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ÉVOLUTION À TRAVERS LA SÉRIE DES ÊTRES

nantes. Rappelons ici l'exemple du chien de berger que nous avons précédemment cité dans notre chapitre de psychologie comparée.

Nous verrons en outre que sous l'influence des poisons cérébraux, ils sont soumis aux mêmes images mentales, aux mêmes hallucinations que les êtres humains. La pensée chez les animaux subit donc la même loi que celle qui régit la genèse et l'association des idées chez l’homme; elle est de même nature, mais, comme pour nos frères inférieurs le champ d’élaboration est considérablement diminué, il est de toute évidence que la pensée y sera très médiocre, comparée à celle des grands cerveaux humains.

Comment pouvons-nous concevoir l’organisation de l'idée dans les différents centres du cerveau ?

Nons avons vu dans notre chapitre d'anatomie et de physiologie, qu’il y avait dans cet organe des départements distincts pour des sensations différentes : les lobes occipitaux pour les sensations et les images visuelles ; la première circonvolution temporale pour les sensations auditives ; la circonvolution de l’hippocampe pour le goût, et la partie antérieure de cette même circonvolution pour l’olfaction ; enfin que les images motrices d’articulation avaient pour siège le pied de la troisième circonvolution frontale gauche. Nous avons vu en outre avec Flechsig que les centres de projection sont des centres de sensibilité générale et spéciale qui occupent un tiers seulement de la surface du cerveau : « Ces centres sont affectés par les sensaüons qu'ils perçoivent, ils réagissent par des mouvements d'habitude, adaptés à des fins, coordonnés » (p. 849). — « De chaque sphère sensitive ou sensorielle, rayonnent dans les centres d'association des systèmes d'association, si bien que ces faisceaux, partis des sphères tactiles, visuelles, olfactives, acoustiques, etc., affluent et se rencontrent dans ces centres » (p. 851). À

Nous avons vu de même, comment les excitations externes,

mettant en branle notre système nerveux, se transmettaient au cerveau sous forme d'ondes avec une vitesse, que l’on a essayé de déterminer, pour venir exciter ces différents centres.

Si de ces données d’anatomie et de physiologie nous rapprochons les données des philosophes et des savants sur les idées et l’association des idées, telles que celles :

D’Aristote : « L’être, s’il ne sentait rien, ne pourrait ni rien savoir ni comprendre. — Point de pensées sans images, sans sensations, sans nutrition. »

De Buffon : « L'idée, l’idée concrète au moins, est une collection ou plutôt une association de sensations. »

Et d’Herbert Spencer (Principes de psychologie, t. 1, p. 499) : « Un autre élément d'importance égale entre dans la conception. Ce qui pour notre pensée constitue un corps, c’est ce qui relie d’une manière permanente ces états vifs infiniment variés que nous donne le corps, quand nous changeons par rapport à lui et quand il change par rapport à nous.

« Lorsque, dans l’examen de l'argumentation de Hume, nous recherchions ce qu'il entendait en affirmant l'existence des impressions, et en concluant que les impressions et leurs copies faibles, les idées, sont les choses connues qui existent, nous avons trouvé que les impressions n’ont d'existence que dans un sens tout à fait différent du sens ordinaire. Si nous remarquons comment la quantité innombrable d’impressions différentes que nous apporte un objet duquel nous nous approchons, ou autour duquel nous tournons, changent d’instant en instant, nous voyons que, si un de ces états de conscience vifs, ou un groupe de ces états, doit être regardé comme ce qui existe, l'existence est alors synonyme d’absence de persistance.

« Ici, par contre, nous avons à remarquer que ce qui persiste et ce qui par conséquent doit être dit exister, c’est le nexus de ces apparences toujours changeantes. Je marche autour d’un petit objet ou, s'il est de petite dimension, je le retourne dans ma main ; et des taches de couleur diversement conformées et des autres états de conscience notables qu’il me fournit, pas un ne

