‹ Les dieux de Babylone et de l'AssyrieChapitre 4 sur 8 · RER HAE · texte numérisé non relu

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sérieuses raisons de croire qu’elle a été due au développement, relativement assez tardif, de l'importance religieuse et politique de Babylone, développement qui eut lieu seulement de vingt à seize siècles environ avant l'ère chrétienne, dans la même période historique que la fixation des livres sacrés, et qui par conséquent dut exercer une certaine influence sur leur rédaction définitive. C’est alors que Maroudouk, dieu jusque-là tout local et très-secondaire, fut assimilé à l'accadien Silik-moulou-khi (celui qui dispose le bien pour les hommes), le dieu médiateur, le fils aîné et l’agent constant de Ea, qui joue un rôle si considérable dans les livres magiques en langue accadienne. C’est bien manifestement Silik-moulou-khi qui était le second démiurge dans les plus anciennes rédactions des livres cosmogoniques. Mais jamais le texte primitif accadien des livres religieux ou magiques, non plus que les inscriptions les plus anciennes, n'établissent d’assimilation et de confusion entre Silik-moulou-khi et Amar-outouki, dont le nom accadien a produit la forme Maroudouk des documents sémitiques; l’assimilation n'apparaît que dans les versions assyriennes, notablement postérieures au texte accadien. Il y a plus, si Maroudouk avait été déjà considéré comme un dieu démiurge et médiateur constant à l’époque de l'établissement de la hiérarchie du panthéon, il est évident qu’on lui aurait donné un rang plus élevé que celui qui l’a placé parmi les cinq dieux planétaires. C’est donc postérieurement à l’établissement de cette hiérarchie qu’on l’a identifié avec l’ancien Silikmoulou-khi des Sumers et des Accads, si analogue au Mithra du mazdéisme, et qu’on lui en a donné ie rôle cosmogonique et les attributions.

Les douze grands dieux sont ceux qui, presque seuls, sont nommés dans les inscriptions comme étant l’objet d’un culte publie, officiel et général dans tout le pays, et dont les appellations entrent dans la composition de la plupart des noms propres constituant l'onomastique assyrienne; mais, au-dessous de ces grands dieux, la théologie et la mythologie de Babylone et de l'Assyrie

admettaient des légions de di minores, représentant des ordres

inférieurs d’émanation, qui paraissent, du reste, n’avoir jamais été distribués aussi régulièrement que ceux du sommet de la hiérarchie; il y avait là tout un peuple qui resta toujours assez confus et en

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grande partie relégué dans les cultes locaux. Ce sont des divinités mineures de ce genre que le récit cosmogonique de Bérose introduit aux côtés de Bel-Maroudouk, exécutant ses ordres et l’aidant dans son œuvre de démiurge. Les tablettes mythologiques et astrologiques fournissent un grand nombre de noms divins qu’il faut rapporter à cette classe. On doit surtout étudier-à ce point de vue celles qui contiennent des généalogies de dieux, et encore plus le précieux fragment d’un texte où étaient énumérées, temple par temple, les divinités synthrones des grands dieux dans les principaux sanctuaires de la Babylonie et de l'Assyrie.

Sans doute, beaucoup de noms fournis par ces documents, comme ceux des personnages séparés, se retrouvent sur les autres tablettes mythologiques, en tant que qualifications des grands dieux. Le culte populaire leur donnait seul une existence distincte, tandis que dans le système général et scientifique de la religion ils n'étaient considérés que comme des formes diverses d’une même divinité. Mais il est aussi quelques-uns des di minores qui furent toujours à titre de personnages d’un caractère nettement individuel, ayant un rôle d’une certaine importance. Tels sont Bil-gi ou Gibil, le feu personnifié, qui n'avait peut-être pas de nom assyrien sémitique et que l’on serait en droit de retrouver, transplanté en Syrie, dans l’Ela-Gabal d'Émèse, dont l’empereur romain Elagabale, nommé d’après lui, était pontife; Oungal-tourda, dont l’appellation (signifiant « le roi puissant ») parait s'être traduite en assyrien sous la forme Sarrou-ikdou, et dont un curieux fragment raconte Ja métamorphose en oiseau‘; Serakh,

4. Le dieu Oungal-tourda [s’en alla] vers la montagne, dans un lieu reculé,

« dans la montagne de Sabou fil alla.

