne se sont jamais substitués d’équivalents sémitiques ; le premier veut dire « lune », le second « grande ».

9. Les noms accadiens de ces dieux planétaires sont : Nin-dara (le Seigneur de la génération), Amar-outouki (la Splendeur du soleil), Ne-ourougal (le Maitre du tombeau), Soukous (la Flamboyante) et Ak (l'Agissant). La lecture de ce deriner est encore douteuse. ee

e ENREU TE

RÉ e

grand nombre de passages, — que des formes, des manifestations secondes des dieux de l’ordre supérieur, Adar-Samdan, répondant à Anou, Maroudouk à Bel, Nébo à Éa, Istar à Belit ; la relation de Nergal est moins claire.

Avec ces personnages planétaires se clôt la série des douze grands dieux qui constituaient le véritable Olympe chaldéo-babylonien, l’ordre supérieur de la hiérarchie divine, ceux que Diodore de Sicile, en exposant très-exactement le système astronomico-théologique des Chaldéens, appelle « maîtres » ou « seigneurs des dieux,» el qu'il dit avoir présidé aux douze mois de l’année et aux douze signes du zodiaque. Les douze grands dieux sont énumérés dans l’ordre suivant sur plusieurs monuments, comme le monolithe d’Assournazirpal et l’obélisque de Salmanassar à Nimroud :

1 Anou, roi des archanges célestes et terrestres, roi du monde; 2 Bel, père des dieux, créateur ; 3 Éa, roi de l’Océan, qui établit les destinées, roi de la sagesse et de la science ; & Sin, seigneur des couronnes, le plus élevé en éclat; 5 Bin, le guerrier, seigneur des canaux fertilisateurs ; 6 Samas, juge du ciel et de la terre ; 7 Maroudouk, maître des sentences parmi les dieux, seigneur de la naissance ; 8 Adar-Samdan, le puissant, le guerrier parmi les dieux guerriers, destructeur des méchants ; | 9 Nergal, le géant, roi des batailles ; 10 Nébo, qui porte le sceptre suprême ; 11 Belit, épouse de Bel, mère des grands dieux ; 12 Istar, l’aïînée du ciel et de la terre, qui exalte la face des guerriers!.

1. Les calendriers en écriture cunéiforme, conservés au Musée britannique, donnent d’autres dieux pour les douze mois :

4 Nisan (mars-avril), — Anou et Bel.

2 Air (avril-mai)., — Éa, seigneur de l'humanité. 3 Sivan (mai-juin). — Sin, fils aîné de Bel.

& Douz (juin-juillet}. — Adar le guerrier.

5 Ab (juillet-août). — Allat, dame de la baguette magique. 6 Ouloul (août-septembre). — Istar, dame des batailles. 7 Tasrit (septembre-octobre). — Samas, héros du monde. 8 Arakhsamna (octobre-novembre).— Maroudouk, maître des sentences parmi les dieux.

9 Kisiliv (novembre-décembre). — Nergal, le grand guerrier. 10 Tebit (décembre-janvier), — Papsoukoul, le serviteur de Anou et Anat. . 11 Sabat (janvier-février). — Bin, capitaine du ciel et de la terre.

Lule LR

Le rang assigné à Maroudouk (le Mérodach de la Bible), parmi les douze grands dieux, change quelquefois. Dans plusieurs monuments, au lieu de venir le septième, il est le cinquième, précédant Bin et Samas. Ceci tient au rôle qui, à partir d’une certaine époque, lui a été assigné dans la création. Il est le second démiurge ou ouvrier divin, le créateur du monde terrestre, et devient ainsi Bel-Maroudouk, un second Bel, dont le premier, celui de la triade supérieure, est distingué comme Bel labir (en accadien £lim uara) « Bel l’ancien, » expression identique à celle de BoAaîñv, que les écrivains grecs signalent chez plusieurs populations de la Syrie.

Grâce à la découverte des fragments des récits cosmogoniques par George Smith, on peut déjà se faire une idée suffisante de la Genèse des Chaldéo-Babyloniens, parallèle à la Genèse biblique et offrant avec elle les plus remarquables analogies. Dans cette conception, la création du monde était aussi l’œuvre des sept jours; mais au lieu d’être celle d’Elohim, seul dieu, seul maître, chacun des dieux primordiaux y avait successivement sa part. C’est Sar qui séparait le ciel et la terre et créait le firmament (asar) ; la formation et l’établissement des grands luminaires célestes, au quatrième jour, était l’œuvre de Bel et de Éa. En qualité de second démiurge, Maroudouk, agent de son père Éa, et obéissant à ses ordres, était l’ordonnateur de la création terrestre, produisant les êtres vivants et en particulier les hommes.

Ceux-ci sont considérés comme sortis des mains de leur créateur dans un état d’innocence et de pureté absolue. Éa, le maître de la

sagesse, leur porte un intérêt tout particulier. De même que c’est lui

qui veille au bon ordre de la nature entière et répare le mal que produisent les démons, il s’est fait le législateur des hommes. C’est sûrement lui qu’il faut reconnaitre dans l'Oès d’Helladius, l’Oannès de Bérose et l'Éahanès d'Hygin (£a-khan « Éa le poisson, » en accadien),

42 Adar (février-mars). — Les dieux Cinq et Deux (Rens des planètes, analogues aux Cabires de la Phénicic).

13 Second adar intercalaire. — Assur, père des dieux.

La mention de ce dernier dieu constitue une addition assyrienne à l’ancienne liste babylonienne ; aussi, malgré le rang suprême d’Assur, n’a-t-on trouvé à lui donner que le mois intercalaire.