reste le même plus d’un instant: chaque tmpression peut passer en une seconde par une vingtaine de phases différentes. Cependant chacune est continue à travers toutes ces métamorphoses, et, chacune garde une certaine continuité dans ses relations changeantes avec ses voisines : toutes changent semblablement et sont semblablement cohérentes. De plus, leur cohésion est telle, qu'après que j'ai fait entièrement le tour de l’objet ou, s’il est de petite dimension, que je l’ai entièrement retourné dans ma main, chaque tache colorée réapparaît à mes yeux et reprend la forme qu’elle avait la première fois aussi bien que les mêmes relations qu’elle soutenait avec les autres taches. Et encore, si je me retire de façon à ce que ce groupe de ‘sensations claires disparaisse complètement et si pendant des années je m’abstiens d'exécuter les mouvements nécessaires opposés pour qu'il réapparaisse dans ma conscience, je ne trouve pas moins qu'au moment où je réexécute ces mouvements, ce groupe se présente avec ses parties essentiellement les mêmes, unies entre elles dans des rapports essentiellement semblables.

« Ainsi donc, parmi tous les changements, il y a quelque chose de permanent. Aucun de ces états notables de ma conscience n'avait de permanence ; et la seule chose qui eüt de la permanence était ce qui n'a jamais été un état notable de ma conscience, ce quelque chose qui maïintenait unis ensemble les états noiables, ou qui les liait en un groupe.»

Dans ces passages d'Herbert Spencer : «Ici, par contre, nous avons à remarquer que ce qui persiste, et ce qui par conséquent doit être dit exister, c’est le nexus de ces apparences toujours changeantes » et : « Ainsi donc, parmi tous les changements, il y a quelque chose de permanent. Aucun de ces états notables de ma conscience n’avait de permanence ; et la seule chose qui eùt de la permanence était ce qui n’a jamais été un état notable de ma conscience, ce quelque chose qui maintenait unis ensemble ces états notables, ou qui les liait en un groupe », nous croyons comprendre qu'il veut parler d’as-. sociations de sensations ; que pour lui, ces associations for-

ment un tout, un agrégat dans notre cerveau ; -organisation qui n’est pas consciente, mais n’en sera pas moins l’idée actuelle où remémorée, suivant que cette organisation, cet agrégat désormais à l’état latent dans le cerveau sera mis en état de réagir, revivifié sous l'influence d’une excitation quelconque. En conformité de cette interprétation, nous dirons que l’idée est lagrégat qui peut rester chez nous à l’état latent, mais peut se manifester à nouveau (mémoire) à la suite d’une excitation et avoir pour nous une manifestation interne, « vision intérieure d’Armand Gautier », ou bien une manifestation externe qui se communique par des signes, des paroles ou des actes.

L'exemple suivant de Gilbert Ballet dans le Langage intérieur (p. 7) va nous servir pour la démonstration du problème ainsi posé :

« Voyons, si l’on veut, comment l’enfant acquiert l’idée de l’objet cloche. La cloche résonne à son oreille. Les vibrations sont transmises par l'intermédiaire du nerf acoustique jusqu’au nerf auditif commun, c’est-à-dire jusqu'aux éléments de l’écorce destinés à percevoir les sons et les bruits. Les cellules constitutives de ce centre sont ébranlées d’une certaine façon, et l’ébranlement, la vibration, sont conservés par les cellules qui sont dès lors fonctionnellement différenciées. Le son de la cloche figurera désormais parmi les dépôts cérébraux, etle dépôt, on le conçoit, sera d'autant plus persistant et durable que les cellules différenciées auront plus souvent perçu les vibrations de la cloche. L'enfant qui a la sensation et le souvenir du son n’a pas encore l’idée de la cloche. L'idée de cet objet suppose en effet l'association de différents souvenirs, de différentes images résultant de plusieurs impressions sensorielles, impression visuelle qui révélera au sujet la forme générale de l’objet, ses reliefs, sa couleur, impression tactile qui servira à préciser la forme et donnera la notion de la consistance de la cloche. Bref, l'enfant n'aura l’idée complète de l’objet cloche que du moment où l'intelligence aura associé les unes aux autres les images auditives, visuelles, tactiles. Ces images diverses, per-

cues simultanément par les divers sens (association de contiguité) sont pour ainsi dire centralisées par l’intellect, et de telle façon que l’image visuelle de la cloche réveillera l’image auditive et réciproquement. »

Disceutons maintenant cette citation ; cela nous permettra de bien nous faire comprendre.

