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CHEZ L’AVEUGLE

10 Image auditive du mot.

20 Image tactile du mot.

30 Image motrice d’articulation.

4° Image motrice graphique.

Il faut remarquer, de même que nous l’avons fait pour l’idée de l’objet, que la connaissance, c’est-à-dire l’image du mot, peut exister à l’état de simple agrégat d’une seule espèce de ces sensations.

Il est bien certain, par exemple, qu’un chien peut conserver l’image mentale du mot, n’en ayant reçu que des sensations auditives, et sans l’associer à l’image motrice d’articulation qui n'existe pas chez lui.

Le mot, chez l’homme, présente au début une association beaucoup plus simple que celle qui existe dans la suite : « La notion du mot résulte de l’évocation simultanée des images motrice d’articulation et auditive... La notion même du mot réside essentiellement dans l’union de son image auditive et de son image motrice d’articulation.

Ces deux images sont, d’ailleurs, les premières qui s’impriment dans le cerveau de l'enfant. Celui-ci apprend d’abord la notion des mots par l’ouie. La mère répète à chaque instant le même mot... Mais elle frappe la vue en même temps que l’ouie : elle met son fils en face d’elle et prononce le mot lentement, en le décomposant par syllabes, en même temps qu’elle exagère les mouvements des lèvres nécessaires pour prononcer le mot; et l'enfantregarde attentivement Les lèvres de sa mère, puis s’essaie à répéter le mouvement des lèvres et le son entendu.

Ainsi s'opère chez lui l'association des images auditivés et motrices d’articulation, au moyen de l'éducation qui met en jeu toujours les mêmes centres au début de la vie; ces centres sont

en date les premiers qui reçoivent les premières impressions de l'enfant. » (V. De l’Aphasie sensorielle, D' Mirallié, p. 70. Steinheil, 1896.)

Ce sont les seuls résidus des sensations auditives et visuelles qui constituent le mot chez les personnes ne sachant ni lire ni écrire; mais l'éducation crée dans le cerveau les images visuelles du mot (lecture), puis les images motrices graphiques (écriture) qui, venant s'associer aux premières, complètent la notion, la connaissance du mot.

Maintenant que nous savons comment l'idée objective s’est élaborée dans le cerveau et que nous avons assisté à l’enfantement du mot, disons que des associations interviennent entre les différentes images mentales des mots et les différentes images mentales des objets et de telle façon que, dans le langage ordinaire, il nous arrive souvent de confondre l'image mentale du mot avec l’image mentale de l’objet. Il faut bien nous garder de cette confusion :

Le mot ou le signe, agrégat d'images dans le cerveau, n’est que le valet, le serviteur de l’idée qui est aussi un agrégat d'images; c'est l'instrument qui nous permet de communiquer cette « vision intérieure » (idée) à nos semblables. C'est ce qui a fait dire à M. Gülbert Ballet : « Le mot n’est que l'étiquette de l'idée. » (Op. cit., p. 9.) 4

. Mais en réfléchissant, avons-nous bien raison de dire : le mot est l’auxiliaire, l'étiquette de l’idée? Qu'il s'agisse du signe, du mot ou de l’idée; il faut toujours parler d'images mentales, dé « visions intérieures », qui sont absolument de même nature, c’est-à-dire qui sont des associations de sensations. Dès lors, pourquoi dirions-nous plutôt : l’image mentale du mot est l’auxiliaire de l’image mentale de l’objet, que l’image mentale de l'objet est l’auxiliaire de l’image mentale du mot ? Ce qu’il y a de certain, c’est qu’elles viennent au secours l’une de l’autre, c’est qu’elles se complètent l’une l’autre, maïs qu’elles peuvent parfaitement exister l’une sans l’autre. | ; | Les deux exemples qui vont suivre nous éclaireront à ce sujet :

1° J'ai présente à l'esprit l’image visuelle mentale d’un monsieur que j'ai vu plusieurs fois, dont je connais le nom; je le vois bien, dans ma vision mentale, je raconte ses faits et gestes, le lieu où je l’ai connu; mais quand vient le moment de prononcer son nom, je ne peux le trouver, il a disparu de ma mémoire, ou du moins, l’image mentale du mot est encore inscrite, mais elle n’est plus en relation avec l’image de l’objet. J'aurai beau souhaiter que les deux images soient mises en présence, ce souhait sera vain. Ce sera tout à coup, à l’improviste, à un moment indéterminé que le mot apparaîtra. Peut-être le mot sera-t-il perdu à tout jamais.

2° J'entends crier dans la rue le nom d’une personne. Le mot entendu signifie bien pour moi quelque chose : j’ai conservé la mémoire auditive du nom etj y associe vaguement une mémoire visuelle : je crois me rappeler avoir vu quelque part la personne à qui le nom s'applique, mais je ne me rappelle ni la personne elle-même, ni l'endroit précis où je l’aï vue.

Dans la suite quelqu'un que j’interroge, me donne des détails qui me font souvenir immédiatement de la personne elle-même, des circonstances et du lieu où je l’ai vue. |

Ainsi, dans le premier cas, je vois l’image de l’objet escortée d’un certain nombre d'images, parmi lesquelles ne se trouve point l’image du mot, et dans le deuxième, je vois l’image du mot escortée d’un certain nombre d'images, parmi lesquelles ne se trouve point l’image de l’objet. Au point de vue théorique, les deux exemples ont autant de valeur : dans l’un et dans Pautre, il s’agit de l’absence d’une image mentale, de l’objet ou du mot, peu importe ; mais au point de vue pratique il n’en est pas de même à notre avis, car l’image mentale de l’objet a une plus grande importance que celle du mot.

Aussi acceptons-nous ce passage de M. ÆE. Fournié, cité par G. Ballet : « Sans le langage, on ne saurait concevoir une intelligence, active, aisée, régulière, progressive, mais on peut concevoir une intelligence. Il est impossible de bien penser sans signes, mais il est possible de penser. »

- Il nous serait facile d'observer que certaines images mentales sont, au point de vue de la pensée et du raisonnement, d’une valeur, d’une utilité bien plus grandes que d’autres ; nous voyons des animaux supérieurs et des hommes privés du langage articulé ou même du langage des signes, ou du moins ne possédant qu’un langage très rudimentaire, avoir une saine compréhension des temps, des lieux, des choses, des objets et se suffire à eux-mêmes. Mais la réciproque n’est pas vraie et un homme privé des images mentales, des lieux et des objets, des images visuelles particulièrement, est un impotent, incapable de se suffire. Boïleau a donc commis une erreur en disant :

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Examinons maintenant comment les images mentales (idées) s’associent entre elles et spécialement comment l’image (idée) de l’objet s'associe à l’image (idée) du mot.

Il n’est pas difficile d'expliquer la genèse des images mentales de l’objet et du mot chez les enfants et de montrer leur association. Faisons cette remarque préliminaire que ces deux sortes d'images s'organisent en même temps.

« Nous nommons à un petit enfant tel objet particulier déterminé, et avec un‘instinct d'imitation semblable à celui des perroquets et des singes, il répète le nom qu'il vient d'entendre.

