SCÈNE XCI
TROISIÈME MONSIEUR (air excentrique)
Vous êtes monsieur Hercule ?
HERCULE
Je suis Hercule.
TROISIÈME MONSIEUR
Le nom n'est pas mal donné ; à bon droit vous pouvez passer pour un colosse des plus complets. Sept pieds bonne mesure — je vois cela au
coup d'œil. Je suis le propriétaire du Moka monumental !... un café qui est en droit de compter sur le plus brillant avenir... J'ai déjà huit musiciens et dix chanteurs pour mon théâtre. Il me faudrait un géant un peu dégourdi. Savez-vous lire ?
HERCULE
Dans les astres.
TROISIÈME MONSIEUR
Belle science. Vous avez de la mémoire, sans doute ?
HERCULE
J'ai meilleur appétit.
TROISIÈME MONSIEUR
Diable ! — il faudrait apprendre des fables et les réciter pendant l'entr'aetc pour amuser le public. Combien voulez-vous, mon gros ? Je suis prêt à signer un engagement pour trois ans, pour six ans! On vous donnera un costume de sauvage, et vous paraîtrez brandissant votre massue sur la téte du premier comique que j'ai choisi tout exprès petit — un farceur de trente pouces. La consommation est en sus du marché.
HERCULE
Je suis un pensionnaire assez intraitable, n'aimant pas la musique médiocre. Un instrument mal dirigé m'agace aussi cruellement les nerfs qu'un sot irréfléchi. Quel cas faites-vous de la ruse ?
TROISIÈME MONSIEUR
Etre roué, monsieur — mais c'esl précieux pour le commerce. A Paris, L'homme simple risque de voyager plus souvent en omnibus qu'en landau.
HERCULE
Me prenez-vous pour un mendiant ?
TROISIÈME MONSIEUR
Singulière idée.
HERCULE
Que faites-vous donc là, devant moi, stupide messager qui confondez un homme avec un singe aux grimaces amusantes. Vous n'avez pas besoin d'Hercule, à moins que vous ne soyez vous-même Augias !...
TROISIÈM E MONSIEUR Voilà un joli toqué — détalons, (n s'éloigne en gesticulant.)