‹ Les dieux en voyageChapitre 85 sur 162 · SCÈNE XLVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XLVI

JUPITER (qui vient d'arrêter Cupidon)

Ah ! mon fils, mon bien-aimé Cupidon, charmant enfant !

CUPIDON

Mes amis, mes chers dieux, combien j'aimerais vous embrasser dans un autre endroit plus favorable à la vérité des affections !

JUPITER

Il y a si longtemps que je ne t'ai pressé dans mes bras, mon adoré î

CUPIDON

Chaste Diane î oh ! Junon! et vous, Minerve! — tant de visages aimés !.... Eloignons-nous un peu. C'est ici la région des cafés et des désœuvrés. Brave Vulcain, tu boîtes toujours?

MOMUS

Par humilité chrétienne.

Satirique Momus, épargne-moi. Capitaine Neptune, — ô Neptune, tune, tune.,. C'est une rengaine que je prépare pour les masses, — salut à votre fortune. Bacchus, une accolade mon vieux ; le vin est aujourd'hui le régisseur de l'amour.

JUPITER

Ta figure nous sourit la première dans cette grande ville grise, si digne de continuer Athènes : — favorable présage ! Comment le sort te traitet il ?

CUPIDON

A la façon des heureux. Je suis libre, oisif comme toute l'armée mondaine pourvue de vices agréables ou d'héritages, — envié, caressé, choyé. Le siècle actuel est le mien : il porte mon estampille dorée. Mon temps se partage entre la paresse, la corruption et les plaisirs. Je fais bien aussi quelques petits chiffres, mais sans importance, et seulement pour maintenir mes fonds à leur précieux niveau.

MOMUS

Ce sont là des occupations de vieillard.

CUPIDON

L'amour n'est-il pas vieux comme le inonde ?

MOMUS

Aucune ride à la surface — le cœur les retient toutes.

CUPIDON

A quoi le devines-tu 1

MOMUS

A tes paroles qui bégaient. Vieillard juvénile, tu dissimules savamment tes infirmités.

Par l'équateur ! ai-je la boussole dans les yeux — ce jeune homme pâle, qui vient à nous...

JUPITER

C'est Protée !

NEPTUNE

C'est mon fils! Dans mes bras, dans mes bras !

Page 1