‘ Vous prononcez devant un bambin dans son berceau le mot papa, en lui montrant son père; au bout de quelque temps, à son tour, il bredouille le même mot, et vous croyez qu’il l’entend au même sens que vous, c’est-à-dire que ce mot ne se réveillera en lui qu’en présence de son père. Point du tout ; quand un autre monsieur, c’est-à-dire une forme pareille, en paletot, avec une barbe et une grosse voix, entrera dans la chambre, il Jui arrivera souvent de l’appeler aussi papa (1). »

: D’après notre théorie, voici ce qui s’est passé : les cellules

-(4) Taine. De l’Intelligenco, t. 1, 8e éd., p. 46,

visuelles diversifiées qui ont conservé l'empreinte de la physionomie d’un homme, c'est-à-dire « une forme en paletot, avec une barbe et une grosse voix », se sont associées avec celles qui ont comme résidu les vibrations auditives et celles qui tiennent sous leurs dépendances les mouvements de l’articulation qui entrent dans la prononciation du mot papa. Aussi qu'arrivera-t-il ? c’est qu'à la première occasion un agrégat réveillera l’autre et réciproquement ; mais, lorsque l'enfant commettra une erreur sur la personne de son père, les parents feront tout ce qu’ils pourront pour la lui corriger, et alors il se formera de nouvelles associations, jusqu'à ce qu'une dernière, exacte, se produise qui réapparaîtra toujours identique à ellemême, identique à l’organisation qui existe dans les autres cerveaux humains.

Voici un autre exemple très suggestif en ce sens qu’il nous permettra d'expliquer la genèse de beaucoup d'idées fort curieuses et bizarres :

Une petite fille de dix-huit mois rit de tout son cœur quand sa mère et sa bonne jouent à se cacher derrière un fauteuil ou une porte et disent: « Coucou ». En même temps, quand sa soupe est trop chaude, quand elle s'approche du feu, quand elle avance ses mains vers la bougie, quand on lui met son chapeau dans le jardin parce que le soleil est brülant, on lui dit : « Ça brûle ». Voilà deux mots notables qui l’ont fortement impressionnée et qui nécessairement se sont associés dans son cerveau.

« Un jour, sur la terrasse, voyant que le soleil disparaît. derrière la colline, elle dit : « À bule coucou ».

Nous voyons là le début d’une association d'idées qui ne fera que croître et se développer peu à peu, parallèlement au déve- : loppement du cerveau et à l’organisation dans les différents centres des excitations extérieures ; c’est ce que nous appelons raisonnement, jugement, etc.

Cette expression qui nous paraît fort drôle, « a bule coucou », n’est que très naturelle. L'enfant voit une chose qui la frappe, c’est le soleil se cachant derrière la colline ; or elle a emmaga-

siné dans son cerveau quatre agrégats de sensations ou quatre images : 1° elle a une image mentale du fait, disparaître, se cacher ; 2° une deuxième du mot a bule; 3 une troisième de l’objet qui luit et qui est chaud ; 4° une quatrième du mot coucou. Entre les deux premiers agrégats, il se produit une association (l’action de se cacher, c’est coucou) ; entre les deux derniers, il s’en produit une autre (l’objet qui luit, c’est a bule). Puis entre la première association et la deuxième, apparaît, si loc. casion s’en présente, une association d’un ordre plus élevé (a bule coucou). Aïnsi pour nous résumer, nous observons chez l'enfant, d’abord deux associations de deux agrégats de sensations ou mieux de deux idées-images qui se sont réveillées réciproquement et, en dernier lieu, une association entre les deux associations d'idées qui se sont également réveillées réciproquement.

Si l’homme restait à ce degré dans ses opérations intellectuelles, ses associations d'idées seraient certes fort rudimentaires ; elles ne seraient pas supérieures à celles de certains animaux, qui nous sont révélées d’une façon très précise au moyen du langage articulé. À ce sujet Darwin, cité par Romanes (@Évolut. mentale chez l’homme, origine des facultés humaines, p. 130), a écrit les lignes suivantes :

Il est certain que quelques perroquets à qui l’on a appris à parler, unissent infailliblement des mots aux choses, et les personnes aux événements. J'ai reçu plusieurs récits détaillés à cet effet : L’amiral sir J. Sullivan, que je sais être un observateur sérieux, m’a assuré qu’un perroquet d'Afrique, gardé longtemps dans la maison de son père, appelait sans se tromper certaines personnes de la maison aussi bien que des visiteurs, par leur nom. Il disait bonjour à chacun, au déjeuner, et bonsoir quand on s’apprêtait à gagner sa chambre la nuit venue, et jamais il n’intervertissait l’ordre de ses salutations. Au bonjour qu'il adressait au père de M. J. Sullivan il avait l'habitude d’ajouter une courte phrase qui ne fut jamais répétée après la mort de celui-ci. Il gronda avec violence un chien étranger qui était entré dans la pièce par une fenêtre ouverte, et il gronda un autre perroquet en disant : « pous vilain Polly », qui était sorti de sa cage et qui mangeait des pommes sur la table de cuisine,

Si j'ai cité cet exemple, ce n’est pas qu'on ne puisse mieux trouver au point de vue de l’association des idées chez les animaux supérieurs comme le chien, l’éléphant ou l’orang, mais je voulais surtout montrer l'association des idées exprimée par des mots employés avec leur juste valeur.

Si l’homme ne s’arrête pas à des associations d'idées pour ainsi dire rudimentaires et enfantines, c’est qu'il a un cerveau autrement puissant et volumineux que celui des animaux, c’est que la couche de substance grise est’chez lui principalement développée, c’est que la qualité de ses cellules nerveuses acquiert une finesse toute particulière ; c'est ainsi qu’il a un centre du langage extrémement développé. Il faut évidemment des myriades de cellules nerveuses pour servir de dépôts et pouvoir enregistrer toutes les excitations tant externes qu’internes. Songeons que « le nombre approximatif des cellules nerveuses est de 600 millions, d’après Meynert ; de 1200 millions d’après sir Lionel Beale; le nombre des fibres de 4 ou 5 milliards. Il est après cela facile de comprendre que, chaque cellule nerveuse düt-elle ne recevoir qu'une impression, le nombre en est assez grand pour suffire aux exigences de la vie entière d'un homme. » (Emile Ferrière, l’Ame est la fonct. du cerveau, t. I, p.289.) Du reste, il est probable que le dépôt de certaines cellules disparaît à un moment donné et que, si l'excitation primitive n’est pas renouvelée, la cellule peut désormais servir à de nouvelles impressions, :

Flechsig, par ses découvertes extrêmement curieuses et intéressantes, nous fait assister pour ainsi dire pièces en main et la carte du cerveau sous les yeux, à la genèse et au parcours suivi par les idées.

