‹ Les dieux en voyageChapitre 140 sur 162 · SCÈNE LXXXIX · texte numérisé non relu

SCÈNE LXXXIX

HERCULE

Tiens, encore par ici, mon vieil Atlas ?

ATLAS

L'habitude d'être avec toi. Je cherche une idée en me promenant au soleil.

HERCULE

J'attends mon prochain fardeau, à l'ombre. Mes bras s'offensent du repos.

ATLAS

Le sang coule de ta main.

HERCULE

Bah ! des égratignurcs : — je viens de relever un omnibus renversé.

ATLAS

Rempli ou vide?

Bondé de grosses commères qui m'ont étouffé sous leurs embrassades. Des sergents de ville voulaient prendre mon nom pour me présenter candidat au brevet de sauvetage. Hercule médaillé! — crois-tu cela? La conscience réclamant une prime — y penses-tu? J'ai ri de bon cœur. Le devoir, le talent ne se traduisent plus, chez nous, qu'en petits jetons — c'est la menue monnaie de la morale en action.

UN MONSIEUR (air obséquieux)

J'ai bien l'honneur de vous saluer ; je suis gantier, monsieur, pour vous servir

HERCULE

Je ne vais point en soirée, l'ami.

LE MONSIEUR

Vous pourriez me rendre un grand service. Je finis de monter un magasin dans le plus beau quartier de Paris — rue Vivienne, monsieur. Une idée magnifique m'est venue. Je me suis dit : si j'avais la main d'un géant, une main modèle, par exemple, je m'en servirais pour enseigne, avec ce titre en lettres rouges : A la main d'Hercule. La vôtre me convient. Je connais un mouleur qui fera l'affaire à bon compte. Vous aurez cent sous pour votre peine.

HERCULE (avec un bâillement)

Je veux bien — mais à une condition : allez trouver tous les sculpteurs de Paris, mon brave homme, — tous ceux qui ont la spécialité du grec — et demandez-leur si Phidias est parmi eux ; dans ce cas, amenez-le, nous nous entendrons.

ATLAS

Au plus juste prix.

LE MONSIEUR

Je vais m'en informer. Vous dites, monsieur Phi... Phi

ATLAS

Phidias.

LE MONSIEUR

J'inscris son nom... Fi...diasse... sur mon carnet. A bientôt. (11 s'éloigne.)

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