40 M. Gülbert Ballet pense-t-il qu'il faille à l’enfant des sensations de différente nature, visuelles, auditives, tactiles, etc., pour qu'il naisse en son cerveau une idée ? Croitl qu'un aveugle n'ayant jamais eu de sensations tactiles de l’objet cloche, mais en ayant entendu résonner un certain nombre, n'aura pas un certain nombre de résidus auditifs associés et que ce rapport entre ces résidus ne sera pas une idée ?

Pour nous, ce sera une idée qui certes ne sera pas la même que celle des personnes qui sonnent la cloche ou qui l’ont fondue.

L'aveugle, avec son agrégat composé de résidus auditifs, aura, disons-nous, une idée ; pour les autres personnes, ces résidus n'auront fait que s’augmenter de nouvelles sensations de même nature, auditive, ou de nature différente, visuelle, tactile, etc. qui seront venues en s’associant aux premières, les compléter. Mais dans un cas ou dans l’autre, peut-il y avoir « idée complète » ? Non, car cette idée complète n'existe pas. Tous les jours, soit par des procédés nouveaux d'investigation, soit par des constatations nouvelles, nous complétons les résidus antérieurs ; les associations, les rapports, les agrégats, sont donc modifiés ; c’est-à-dire que les idées se complètent ou se désagrégent, acquérant d'un côté ou perdant de l’autre ; aussi ne pouvons-nous jamais dire due nous avons une idée complète d’un objet.

Tandis qu’un ignorant n’aura comme agrégat que deux ou trois résidus associés d’un objet, le savant au contraire aura un agrégat capable de fournir la matière de plusieurs volumes, et cependant, celui-ci proclamera qu'il est des choses, au sujet de cet objet, qu'il ignore, qui lui échappènt à cause du défaut de ses moyens d'investigation.

Supposons un instant un indigène de l'Afrique centrale nouvellemient débarqué à Paris, visitant le musée du Louvre et exarinant la Vénus de Milo ; il n'aura de cette statue que des sensations visuelles, et il n’est guère possible d'affirmer qu'il n’en gärdera pas un certain nombre de souvenirs associés, qu’il n’en aura pas une idée susceptible de se manifester dans la suite, Comme nous lavons dit plus haut, soit par une vision intérieure, soit extérieurement par des paroles ou par des actes.

Ainsi, nous ne pouvons nier, tout d’abord, que des sensations de même nature, associées, ne puissent donner lieu à des résidus associés, à des idées.

2° M. Gilbert Ballet dit : « Du moment où l'intélligence aura associé les unes aux autres les images auditive, visuelle, tactile, ete. ». L'expression « l'intelligence aura associé » est de trop, ét Herbert Spencer l’a fort bien compris quand il a dit : « et la seule chose qui eût de la permanence était ce qui n’a jamais été un état notable de ma conscience — ce quelque chose qui maintenait unis ensemble ces états notables, ou qui les liait en un groupe ». En effet, si nous nous reportons aux centres de projection et centres d’association, nous voyons « qu'ils sont affectés par les sensations qu'ils perçoivent et qu’ils réagissent par des mouvements d'habitude, adaptés à des fins, coordonnés », que « de chaque sphère sensitive ou sensorielle », où sont déjà coordonnés des résidus, «rayonnent dans les centres d'association des systèmes d’association, si bien que ces faisceaux, partis des sphères tactiles, visuelles, olfactives, acoustiques, etc., affluent et se rencontrent dans ces centres ». Ainsi, ces agrégats divers, dispersés dans les différents centres du cerveau, sont reliés, sont associés par des “fibres d'association donnant lieu à des idées plus complètes, plus générales, à des associations d'idées ; maïs, dans tout ceci, l'intelligence n’y est pour rien, et, comme le dit Spencer, ce travail, cette élaboration, cette coordination se fait #nconsciemment. L'intelligence, d’ailleurs, n’est pas une faculté, une

puissance, elle n’est que l’ensemble des phénomènes psychiques, elle ne peut rien diriger, puisqu'elle n’est qu’un résultat.