« Sa mère ne l’habitait pas et ne...;

« son père ne l’habitait pas et avec lui n’ [y alla pas.

« Le prix de sa connaissance il ne... pas, ;

« lui qui la volonté de son cœur, la volonté ne... pas.

« Dans son propre cœur il [prit] une résolution,

« de changer en oiseau sa figure ;

« de changer en oiseau des tempêtes sa figure; a

« de prendre une épouse ..;

« l'épouse de l'oiseau des tempêtes, Le fils de l'oiseau des tempêtes,

« de les faire résider en sa compagnie. »

Les versets suivants, où il est question de la déesse qui devient sa compagne après sa métamorphose, présentent encore des obscurités trop grandes pour que j'ose en tenter une traduction suivie. |

L'oiseau des tempêtes, dont Oungal-tourda prend la forme, est appelé dans la version assyrienne «le divin Zä»; ce z4 est décrit ailleurs comme un oiseau de

proie gigantesque et d'une force prodigieuse, pareille au rok des légendes arabes. :

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appelé aussi Nirba, le dieu des récoltes et des greniers; Manou le grand, qui préside au sort ainsi que la déesse Mamit; Dibbara (nom d’origine accadienne), le dieu qui répand les épidémies et dont un récit, dont les fragments ont été découverts par Smith, décrivait les ravages, les courses errantes à travers le monde, précédé de son ministre Isou, le feu de la fièvre; Laban, le dieu qui préside à la lèpre; Martou, l'Occident, fils d’Anou; Asmoun, Samila et beaucoup d’autres dont l’énumération serait trop longue. À côté de ceux qui tiennent un rang dans les plus hautes classes de la hiérarchie divine, on donne aux trois dieux supérieurs eux-mêmes des fils nombreux qui ne s'élèvent pas au-dessus de la condition la plus obscure entre les dieux: tels sont les neuf fils d'Anou, Oungal-zinna”, Latarat, Ab-goula, Egou, Mout-gourra, Kousou, Siroukou, Anounki *, Asiski, et six fils de Éa, Doumouzi-abzou’, Ki. .la, Nera, Barra, Barra-goula, Bournounta-sà. On remarquera que tous ces personnages ont des noms accadiens, que l’on n’a pas traduits par des équivalents assyriens. C’est que dans la tourbe confuse des di? minores on relègue les antiques dieux de l’âge purement accadien, dont le culte est complétement tombé en désuétude par la suite, mais dont beaucoup continuent à être mentionnés dans les livres magiques conservés traditionnellement; ils y sont comme les épaves d’une autre phase religieuse, que nous n'avons pas ici à tenter de reconstituer.

D’autres sont des dieux locaux, de fleuves ou de villes, dont l’adoration n’est jamais devenue générale dans le pays et auxquels, dans le travail de classement définitif du panthéon, l’on n’a pas assigné une place plus élevée. Souboulal, le dieu de l’Euphrate, Sarrakh de Kis, Kanisourra de Cutha. Quelques-uns de ceux-ci ont même une origine étrangère, et c’est ainsi que dans les provinces orientales, le long de la frontière d'Elam, nous voyons adorer certains dieux empruntés à ce pays, tels que Lagouda à Kisik, Lagamal ou Lagamar“ à Sourippak, et, dans d’autres localités, Sousinka et Armannou, le même que Oumman, le grand dieu de Suse.

Comme les rois sur la terre, les grands dieux, dans l'Olympe

1. Le roi du désert. Tous ces noms sont accadiens, mais on ne peut encore en traduire que quelques-uns.

2, L’Archange de la terre.

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