‹ Les dieux en voyageChapitre 86 sur 162 · SCÈNE XLV11I · texte numérisé non relu

SCÈNE XLV11I

PROTÉE (voix de théâtre)

Juste ciel ! — la scène de Beaumarchais : < Voilà ton père, Figaro » Racine a dit :

Oui, puisque je retrouve un... père si fidèle, Ma fortune va prendre uni' face nouvelle.

Jamais surprise scénique ne valut ce bonheur impie vu. Embrassons^ nousFolleville.» Le monde sera toujours la plus burlesque rampe, (il chante)

Enfin j'arrive dans eelte ville immense...

MERCURE

Quelle est ta vie ?

PROTÉE

Celle des autres : — aujourd'hui roi, demain mendiant, tour à tour honnête homme et fripon, riant ou pleurant sans motif personnel, esclave soumis aux émotions qui tiennent l'homme en haleine, riche d'un or menteur, pauvre d'une besace étrangère, modeste sans raison, fier sans nécessité, blessé d'une humiliation apparente, enivré d une gloire fausse, perpétuel martyr d'un mensonge, drapant mon néant de pourpre ou de bure illusoire, trompant mes larmes, parodiant mes affections, passif écho de la destinée — l'homme du clou — en un mot, acteur !

Félicite-toi d'assister indifférent à la bataille féroce des choses ; le plus adroit y est frappé.

VULCAIN

Où courais -tu si vite ?

PROTÉE

Au grand palais de mes métamorphoses. Le voilà devant vous.

JUPITER

L'architecture en est vile.

MOMUS

Et la matière dégradante — temple de plâtre édifié pour un jour. Le caractère moderne se lit couramment dans ces profils qu'une main servile a comme découpés dans le carton.

PROTÉE

Venez avec moi. (a. Jupiter) Vous verrez des dames... Histoire de rire un brin jusqu'au bitter du crépuscule — le mineur de l'estomac, comme dit mon camarade Saint-Ernest. Il y a curiosité et profit pour l'esprit à sonder nos arcanes. « Tu veux être saltimbanque!.... »

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