TROISIÈME MAQUIGNON
Tant pis — ils sont beaux, (n s'éloigne.)
PREMIER MAQUIGNON
Le berger n'a pas l'air malin. Tâchons de le blouser, (n s'approche.) Ho, l'ami — combien les moutons?.. L'ami, holà, hé! l'homme à la cape...
PAN
Que voulez-vous, braves gens ? de quoi que je puis vous être agréable ?
PREMIER MAQUIGNON
Combien les moutons ?
PAN
Les moutons ?... Regardez-les ben auparavant : ce sont de bonnes bêtes.
PREMIER MAQUIGNON
Combien ?
PAN
C'est un vrai plaisir de les voir gambader l'un d'sus l'autre, en veux-tu, en voilà — que les chèvres ne sont pas plus lestes.
PREMIER MAQUIGNON
Combien les moutons ?
PAN
Mon bon monsieur, c'est selon la qualité d'un chacun. Il y a figue et figue. Ah ! les bons moutons — il en a fallu des soins et des soins pour les élever ; l'herbe est chère, la bonne herbe bien fine, bien douce, le petit maïs blanc pour les engraisser. Le loup ne restait pas au bois quand il les savait dans la plaine. Ça me fend le cœur d'ies voir ici, les pauvres moutons. Il faudra quitter le bon maître... Touchez la laine — c'est plus tin que des cheveux de demoiselle.
DEUXIÈME MAQUIGNON
Quel innocent.
PREMIER MAQUIGNON
Voulez-vous les vendre, oui ou non ? Combien les moutons ?
PAN
Il le faut ben — sans ça, la cabane s'écroule et le champ demeure en chardons. La cape se fait vieille aussi ; l'hiver sci a rude si j'en crois les corbeaux qui rôdent déjà dans les prés à la tombée de la rosée. Les gens comme vous n'ont point souci de tout cela.
PREMIER MAQUIGNON
Vous vous moquez de nous, pleurnicheur. Combien voulez-vous du troupeau ?
PAN
Le troupeau ? — à ma convenance — dix écus par tète.
PREMIER MAQUIGNON
Va-t-en au diable, renard ensorcelé, (ils B'éloignent.)
PAN (do loin)
Vas-y toi, filou. Tu n'es encore qu'un demi-grec, imbécile !