3° Pour cette raison, nous critiquons aussi ces termes : :« images, pour ainsi dire centralisées par l’intellect... »

Nous partageons l'opinion que tous les agrégats épars dans les différents centres visuels, auditifs, olfactifs, ete..., viennent, par des faisceaux d'association, s’associer dans les centres d'association, si bien « que l’image visuelle de la cloche réveillera l’image auditive et réciproquement ».

Cette façon de comprendre les phénomènes de la pensée nous permettra d'expliquer et de comprendre un cas très curieux, celui de Laura Bridgemann, rapporté par Kussmaul (1) (le Langage intérieur, de G. Ballet, p. 57).

Cette jeune fille, devenue aveugle et sourde à l’âge de deux ans, n’était en possession que du sens du toucher. Extraordinairement intelligente, elle n'était, il est vrai, pas capable d'apprendre la parole vocale ; mais, grâce à la pénétration et à l’activité de son maïtre Howe, elle fut mise en possession du monde de pensées de son entourage par la parole du toucher. Malgré sa grande activité intellectuelle,sa mémoire étonnante, un grand instinct d'imitation et unsens du toucher merveilleusement propre à être cultivé, elle ne s'était pas, dans la maison paternelle, sous les soins de sa mère, plus développée qu’un animal intelligent pour l’éducation duquel on se serait donné beaucoup de peine. Elle différenciait dans la maison paternelle les objets les uns des autres, d’après leur forme, poids et chaleur. Elle imitait les mouvements de sa mère dont elle sentait les mains et les bras, et apprit même à coudre et à tricoter un peu. En peu de mois, son état intellectuel se modifia d'une façon étonnante, grâce à la parole que lui apprit le docteur Howe, auprès duquel elle arriva à l’âge de sept ans Il fit appliquer sur toutes les choses communément usuelles, telles que couteau, fourchette, cuillère, clef, des cartes sur lesquelles le nom de l’objet était écrit en caractères élevés. Laura remarqua que les lignes courbes du mot cuillère étaient aussi différentes des lignes courbes du mot clef que les objets l’étaient eux= mêmes ; alors on lui mit entre les mains des cartes avec les mêmes mots imprimés. Elle remarqua bientôt la similitude des lettres des

(4) Kussmaul, Des Troubles de là parole, trad. française. Paris, 1884, p. 22.

mots appliqués sur les cartes avec celles des noms d’objet, et comme preuve elle mit la carte du mot clef sur la clef et la carte du mot cuillère sur la cuillère. Plus tard on lui donna les lettres isolément et elle les disposa de façon à faire les mots : livre, clef; on les mit en tas, on laissa Laura chercher elle-même les lettres et les réunir sous les mots : livre, clef.

Jusque-là, dit le docteur Howe, l'acte avait été mécanique et le résultat à peu près aussi grand que si l’on apprenaït à un jeune chien intelligent divers tours d’habileté. La pauvre enfant était assise dans un état d’étonnement muet et imitait patiemment tout ce que lui prescrivait son maître. Mais, dès lors, la lumière de la vérité parut s'élever chez elle, et son intelligence commença à travailler; elle remarqua qu’elle avait le moyen de créer un signe de ce qui se trouvait devant son âme et de le montrer à une autre âme, et dès lors sa physionomie rayonna d'intelligence humaine.

Cet exemple prouve bien que la pensée n’était pas innée, n'existait pas à l’état d'âme, comme dit le docteur Howe, chez cette jeune personne, douée en vérité d’une grande activité intellectuelle, d'une mémoire étonnante. Si on n’avait pas trouvé le moyen de la mettre en communication avec ses semblables par une méthode de conversation adaptée à son sens tactile, elle n’aurait jamais eu dans le cerveau que des résidus de sensations tactiles qui, pour elle, auraient été des idées, des représentations mentales, composées seulement de sensations tactiles, associées, actuelles ou remémorées, des ustensiles de ménage de la maison paternelle différenciés d’après leurs forme, poids et chaleur.

Lorsqu'il put s'organiser dans son cerveau un assez grand nombre de résidus associés du langage par le toucher et qu’alors il lui fut possible de communiquer à ses semblables ses représentations mentales (qui, chez elle, avaient comme points de départ les sensations tactiles) et de recevoir d’eux les leurs, elle fut à même, non seulement de meubler son cerveau des idées qui s’y élaboraient sans le secours d'autrui, mais encore de recevoir d'autrui des idées tout élaborées dont elle put garder les traces ou souvenirs.

