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III. — PÉRIODE DES TEMPS MODERNES

Descartes (1596-1650), avec les idées les plus fausses sur la structure du cerveau, a plus fait pour la théorie des sensations, des passions et de l'intelligence que les anatomistes et physiologistes les plus exacts. C’est lui qui comprit que, la quantité de matière et de mouvement demeurant invariable dans le monde, l’âme ne peut que déterminer la direction des mouvements, sans augmenter ni diminuer la somme de ceux-ci ; c’est lui qui, des lois mécaniques du choc et de la pression, a cherché à déduire non seulement les mouvements de l’univers, mais encore ceux des plantes et des animaux ; c’est lui qui, toujours fidèle à l’interprétation mécanique des rapports des choses, la seule que la science puisse concevoir, a ramené l’origine et l'association des idées aux changements matériels que souffre le cerveau consécutivement aux affections des sens, qui reconnut l’acte élémentaire, primordial, simple, du système nerveux central, l’action réflexe, et distingua ce mouvement des autres. « La science moderne a prouvé ce que Descartes avait pressenti : que les êtres vivants sont de véritables machines disposées de telle sorte qu’elles réagissent suivant des lois immuables aux forces extérieures» (Ch. Richet, Phys. des muscles et des nerfs, 898), non point sans doute machines insensibles, mais sensibles et conscientes à des degrés divers. « L'erreur de Descartes, dit M. J. Soury, a été de tirer l’homme de la foule innombrable des êtres ; que les processus psychiques soient inconscients ou conscients, ils n’en sont pas moins toujours des actes réflexes ou automatiques, auxquels la conscience n’ajoute rien quand elle existe. »

Descartes, d'accord avec presque tous les philosophes et médecins de son temps, pensait que les actions animales (ima-

gination, jugement, mémoire, sensation, mouvement des muscles) n'étaient point les fonctions immédiates du cerveau, maïs qu’elles se faisaient au moyen des esprits animaux engendrés en lui. Seulement il ne croyait pas, contrairement à l'opinion générale, que ces esprits animaux, provenant des esprits vitaux engendrés par le cœur, étaient spécifiquement différents de ceux-ce1.

Selon Descartes, les esprits animaux sont un vent très subtil ou plutôt une flamme très vive et très pure (Hippocrate) possédant une extrême vitesse, qui est donnée par la chaleur du cœur. Ces esprits ne s’engendrent pas dans les ventricules ; ils s’élaborent des parties les plus subtiles du sang artériel s’écoulant des plus fines parties des artérioles des plexus choroïdes dans la glande pinéale; de cette glande, les esprits se répandent dans les ventricules du cerveau ; ils passent de là dans les pores de sa substance et de ces pores dans les nerfs, où ils ont la force de changer la figure des muscles auxquels s’insèrent ces nerfs, et par suite, de faire mouvoir les membres.

Les esprits animaux ne sont pas spécifiquement distincts des esprits vitaux venus du cœur ; ils n’en sont sous un autre nom, que les parties les plus subtiles.

C’est au cerveau que, pour Descartes, se rapportaient les organes des sens, mais les pessions lui paraissaient avoir le cœur pour organe.

De la glande pinéale. — Quant à la partie du corps en laquelle l’âme exerce immédiatement ses fonctions, ce n’est nullement le cœur, ni tout le cerveau ; c’est seulement la plus intérieure des parties du cerveau, une glande fort petite, située dans le milieu de la substance cérébrale et tellement suspendue au-dessus du conduit par lequellles esprits des cavités

antérieures ont communication avec ceux de la postérieure,

que les moindres mouvements qui sont en elle peuvent beaucoup pour changer le cours des esprits et, réciproquement, que les moindres changements qui arrivent au cours des esprits peuvent beaucoup pour changer les mouvements de la glande. Celle-ci a paru à Descartes être le siège principal de l’âme qui,

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