« Ainsi de chaque sphère sensitive ou sensorielle rayonnent dans les centres d’association des systèmes d'association, si bien que ces faisceaux partis des sphères tactiles, visuelles, olfactives, auditives, etc., affluent et se rencontrent dans ces centres. Anatomiquement, ce sont donc bien des centres d'association. Ils ne séparent pas les aires corticales de sensibilité : ils Les unissent

au contraire, mais plusieurs mots après la naissance, et beaucoup plus tard encore avec les adaptations fonctionnelles des différentes régions du corps aux milieux, aux habitudes, aux mouvements de la vie de relation. » — « L'éveil de l'intelligence et des fonctions supérieures de l’entendement humain apparaît avec la myélinisation des centres des systèmes d'association. » Il suit de là que si l’un quelconque de ces centres d’assvciation ou de projection est frappé d’arrêt dans son développement pendant la vie intra ou extra-utérine, l'intelligence sera plus ou moins modifiée et diminuée. Qu'un centre, au contraire, vienne chez certains hommes à prendre une extension extraordinaire, ces hommes seront capables de se distinguer des autres par un talent, par un génie en relation avec ce centre. C’est ainsi que Bertillon le père, que Broca, qui avaient tous deux un talent de parole très ordinaire, furent des intelligences les plus vastes de leur temps ; Gambetta, dont le cerveau | était petit, au-dessous de la moyenne, mais possédait des circonvolutions extrêmement sinueuses et développées en même temps qu'une particularité extrêmement curieuse et probante (une localisation double des images motrices d’articulation), fut un des plus grands orateurs, le type de l’improvisateur éloquent. (Laborde, Communicat. à l'Acad. de Médecine : Le Cerveau de Gambetta.) Avant d’en finir avec cette question de l’organisation des idées, je tiens à citer un cas qui a été soumis à mon observation personnelle. Un de mes amis me raconta qu'ayant fait un cadeau à sa fille, enfant de six ans, fort intelligente, il lui demanda si elle était contente, et qu’elle lui répondit : « Oui, comme le loup qui se promène dans le bois.» Mon ami fut tout étonné de cette réponse, n’ayent jamais rien dit de semblable devant son enfant et il questionna plusieurs personnes sur le sens à donner à cette réponse, Or, il était à remarquer que cette enfant manifestait très souvent le plaisir qu’elle éprouvait, lorsqu'elle se promenait; que de plus, son père la menait très souvent au Jardin des Planteset qu’elle aimait beaucoup le loup qui dans son étroite

cage, a l'air bien triste et bien misérable. Ainsi deux idées existaient chez elle, avec intensité : l'amour de la promenade et la sympathie pour le loup; l'occasion se présentant, elles ont réveillé un certain nombre d’agrégats organisés dans le cerveau avec la fatalité d’un réflexe et amené une réponse très facilement explicable, mais extraordinaire pour les personnes qui n'ont pas cherché à distinguer les diverses associations d'idées qui se sont produites et sont les suivantes : 1"° association (je suis très heureuse quand je mé promène) ; 2e association (le loup du Jardin des Plantes n’est pas du tout heureux, parce qu'il ne peut pas se promener, ce qui revient à : le loup est très heureux lorsqu'il se promène) ; 3° association ou association de la 1° ct de la 2° (je suis aussi heureuse quand je me promène, que le loup est heureux quand il fait la même chose); 4° association (je suis contente du cadeau que mon père m'a fait) ; 5° association ou association entre la 1e et la 4° (j'en suis aussi contente que je le suis, lorsque je me promène); 6° association ou association entre la 3° et la 5° (j'en suis aussi contente que le loup pareil à moi est content lorsqu'il se promène).

Cette opération intellectuelle qui a abouti à une réponse paraissant inventée de toutes pièces n’est en réalité qu'un peu -plus développée que celle dont nous avons parlé précédemment et qui a eu pour résultat « Abule coucou ».

Nous ne pouvons mieux finir notre aperçu sur l’organisation des idées qu’en disant que nous partageons entièrement l’opinion de Flechsig, commentée par Van Gehuchten et par J. Soury : « Tout ce qui existe dans nos sphères intellectuelles nous vient de nos sphères sensorielles et tout ce qui existe dans nos sphères sensorielles nous arrive par nos fibres centripètes du dedans et du dehors. Nous n’avons et ne pouvons avoir dans nos sphères intellectuelles que ce qui nous a été amené par les sens. »

A première vue, cette opinion peut paraître extraordinaire ; mais elle résiste à l’examen : il est certain que nous ne créons rien, que nous n'inventons rien; nous ne possédons aucune connaissance qui ne nous vienne de ce qui existe en dehors de

nous ; NOUS ne sommes que @es êtres enregistrant avec nos centres de projection, plus ou moins facilement, les excitations tant externes qu'internes, et les associant d’une facon plus ou moins particulière et nouvelle, plus ou moins remarquable, plus ou moins géniale, suivant la qualité, l'énergie, la vigueur et le nombre de nos cellules nerveuses constituant nos centres de projection et nos centres d'association.

La pensée a comme point de départ les sensations successives qui s’associent et s'organisent dans le cerveau, en y laissant des résidus qui, revivifiés et remémorés, seront des images, et comme champ d'élaboration, l'association de plus en plus étendue, de plus en plus compliquée de ces résidus, de ces images. Nous concevons bien ce point de départ, mais nous ne voyons pas le point terminus ; c’est que le champ d'élaboration s’élargit ou peut s’élargir de jour en jour, suivant les aptitudes ou les qualités propres à tel ou tel cerveau.

Nous avons beaucoup parlé d'images mentales, aussi estimons-nous qu'il ne serait pas inutile de nous étendre un peu à leur sujet.

Aristote disait qu'on ne pouvait penser sans « images sensibles » et Willis, en 1622, que, « les images, ce sont les traces ou les vestiges des objets sensibles », que « toute impression sensible peut donc en pénétrant dans les plis de l'écorce, y réveiller les images qui y existent à l’état latent ». Cette dernière définition est encore la bonne, et nous pouvons dire que l’image est une association de sensations, perçue dans le lieu même qui en est le siège.

D’après M. Alfred Binet (la Psychologie du raisonnement, p. 10): « L'élément fondamental de l'esprit est l’image. » — « Le raisonnement est une organisation d'images, déterminée par les propriétés des images seules, Il suffit que les images soient mises en présence pour qu’elles s'organisent et que le raisonnement s’ensuive avec la fatalité d’un réflexe. »

Taine (De l'Intellig., t. II, p. 75) et Galton (Inquiries into human faculties, p. 83) ont démontré que chaque image est

une sensation spontanément renaissante, en général plus simple et plus faible que l’impression primitive, mais capable d’acquérir dans des conditions données une intensité si grande, qu’il

semble qu’on revoit l’objet extérieur. Nous acceptons ces données, mais en faisant remarquer que l’image est plutôt une association de sensations qu’une sensation et en entendant les mots « spontanément renaissante » au sens de : « qui peut être spontanément renaissante », comme nous le verrons dureste un peu plus loin.

Caractères des images mentales.— 1° Ces images dépendent de la rapidité et de la facilité plus ou moins grandes avec lesquelles les cellules cérébrales s'organisent et associent les sensations, cette association devant donner naissance à l’image. La rapidité à laquelle nous faisons allusion a été démontrée par

à Maskelyn, les expériences de Schiff et de Herzen ; elle est prouvée par l’expérience de tous les jours et

les observations

aisément vérifiable pour les éducateurs de la jeunesse.