Malgré sa grande activité intellectuelle, Laura Bridgemann dut avoir un cerveau bien incomplet, car il fut toujours inculte des autres sensations, visuelles, auditives, les plus importantes, pourrait-on dire, et qui auraient donné à ses représentations une qualité que certainement elles ne pouvaient avoir et qui, forcément, la privèrent d’une quantité d'idées qu’elle n’eut jamais.

Notre théorie fournit pour le cas de Laura une explication très suffisante en même temps que très naturelle. Si cela est admis, la véracité de cette théorie se trouve singulièrement fortifiée.

Nous venons de voir comment s’est formée l’idée de l’objet ou plutôt l’image mentale de l’objet, et nous avons pu constater que la définition qu’en avait donnée Buffon était très bonne : « L'idée, concrète au moins, est une association des ensations. »

De plus, nous avons dit avec Herbert Spencer et nous dirons plus loïn avec Binet, que ces résidus de sensations s’associent dans notre cerveau inconsciemment et avec la fatalité d’un réflexe.

Mais nous ne pouvons nous en tenir là; l’homme possède le langage qui lui sert à exprimer ses idées. Nous serions forcément incomplet, si nous ne nous en occupions pas. C’est l’image du mot ou du signe qui crée le langage. Nous allons voir comment cette image mentale naît dans notre cerveau, comment elle vient s’associer à l’image mentale de l’objet, permettant ainsi à l’homme de communiquer avec ses semblables par un langage approprié.

L'image mentale du mot étant en réalité indépendante de celle de l’objet, nous comprenons très bien comment une personne, devenant aphasique, pourra néanmoins conserver l’idée ou l’image de l’objet. Et nous nous expliquerons aussi — le mot étant comme l’idée, une association de sensations — qu’un ordre de ces sensations ayant disparu, l’homme puisse n’être Sue sique que pour un certain ordre de sensations.

Le mot ou le signe est un agrégat, une image mentale, composée d’un certain nombre de résidus associés. Il peut ne

pas avoir la même composition, suivant que nous avons affaire, soit à ce que l’on appelle chez l’homme le type indifférent, soit à un sourd-muet, soit à un aveugle; ou bien encore ne pas avoir la même qualité, suivant qu’on a affaire à des visuels, à des auditifs ou à des moteurs.

C’est ainsi qu’on entend un sourd-muet dire :

« Quand je pense, je sens que mes doigts agissent, bien qu'ils soient immobiles; je vois intérieurement l’image que produit le mouvement de mes doigts. » (E. Fournier, Essai de psych., 2° partie). Tandis qu’au contraire, la plupart d’entre nous, durant la réflexion, entendent « les mots qui expriment notre pensée, comme si une voix intérieure parlait délicatement à notre oreille ». — « C’est le soir, dit M. Egger (1), quand la lampe est éteinte, quand nous avons renoncé pour un temps à l’activité réfléchie, à l’intelligence raisonnable, à la conscience; nous avons abdiqué, nous demandons à jouir du repos ; maïs le sommeil réparateur se fait attendre ; tourmentés par l’insomnie nous ne pouvons faire taire notre pensée; nous l’entendons alors, car elle a une voix, elle est accompagnée d’une parole intérieure, vive comme elle et qui la suit dans ses évolutions ; non seulement nous l’entendons, mais nous l’écoutons. »

Nous voyons que chez le sourd-muet, le mot qui s’associe à l’idée est une image surtout tactile, tandis que chez le type indifférent, il est une image surtout auditive.

De quoi le mot est-il composé ?

D'un certain nombre d'images associées, qui sont chacune une association de sensations. Il est aisé d'analyser ces sensations, au moyen de l’étude du processus qui s’élabore dans le cerveau de l’enfant à qui l’on apprend à parler, à lire ou à écrire,

Le mot est composé de :

10 Image auditive (mot entendu).

20 Image visuelle (mot lu).

30 Image motrice d’articulation (mot parlé).

40 Image motrice graphique (mot écrit).

(1) Egger, la Parole intérieure, essai de psych. descriptive, G. Baillière, 1887.

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