SCÈNE VI
LE CARILLONNEUR (il vient au bon Dieu)
Monsieur — hé, monsieur, montez-vous aux tours ?
LE BON DIEU
Pour quoi faire ?
LE CARILLONNEUR
Pour voir la ville.
LE BON DIEU
Je viens, ici, recueillir mon âme.
LE CARILLONNEUR
Vous verriez quelque chose de beau : l'escalier est en pierre de taille — deux cents marches, monsieur ! le bourdon nous attire beaucoup de visiteurs : six personnes peuvent danser dessous.
LE BON DIEU
Où sont mes compagnons d'ascension ?
LE CARILLONNEUR
Tenez, monsieur, eCOUtez-les. (chœur de voix avinées.)
Madame à sa tour monte, Mironton, ton, ton, mirontaine...
LE BON DIEU
Voilà une sainte occupation I il est vrai qu'une fois au sommet du monument, on se trouve rapproché de Dieu mieux en état de vous entendre. Combien fais-tu payer pour une telle faveur — l'ascension, le bruit et la vue de cette ville qui sut élever un si beau temple à son Dieu, refuge pour les oisifs amateurs d'ombre pendant les heures de grand soleil ?
LE CARILLONNE UR
Cela dépend de la générosité des personnes.
LE BON DIEU
Tu mérites bien d'être payé en monnaie de bâton, drôle, pour tenir boutique ouverte de dissipation!
(Le carillonneur se sent frappé sur les épaules adossé contre le mur, il ne peut ni bouger, ni se plaindre, et reste dans cette posture de cariatide rossée.)