Ilest des personnes chez qui la représentation d'images d’un certain ordre, des images auditives ou sons par exemple, s’organise avec une facilité étonnante. Reyer rapporte le cas d’un enfant de neuf mois, qui répétait exactement les notes jouées sur le piano. L'enfant de Stumpf montait régulièrement la gamme en chantant, à l’âge de quatorze mois. Le fils d'un compositeur: de Prague, Dvorak, à l’âge d’un an, chantait, avec sa nourrice, la marche de Fatinitza ; à un an et demi. il chantait des mélodies de son père, que celui-ci accompagnaïit au piano. (Gilbert Ballet, op. cit., p. 24.)

2° Les images sont aussi persistantes que le sont les organisations des cellules cérébrales, les associations de sensations, et pour avoir cette propriété, elles n’ont nullement besoin d’être revivifiées par des excitations nouvelles. La persistance dépend de qualités inhérentes aux cellules cérébrales et souvent héréditaires ; plus ou moins grande. selon les cerveaux, elle peut exister pour un certain ordre d'images plus que pour d’autres ou pour certaines images d’un même ordre nie que pour les autres de cet ordre.

Voici quelques exemples de persistance particulière :

On a cité souvent le cas de Mozart, notant de souvenir,

après deux auditions, le Miserere de la chapelle Sixtine, et cela avec une fidélité parfaite.

Tout le monde sait que certaines personnes qui ne possèdent pas d'instruction musicale, se rappelleront fort bien un air de musique et seront à même de le reproduire.

Beethoven était privé de l’ouie depuis longtemps, lorsqu'il composa ses plus belles symphonies (Gilbert Ballet, op. cit., p. 28.)

Milton était aveugle depuis de longs jours, lorsqu'il écrivit quelques-unes des pages de son Paradis perdu où se trouvent les plus pittoresques descriptions.

M. Delbeuf (Sommeil et réves, Revue philosoph., 8, p.349) cite un homme qui avait perdu la vue depuis trente-cinq ans et qui cependant avait des visions dans ses rêves ; il en cite un autre qui, sourd depuis cinquante ans, entendait parler durant ses rêves.

Une ataxique du service de M. Charcot, aveugle par atrophie des nerfs optiques, avait une vision fort nette de maisons de briques, d’arbres, d'enfants jouant autour d’elle et cela lorsque depuis sept ou huit ans, son cerveau n’avait reçu aucune impression lumineuse.

Taine (De l’Intellisgence, p. 79) rapporte le cas d’un certain nombre de joueurs d’échecs qui peuvent conduire leur partie, du coin de leur feu, sans voir leur jeu, ou en se promenant le long des quais de la Seine et qui voient l’échiquier, comme s'ils l’avaient devant eux. « Je vois, dit un de ces joueurs, la pièce, la case et la couleur exactement telles que le tourneur les a faites, c’est-à-dire que je vois l’échiquier qui est devant mon adversaire. » ;

« Certains peintres, dessinateurs, sculpteurs, après avoir considéré attentivement un modèle, sont capables de le reproduire de mémoire. Gustave Doré possède cette faculté, Horace Vernet l’avait. »

Il y a des gens, c’est un fait connu, qui après une seule promenade dans les bois, peuvent facilement reconnaître et par-

FR

‘courir à nouveau, d’une façon très exacte, le chemin qu’ils ont -Suivi une première fois. D’autres, au contraire, qui auront passé nombre de fois dans un même endroit, ne se le rappelleront pas.

Il faut remarquer qu’à l’ordinaire, plus il y aura de persistance chez un homme, pour un certain ordre d'images ou pour certaines images d’un même ordre, moins il y en aura pour les autres images. Il arrive fréquemment que des individus qui ont un souvenir extraordinaire des physionomies, des lieux et pays, se rappellent très difficilement les noms de personnes ct de choses et sont fréquemment embarrassés au cours d’une conversation. Il est bien certain que les idées (images) ne pourront être remémorées que tant que les résidus d'images ou de sensations existeront dans le cerveau et que les centres de projection et d'association fonctionneront convenablement. |

3° Les images mentales ont une inténsité variable; chez un même individu, elles n’ont pas toutes la même intensité et chez plusieurs individus, une même image n’a pas une intensité identique.

Cette différence d'intensité dépend de plusieurs causes :

a) De la qualité des cellules cérébrales, de leur plus ou moins grande aptitude à revibrer de façon à faire apparaître l’image;

b) De l'intensité des sensations dont l'association à formé l’image, intensité qui est en raison de celle de l’excitation extérieure ou intérieure et du degré d’excitabilité de l'organe sensitif au moment de l’excitation; elle sera plus où moins forte, suivant que les cellules cérébrales impressionnées auront plus ou moins réagi en elles-mêmes et sur leurs voisines ;

c) Du nombre des impressions produites à diverses reprises sur le cerveau par les mêmes sensations dont l’association doit former la même image ;

d) D'un empoisonnement cérébral ou d’un état morbide qui amènent une exubérance en même temps qu'une netteté et une précision parfaites des images.

IL faut observer que très souvent; l'intensité de l’image correspondera à sa SENS |

4° Les images mentales n'existent qu’en puissance, avant comme après leur apparition, et cette apparition a comme caractère d’être essentiellement passagère.

« Les idées, dit M. J. Soury (/es Fonct. du cerv., p. 343), n'existent que durant leur évocation de l'inconscient; avant comme après ces apparitions, rien d’elles ne persiste que les possibilités de leur rappel, que les conditions de leur renaissance. »

Ces images peuvent être rappelées au moment où l’on s’y attend le moins.

C'est l’agrégat ancien de sensations qui peut se présenter identiquement comme au moment où il s’est installé dans le cerveau; ou bien c’est une idée qui se trouve modifiée par l'apport de nouvelles images qui sont venues. dans la suite s’associer à elle ; ou bien c’est une idée qui semble toute nouvelle, mais qui n’est que l’association, par suite d’un travail inconscient dans notre cerveau, de sensations ou de différentes images.

L'apparition peut être spontanée, c’est-à-dire qu’elle est capable de se produire d’elle-même. Peut-être y a-t-il bien une cause à cette apparition et n’en avons-nous pas conscience.

« L'idée, écrit M. Beaunis, apparaît très souvent, subitement, à un moment donné, sans qu’on ait conscience du mécanisme par lequel ce travail cérébral s’est produit. »

La spontanéité des apparitions peut se produire chez l’individu soit dans un état normal, soit dans un état anormal.

Elle est très connue des hommes qui pensent, de ceux dont le cerveau travaille ; quand une idée lumineuse faït son apparition, ils font bien de la fixer par écrit, car elle pourrait bien ne plus apparaître, ou ne pas apparaître au moment propice.

La spontanéité peut se manifester au cas d’hallucinations et particulièrement au cas d’empoisonnement cérébral, d'ivresse alcoolique. C’est fréquemment l’idée apparue spontanément, sans - que d’autres idées ou une sensation nous paraissent l’avoir éveillée, c’est cette idée, disons-nous, qui pourra être l’idée fixe, celle

dont nous.avons parlé antérieurement, dans notre étude sur les poisons cérébraux. « Souvent, dans l'ivresse, au milieu de ce déluge d'idées, dit M. Ch. Richet, apparait tout d’un coup, sans que l’association des ‘idées puisse en deviner l’origine, une idée qui n’a rien de commun avec les précédentes et qui s'impose avec une fixité désespérante. »

Le caractère de fixité de l’idée a été très bien mis en lumière par les multiples observations de MM. Raymond et P. Janet. Les idées fixes ont une importance très grande au point de vue de l'explication du phénomène appelé volonté et des actes appelés volontaires.