D NN Pa EN

le dieu qui s'est manifesté, sortant chaque jour de la mer Érythrée sous une forme moitié homme et moitié poisson, et a révélé aux premiers hommes les livres sacrés où sont contenus les principes des lois religieuses et civiles, leur faisant connaître aussi les noms des dieux et les mystères de la naissance de l’univers.

Mais Tiamat, la source encore confuse d’où toutes choses sont sorties, jalouse des dieux issus d'elle, qui ont organisé l’univers et mis fin au chaos où elle régnait seule, se déclare leur ennemie. Elle tente les hommes et les induit à désobéir aux préceptes de Éa. Le péché est ainsi introduit pour la première fois dans le monde. Il faut faire cesser ce désordre, et, pour réduire à l'impuissance Tiamat, il s'engage une grande lutte entre les deux mondes du ciel et des enfers, de la lumière et des ténèbres, qui est comme la gigantomachie des traditions chaldéennes. Dans cette lutte, Maroudouk, süscité par son père, est le champion des dieux. Ceux-ci l’arment de la foudre et de la harpé, et à la tête des légions des anges, il va combattre Tiamat, suivie de l’armée des démons et des êtres monstrueux nés dans le chaos.

Tiamat est vaincue et rejetée dans l’abîme inférieur.

Tel est, dans une brève analyse, le récit des tablettes provenant de la bibliothèque palatine de Ninive et copiées sur celles qui se conser-

vaient depuis plusieurs siècles à Érech.

Bérose nous donne.un récit assez différent, bien que rentrant dans les mêmes données fondamentales ; c'était celui de l’école sacerdotale de Babylone et de Borsippa. La lutte contre Tiamat s’y confond avec l'œuvre même de la création; elle en devient le mode. Surtout le rôle de tous les autres dieux s’efface devant celui de Bel-Maroudouk, qui devient le seul démiurge.

« Tout étant encore mêlé et en chaos, Bélos (Bel-Maroudouk) survint et coupa en deux la femme Omoroca (Oum-Ourouk) ou Thavath (Tiamat); de la moitié inférieure de son corps il fit la terre, et de la moitié supérieure le ciel, et tous les êtres qui étaient en elle disparurent. Bélos, alors, se trancha sa propre tête, et les autres dieux ayant pétrile sang qui en coulait avec la terre, formèrent les hommes, qui pour cela sont doués d'intelligence et participent de la pensée divine.

« C’est ainsi que Bélos, que les Grecs expliquent par Zeus, ayant divisé les ténèbres, sépara le ciel et la terre et ordonna le monde, et

tous les êtres animés qui ne pouvaient pas supporter l’action de la

lumière périren ‘. Bélos, voyant que la terre était déserte, quoique fertile, commanda à l’un des dieux de lui couper la tête, et pétrissant le sang qui coulait avec la terre, il façonna les hommes ainsi que les animaux qui peuvent vivre au contact de l’air. Ensuite Bélos forma aussi les étoiles, le soleil, la lune et les cinq planètes. »

C'est cette version du récit de la création qui était représentée dans les peintures du sanctuaire de Maroudouk à la pyramide de Babylone. Elle porte une empreinte toute locale. Maroudouk était le dieu spécial de Babylone; c’est dans cette ville que l’on tendit à lui donner une importance prééminente; c’est là que Bel-Maroudouk relégua l’ancien Bel sur le second plan, se substituant complétement à lui dans ses attributions et dans ses titres. Même du temps de Nabuchodonosor et des autres rois du dernier empire chaldéen, on va encore plus loin; on en fait un deus exsuperantissimus, placé en tête du panthéon et supérieur à tous les autres dieux, ce que les Assyriens avaient déjà fait de leur Assur. La narration d'Érech restreint son rôle et ne lui donne pas la même importance que celle de Babylone ; il n’y est qu’un démiurge secondaire, inférieur aux trois dieux suprèmes et agissant uniquement d'après les ordres de son père Éa. Mais, même réduite à ces limites, l'attribution d’un rôle créateur à Maroudouk n’est probablement pas une nolion d’un caractère réellement primitif. Il y a de très-

4, Dans un fragment copié à Cutha par les scribes d’Assourbanipal, nous avons les restes d’un récit qui se rapproche davantage que celui d'Érech des données de Bérose. Il y est question des:

« Hommes aux corps d'oiseaux du désert, êtres humains « avec des faces de corbeaux,

« que les grands dieux avaient créés,

« et pour qui ils avaient créé une-habitation sur la terre. « Tiamat leur avait donné leur force,

« la dame des dieux avait suscité leur vic;

« au milieu de la terre ils avaient pris naissance et grandi «et s'étaient multipliés en nombre. »

Ces êtres sont décrits comme « buvant Les eaux troubles (du chaos) et incapables de boire une eau pure. » Quand la lumière du soleil brille pour la première fois à leur regard, l’astre éclatant

« avec la flamme, son arme, poursuivit ces hommes, « les atteignit et les détruisit.»

On raconte ensuite qu'il y avait six mille de ces êtres monstrueux, moitié honimes et moitié animaux, qui ne purent supporter la force de la lumière, et qu'ils étaient gouvernés par sept rois, dont la tablette donnait les noms, malheureusement détruits en grande partie.

Re omriqnn Eee re

RS re. LES

SR CS je |

= ah £ RE ee PAT de RTL NOR EE

nn =T

ne k

RE

Page 1