En général, les images mentales apparaissent, parce qu’elles sont éveillées soit par une impression sensorielle, soit par d’autres images mentales déjà apparues.

Ces phénomènes se produiront chez l'individu dans un état normal ou dans un état anormal. (Dans ce dernier cas, citons le délire, les hallucinations.)

« Pendant l’hypnotisme, les hallucinations qui naissent de la parole de. l'expérimentateur sont ainsi déterminées par une impression sur les sens. L’expérimentateur excite avec la voix le centre auditif de son sujet, et ce centre, une fois éveillé, transmet son excitation au centre visuel, en vertu d'associations dynamiques préétablies ; l’image visuelle surgit alors et s’impose avec d’autant plus d'énergie qu’elle règne seule dans le cerveau du malade; le point de cet organe qu’on excite est le seul qui réagisse, et par suite, il donne son maximum. » (Ch. Féré.)

Au cas d'illusions, des images apparaîtront uniquement à la suite d’une sensation ressentie d’une façon exagérée et fausse, par le cerveau en état d’éréthisme.

On raconte que, le soir de l’exécution du maréchal Ney, quelques personnes se trouvaient dans un salon bonapartiste, Tout à coup, la porte s’ouvrit et le domestique, se trompant sur le nom d’un des arrivants, qui s'appelait M. Maréchal Aïné, annonça à haute voix : Monsieur le maréchal Ney! À ces mots, un moment d’effroi par-' courut la réunion, et les.personnes présentes ont raconté depuis que,

pendant un instant, elles virent distinctement dans M. Maréchal la personne de M. Ney qui s’avançait en chair et os au milieu du salon.

M Binet cite deux exemples fort curieux que nous trans-

crivons :

Un de mes amis, aujourd'hui professeur de Faculté, m'a conté cette histoire de sa jeunesse. Un soir qu'il voyageait seul à pied dans un pays coupé de grands bois, il aperçut, dans une clairière, un grand feu allumé. Puüis, aussitôt après, autour de ce feu, il vit un campement de bohémiens. Ils étaient là, avec leur figure bronzée, couchés à terre et faisant cuire la marmite. La nuit était noire et l'endroit fort isolé. Notre jeune homme eut peur, il perdit complètement la tête, et brandissant le bâton qu’il tenait à la main, il se précipita avec fureur dans le camp des bohémiens, Un instant après, il se trouvait au milieu d’une mare, serrant convulsivement entre ses bras un tronc d'arbre et sentant la fraîcheur de l’eau qui lui montait jusqu'à mi-jambes. Il vit alors un feu follet qui voltigeait à la surface de la mare; c'était ce point brillant qui avait été le point de départ de son illusion sensorielle.

Je dois à un autre ami, le D" G. A..., le récit suivant :

Un jour qu’il remontait la rue Monsieur-le-Prince, à Paris, il crut lire sur la porte vitrée d’un restaurant les deux mots : perbascum thapsus. On sait que c’est le nom scientifique d’une scrofularinée de. nos pays, qu'on appelle vulgairement le bouillon blanc. Mon ami avait passé les jours précédents à préparer un examen d'histoire naturelle ; sa mémoire était encore surchargée de tous ces noms latins qui rendent l’étude de la botanique si fastidieuse. Surpris de l'inscription qu'il venait d’apercevoir, il revint sur ses pas pour en vérifier l’exactitude, et alors il vit que la pancarte du restaurant portait le simple mot bouillon. Ce simple mot avait suggéré dans son esprit celui de bouillon blanc, qui, à son tour, avait suggéré celui de verbascum thapsus. (Op. cit., p., 12.)

Il va sans dire que tout ce que nous avons dit des images mentales (illusions, hallucinations), peut s'étendre aux animaux et se vérifier chez eux; mais évidemment à un degré moindre, puisque nous savons que le fait d'association d'images qui constitue la pensée est chez eux très rudimentaire.

M. le D' Magnan, ayant rendu des chiens alcooliques,

a constaté : « qu'ils ont de véritables hallucinations, qu’ils deviennent inquiets, tristes, agités; que par moments, ils se croient poursuivis, courent effarés, en hurlant et en cherchant à mordre dans le vide; que d’autres fois, au milieu de la nuit, ils poussent des gémissements plaintifs et tremblent de tous leurs membres, comme s'ils voyaient devant eux d’épouvantables fantômes. »

Au sujet de chiens, je puis citer les observations personnelles suivantes :

J’avais un chien d'arrêt très intelligent ayant des qualités morales très développées; on pouvait le laisser seul sans crainte, à côté d’un morceau de viande destiné à la-table familiale ; il se serait bien gardé d’y toucher, sachant très bien qu'il n’était pas pour lui, et cependant il aimait fort la viande.

De temps en temps, j'emmenais à la chasse, avec lui, le chien d'un de mes voisins; le mien en était très jaloux; aussi, me suffisait-il de prononcer devant lui, à Pimproviste, le nom de son ennemi, pour le voir aboyer et se précipiter furieux vers la porte, comme si l’autre chien était sur le point de répondre à mon appel; il est bien certain que mon chien avait la vision de son rival, vision qui lui était suscitée par l’appel du nom, ce qui provoquait sa colère.

Lorsque j'écrivais à mes parents, il leur arrivait quelquefois de lui faire sentir ma lettre; aussitôt, il manifestait autant de joie que s’il allait me voir en personne. Toute autre lettre ne faisait nullement sur lui un pareil effet. Il'est évident que l’odeur de ma lettre lui suggérait la vision de ma personne, vision qui le rendait joyeux. »

Du siège des images. — Pour en finir avec les images mentales, occupons-nous de la question de savoir quel doit être leur siège.

Nous savons déjà qu’il existe des faits précis, avérés, incontestables, qui démontrent que l’image ou mieux le processus nerveux correspondant a un siège fixe dans le cerveau et que ce siège est le même pour l’image et la sensation.

« L'idée, a dit Bain, occupe les mêmes parties nerveuses et de la même façon que l'impression des sens. » — « Soit qu'on ait la sensation, le souvenir ou l’hallucination, a dit plus nette-

ment après lui M. Binet, c’est toujours la même cellule qui vibre. » Cette affirmation a été excellement démontrée par les expériences auxquelles M. Binet s’est livré à la Salpéêtrière, dans Le laboratoire clinique de M. Charcot, avec le concours de M. Féré.

Parmi les expériences probantes relatées par Binet, nous citerons les effets de l’achromatopsie ou cécité des couleurs. Les hystériques présentent souvent une hémianesthésie qui s'accompagne de troubles sensoriels plus ou moins prononcés du côté du goût, de l’odorat, de l'ouïe et de la vue; il existe un rétrécissement concentrique du champ visuel et un affaiblissement d’une ou plusieurs sensations de couleurs. Cette perte des couleurs se fait suivant un ordre régulier.

Bar, à l'état de veille hypnotique, est achromatopsique de l'œil droit. En lui maintenant l'œil gauche fermé, nous lui faisons voir une troupe d'oiseaux. À nos questions sur la couleur de leur plumage, elle répond qu'ils sont tous blancs ou gris. Si nous insistons en lui disant qu'elle se trompe, que les uns sont bleus, les autres rouges ou jaunes, elle soutient qu’elle ne voit que des oiseaux blancs ou gris. Mais les choses changent; si à ce moment nous lui ouvrons l'œil gauche, que l’œil droit soit fermé ou non; aussitôt elle s’extasie sur la variété de leur plumage, où toutes les couleurs se trouvent réunies.

Cette expérience a été variée de bien des façons. L’œil gauche fermé, nous lui montrons Arlequin, et elle le dépeint tout couvert de petits carreaux gris, blancs ou noirs. Polichinelle est également vêtu de blanc et de gris. « C’est original, dit-elle, mais ce n’est pas beau. » Nous ouvrons l’œil gauche, et aussitôt la notion des couleurs reparaïît et Arlequin et Polichinelle lui apparaissent bariolés, comme on a coutume de les représenter (1).

Ces observations peuvent être constatées dans les hallucinations spontanées de l’aliénation mentale.

« Ainsi, la cécité d’une couleur empêche l’hallucination, c’està-dire, l’image de cette même couleur. Comment cela s’expliquet-il? Très simplement, si nous considérons l’achromatopsie comme un phénomène cérébral, comme un trouble fonctionnel

(1) P. Richer, Études cliniques sur l'hystéro-épiiepsie, p. 708,

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des cellules corticales affectées à la sensation des couleurs. Du moment que ce trouble fonctionnel met le même obstacle à l’hallucination qu’à la sensation d’une couleur donnée, cela tient vraisemblablement à ce que la sensation et l’image emploient le même ordre d'éléments nerveux. »

« Jusqu'ici nous nous sommes contentés d'affirmer, écrit M, Binet, que l’image a lemême siège que la sensation, sans chercher à déterminer anatomiquement quel est ce siège. Les expériences précédentes ne permettent pas de résoudre cette dernière question qui est plus compliquée, plus difficile que la première. Nous pourrions faire intervenir ici les principaux résultats des localisations cérébrales qui semblent montrer que les centres sensoriels sont situés au niveau de l’écorce cérébrale, dans une zone encore-mal délimitée, placée probablement en arrière de la zone motrice. Maïs nous préférons rester sur le terrain de expérimentation hypnotique, qui peut nous apprendre encore quelque chose à ce sujet. Il est un fait capital dans l’histoire des hallucinations hypnotiques, c’est que ces troubles sensoriels, quand ils ont une forme unilatérale, sont transférables par l’aimant. Ce transfert s’accompagne d’un certain nombre de signes objectifs qui excluent toute idée de simulation; c’est ainsi que la migration du phénomène est suivie, chez certains sujets, d’une migration en sens inverse, puis de plusieurs autres migrations, phénomènes qu'on a décrits, à propos du transfert de l’anesthésie, sous le nom d’oscillations consécutives; de plus, à mesure que le transfert s’opère, la malade se plaint de douleurs de tête qui oscillent d’un côté de la tête à l’autre; ces douleurs caractéristiques, que nous avons proposé d’appeler douleurs de transfert, ne sont pas diffuses, elles ont un siège fixe, et ce siège est des plus remarquables. Quand il s’agit d’hallucinations de la vue, la douleur de tête correspond à la

‘partie antérieure du lobule pariétal inférieur, ainsi que les. recherches de topographie cranio-cérébrale de M. Féré nous ont permis de l’établir; quand il s’agit d’hallucinations auditives, le point douloureux correspond à la partie antérieure du lobe

sphénoïdal. Ces deux localisations sont en accord parfait avec les résultats des recherches anatomo-cliniques; elles méritent

donc d’être prises en sérieuse considération. C’est dans le

lobule pariétal inférieur qu'on a placé le centre des sensations visuelles, et dans le centre sphénoïdal qu’on à placé le centre auditif, 74 semble donc permis de considérer comme très vraisemblable que les images visuelles et auditives FÉrUE de l'excitation de ces deux centres. » |

= Dans une discussion qui s’éleva, il y a plusieurs années, entre M. Armand Gautier et M. Ch. Richet, l'éminent chimiste disait : « La pensée n’est pas une forme de l’énergie, c’est la perception des états intérieurs et de leurs relations », les images seraient « de pures formes perçues dans les organes mêmes qui en sont le siège » (1). Mais Alexandre Herzen fit remarquer que cette perception des états internes était une définition de la conscience et des états de conscience, mais « non de l’activité psychique en général, qui peut être consciente ou inconsciente ».

La pensée peut exister sans la conscience, mais la réciproque n’est pas vraie. « La conscience est cette faculté qu'a l’homme de contempler ce qui se passe en lui, d'assister à sa propre existence, d’être, pour ainsi dire, spectateur de lui-même. » D’après cette définition, qui dit conscience dit aussi pensée ; la conscience est, en quelque sorte, une pensée surajoutée à une autre; on peut être conscient de sa pensée, en analyser chez soi les évolutions. |

Nous pouvons dire, croyons-nous, que la conscience est d’un ordre supérieur à la pensée. Ce qui fait qu’elle disparaît, en général, la première, dans les troubles pathologiques et sous l'influence des poisons cérébraux.

(1) Rev. scientif., 41 et 18 décembre 1886 ; 1e janvier 1887.

Cette manière de voir est acceptée par un certain nombre d'auteurs (Herzen, J. Soury, etc.). D’autres, au contraire, comme M. Pierre Janet, admettent la conscience, même dans les états les plus troublés de l'intelligence.

Prenons un exemple fort intéressant tiré du livre de M. Janet: l'Automatisme psychologique; il s’agit d’une femme en catalepsie et de l'interprétation des faits qui se déroulent sous les yeux de l’expérimentateur.

« Je mets, dit notre auteur, les mains de Léonie dans l'attitude de la prière, et la figure prend une expression extatique. Je la laisse dans cet état, car j'avais l'intention d’attendre combien de temps l'expression se conserverait. Je la vois qui se lève du siège où elle est assise et qui, très lentement, fait deux pas en avant. À ce moment, elle plie les genoux, mais toujours avec une lenteur singulière ; elle s'agenouille, se penche en avant, la tête inclinée et les yeux levés au ciel dans une merveilleuse posture extatique. Va-t-elle rester ainsi, et l’attitude étant complétée, garder l’immobilité cataleptique? Non, la voici qui se relève sans que je l’aie touchée, elle baisse la tête davantage et met ses mains jointes devant sa bouche, elle avance cinq ou six pas plus lentement encore que tout à l'heure. Que fait-elle donc? La voilà qui fait maintenant un grand salut respectueux, s’agenouille encore une fois, relève un peu la tête, et les yeux à demi-clos, entr'ouvre les lèvres. Ce qu'elle fait se comprend maintenant, elle va communier. En effet, la communion faite, elle se relève, salue encore, et la tête tout à fait inclinée, revient se mettre à genoux dans sa position primitive. Toute cette scène, ayant duré un quart d'heure, s’interrompt alors par la fin de l’état cataleptique. »

M. Pierre Janet se sert de cette observation pour démontrer que dans la catalepsie, il y a une conscience rudimentaire; pour lui, la conscience ne s’arrête qu'avec la vie : « La conscience qui existe ici comme partout, car elle ne disparaît, je crois, qu'avec la vie, est dans cet état plus rudimentaire que dans tout autre. Cette conscience est capable de sensations, mais éncapable d'idées, capable d'entendre, mais incapable de comprendre. »

L'observation de la cataleptique, qui, aux yeux de M. Janet,

semble prouver une conscience rudimentaire, nous l’interprétrons d’une façon tout à fait différente. Nous pensons que M. Janet a confondu pensée, conscience et sensation. Il constate des mouvements coordonnés et il déclare que c’est un signe d'intelligence, qu’il ne peut les comprendre sans la conscience. « Je n’essaierai pas, dit-il, de discuter l'opinion contraire, parce que, je dois l’avouer, je ne la comprends guère... ; elle ne me paraît intelligible ni au point de vue psychologique, ni au point de vue physiologique. » — « Si je mets, poursuit-il, sur le bras étendu d’une cataleptique un poids de deux kilos, les muscles du bras et ceux de tout le corps se tendent pour que le bras supporte le poids, sans fléchir. Si je lui mets dans les mains une aiguille, l’ensemble des mouvements se coordonne d’une autre manière que si je mets les mains en prière. Il y a adaptation, unité de mouvement, en un mot ce que l’on considère ordinairement comme signe de l'intelligence. »

Il est bien regrettable que M. Janet n'ait pas continué sa démonstration, car il auraït prouvé probablement que l’excitation du voile du palais par le bol alimentaire ou par un corps étranger, excitation produisant soit la déglutition, soit la nausée, que les mouvements parfaitement coordonnés du cœur, du poumon ou des-intestins, du foie secrétant la bile juste au moment où la digestion en a besoin, étaient des manifestations d'intelligence et de conscience.

Je ne comprends guère la-façon dont M. Janet conçoit la conscience à l’encontre de ce que tous les philosophes et physiologistes ont dit jusqu'à ce jour. J’estime, comme je l’ai déjà dit, que M. Janet a confondu sensation, intelligence et conscience, quand il a dit : « Gette conscience est capable de sensations, mais incapable d’idées », et «les mouvements coordonnés sont un signe d'intelligence, et je ne peux les comprendre sans conscience, »

Pour nous, l’observation rapportée est de nature à démontrer que les manifestations de la pensée sont tantôt conscientes,

tantôt inconscientes. Rappelons-nous bien, à cet égard, ce que nous avons dit avec M. Binet : « qu’il suffit que les images soient mises en présence pour qu’elles s'organisent et que le raisonnement s’ensuive avec la fatalité d’un réflexe », et avec M. Ch. Féré, qui considère les cellules comme associées dynamiquement. Remarquons aussi certains faits de la vie courante, comme celui de marcher, qui est inconscient, mais qui ne l’est pas chez l'enfant apprenant à marcher, comme ceux de parler, de lire, d'écrire, de jouer de la musique, qui sont très souvent inconscients. Quelqu'un récite une pièce de vers; il se trouve arrêté dans son débit, faute d’un mot ; qu’on lui souffle ce mot, il continuera à réciter.

Je sais le nombre x avec vingt décimales, mais chaque chiffre du nombre, pris au hasard, n’a aucune signification pour moi ; il y à dans mon cerveau un résidu organisé et pour que je dise les vingt chiffres de 7, ïl faut que je les récite en ordre et sans interruption ; sije suis interrompu, il me sera impossible de continuer. Il y a certainement dans mon cerveau une succession d'images motrices d’articulation associées dynamiquement et, quand la première est stimulée, les autres suivent régulièremént avec la facilité d’un réflexe : 3, 14159265358979323846. Certes, ma conscience ne me guide en rien, quand je répète automatiquement ces chiffres ; si je me les représentais consciemment au fur et à mesure que je les prononce, j’arriverais difficilement à finir, sans recommencer au moins deux ou trois fois l’énumération.

Après les remarques préliminaires que nous avons faites, que tirons-nous du cas de Léonie, quelle explication apportons-nous ? Nous sommes d'accord avec M. P. Janet, lorsqu'il dit : « Les actes accomplis pendant la catalepsie sont sous. la dépendance de phénomènes psychologiques... mais les phénomènes psychologiques sont de nature extrêmement variée et il n’est pas indifférent d'expliquer les faits que nous avons décrits, par les uns ou par les autres, »: | |

Nous dirons d’abord que Léonie est catholique, ce que ne

nous à pas dit M. Janet, qu’elle a dù communier un certain nombre de fois, en ayant la même posture, la même attitude que dans la catalepsie. Bien mieux, nous croyons pouvoir affirmer qu’elle répète beaucoup plus fidèlement ses génuflexions et ses poses que si elle était dans son état normal, consciente de tous ses gestes, que l’observation d’elle-même (qui serait de la conscience) et d’autres idées seraient en effet capables alors de modifier.

Que s’est-il donc passé chez cette femme ? Dynamiquement organisées dans son cerveau, différentes attitudes répétées une certaine quantité de fois à l’état normal, s’y sont associées et se répètent avec la régularité d’un réflexe. La seule discussion qui pourrait s'élever serait celle de savoir si Léonie pense ou si elle est absolument automate, Si dans un somnambulisme profond, elle se rappelle certains mots prononcés devant elle pendant sa catalepsie, cela n’est peut-être pas tout à fait suffisant pour prouver qu’elle pense ; cela signifie certainement que certains centres de sensibilité spéciale ont conservé un résidu et l’ont servi dans une autre circonstance ; mais y a-t-il bien chez Léonie des représentations mentales, des visions. internes, a-t-elle, par exemple, la vision mentale de la communion ? voilà ce qu’on pourrait se demander. Il est évident que nous ne pourrions pas voir dans ces représentations mentales un fait de conscience ; élles seraient donc inconscientes.

Le délirant, chez lequel je ne puis admettre une conscience, voit des fantasmagories ; j'aurai beau lui crier que ce quil aperçoit et l’cffraie n’existe pas, j'aurai beau l’arrêter dans sa fuite devant des êtres imaginaires, il profitera de l’instant où jé ne serai plus à ses côtés pour s'échapper et se jeter inconsciemment par la fenêtre.

* Léonie, elle, non seulement ne parle pas, mais elle ne comprend pas la parole. Entre les mains du médecin qui l’examine habituellement, elle ne fait aucune résistance ; elle n’a d’indépendance à aucun degré de la catalepsie ; elle n’a ni variété, ni. changement dans l’exécution des mêmes actes.

« Elle fera toujours, dit M. P. Janet, le même nombre de pas en face et à droite pour aller communier, et elle se heurtera à un mur sans avancer, plutôt que de tourner à gauche. — Elle obéit à ses propres inspirations. — Si je lui parle, je ne suis pas compris, et si je touche son corps, j'arrête simplement la scène. — C’est de son propre fond qu’elle tire ses actions et ses gestes. »

Et M. P. Janet accorde, en terminant, une conscience et une intelligence mitigée à Léonie.

1°Si, entre les mains du médecin qui l’examine habituellement, le sujet n’oppose aucune résistance, tandis qu’il en oppose à d’autres personnes que le médecin, cela semble impliquer un choix, et l’on pourrait dire que ce choix est de la pensée. Comme lorsqu'il s’agit du chien décérébré dont nous parlerons au chapitre suivant et qui refuse un morceau de viande imprégné de sulfate de quinine, un pareil choïx ne signifie pour nous ni pensée ni conscience, mais simplement sensation qui réagit, en provoquant soit l'assimilation, soit la répulsion.

2° Lorsque le sujet n'offre ni variété ni changement dans l'exécution répétée des mêmes actes, lorsqu'il se heurte contre un mur sans avancer, plutôt que de tourner à gauche, cela ne semble-t-il pas confirmer, comme dans notre exemple dü nombre x, qu'il y a un résidu organisé dynamiquement dans le cerveau, véritable cliché qui, excité, met le corps en mouvement, automatiquement, avec la régularité d’un réflexe. Ce qui vient à l’appui de ce que nous avançons, c’est cette phrase même de M. Janet : « Si je touche son corps, j'arrête simplement la scène. » Supposons que, lorsque je récite le nombre 7, je sois arrêté au milieu de mon énumération ; comme j'aurai conscience de moi-même, comme je m’observerai et aurai le souvenir de ma personnalité, ou du moins, le souvenir d’avoir voulu énumérer x avec vingt décimales, je recommencerai mentalement mon énumération, afin de pouvoir la terminer. Léonie, elle, non seulement n’a pas à son réveil souvenir de ce qu'elle a fait, mais encore elle ne se rappelle plus les génu-.

flexions qu’elle a commencées ; si elle est arrêtée au cours de la catalepsie dans l’accomplissement de son acte, elle ne continue plus sa scène et certainement (je ne crains pas d'affirmer sans avoir vu le sujet, elle ne [a recommencera jamais, et ne la reprendra pas au début. C'est là l’indice qu’il n’y a chez elle aucune mémoire d'elle-même, aucune observation, aucun souvenir de l’acte qu’elle vient d'accomplir. É

Peut-être, comme nous l’avons dit, serait-il permis de soutenir que non seulement elle n’a pas conscience, maïs encore qu’elle n’a pas de vision interne. Si elle avait une vision interne, une idée, pourrait-on dire, cette idée régnerait en maitresse comme chez les hypnotiques et les délirants qui, eux aussi, n’ont pas de conscience, pas d'observation de leur personnalité ; elle aurait encore le souvenir qu’elle va communier, et elle recommencerait la scène de la communion ou bien la continuerait.

Il est certain en tout cas que Léonie n’observe pas dans sa vision mentale (si vision il y a) ce qu’elle fait ; qu’elle en perd le souvenir aussitôt, ce qui veut dire qu’elle n’a pas de conscience.

Les sensations ou perceptions, leurs associations ou images, les idées, peuvent donc être inconscientes dans certaines circonstances. Nous acceptons ainsi, avec le docteur Despine, avec Maudsley et Herzen, que l’hypnotique, dont la pensée paraît être d’une activité remarquable, n’a conscience ni de ses actes ni de sa pensée. Vous suggérez un jour à une hypnotique l’idée d'offrir le lendemain un bouquet à l’interne de la salle ; le lendemain, à l’heure dite, elle offrira le bouquet préparé et mis à sa portée ; à l’état de veille naturelle, elle aurait su le pourquoi de son acte, mais dans l’hypothèse que nous envisageons, elle ne saura pas expliquer comment cette idée d'offrir un bouquet lui est venue, car au moment où on la lui a suggérée, elle n'avait pas conscience de sa personnalité, Nous pourrions trouver chez les hypnotiques une quantité d’exemples analogues au précédent.

Sous l'influence du chloroforme, j'ai observé le fait suivant : Dans la service de M. Duplay, à l'Hôtel-Dieu, on avait anesthésié une jeune fille qui était atteinte d’une coxalgie et qu’on allait mettre dans un appareil plâtré. Alors qu’elle avait déjà perdu conscience, mais qu’elle criait et chantait encore avec force, l'infirmière qui était à ses côtés, lui dit : « Taïs-toi, tu auras des confitures »; elle les aimait beaucoup, paraît-il. Lorsqu’elle fut revenue dans la salle commune et réveillée, elle réclama instamment, durant toute la journée, des confitures ; si on lui demandait pourquoi elle mettait une telle insistance à en vouloir, elle ne savait que répondre. Cette jeune fille n'avait certainement pas conscience de l’idée qui lui avait été suggérée pendant la première période du sommeil chloroformique.

Il est indubitable qu’à chaque minute de notre existence, il se passe des faits dont nos centres cérébraux, visuels, auditifs, olfactifs, etc., sont impressionnés, sans que nous en ayons conscience ; au moment où les cellules centrales sont diversifiées, notre attention peut être attirée par autre chose, nous pouvons avoir des idées d’une intensité beaucoup plus grande, si bien que les excitations secondaires, moins importantes, ne sont pas à cet instant-là conscientes ; mais les cellules diversifiées pourront donner lieu dans la suite, quelquefois longtemps après, à des idées revivifiées dont nous avons alors conscience.

Dans le rêve, dans le délire, la pensée, nous le savons, fonctionne encore, alors que l’idée de notre personnalité (conscience) a disparu.

Nous estimons qu'AHerzen s’est trompé lorsqu'il a dit que la définition donnée par A. Gautier pour les images était une définition de la conscience. En effet, nous avons vu, avec les expériences de MM. Binet et Ch. Féré: 1° que « l’image est un phénomène qui résulte de l’excitation des centres sensoriels corticaux »; 2° que c’est toujours la même cellule qui vibre, soit qu'on ait la sensation, le souvenir, ou l’hallucination.

Les images mentales, ces pures formes perçues dans les

organes mêmes qui en sont le siège, existent au contraire avec une intensité très grande dans le somnambulisme, dans le rêve, le délire, l’aliénation mentale, c’est-à-dire précisément dans les états d’inconscience.

Un état de conscience est donc autre chose que la perception d’une forme, que la vision d’une image mentale. Les chiens alcooliques délirants, qui ne peuvent pas être considérés comme conscients, ont néanmoins des visions mentales.

Nous sommes portés à croire que À. Gautier a eu le tort de déclarer, non pas que la pensée est la perception des états intérieurs (ce que nous pensons exact), mais qu'elle est aussi la perception des relations de ces états intérieurs. Cela semble vouloir dire qu’il y a dans la pensée une conscience qui analyse ou plutôt une idée du moi qui entre en relations avec d’autres idées, ce qui n’est pas toujours exact, puisque nous savons qu’il peut y avoir pensée indépendamment de conscience.

Dans l’imbroglio qu’on rencontre dans l'étude de la pensée et de la conscience, des parcelles d’erreur se trouvent mélangées à des parcelles de vérité. Cela n’est guère étonnant, en vérité.

Nous pouvons dire, en terminant, que la pensée ne doit pas être confondue avec la conscience (connaissance du moi), forme spécialisée de la pensée ; et nous résumerons nos idées de la façon suivante :

1° La pensée est tantôt consciente, tantôt inconsciente.

2° Les images mentales peuvent être considérées comme perques dans le lieu même qui en est le siège, sans pour cela être

nécessairement conscientes.

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