LA VOLONTÉ N’EST PAS UNE FORCE D'INHIBITION
M. Charles Richet cite le soldat qui dans la bataille baisse la tête, en entendant une balle siffler et il appelle ce mouvement réflexe, psychique, conscient, mais involontaire.
Si nous nous reportons à la figure de la page 184 à propos de la conscience, nous voyons que l'excitation en 1 de la membrane sensible s’est transmise en 2 par le circuit TE. En E a eu lieu un phénomène. d'élaboration psychique comme dans l’exemple Maskelyn (chap. de physiologie) qui a retardé d'autant l'acte accompli en 2. Si l'impression, qu'il ne faut pas confondre avec l'excitation, a été très forte, la réponse a dû se produire aussitôt (réflexe, conscient ou inconscient) ; mais l’excitation de E a pu se communiquer en E’ E” E””, et alors il s’est accompli une élaboration psychique beaucoup plus complète qui s’est communiquée avec un retard beaucoup plus grand : certaines idées forces, dynamiquement organisées, ayant alors été stimulées, ont pu réagir en 2, avec plus d'énergie que l’impression perçue en E et donner un résultat égal à la différence de ces deux énergies.
Supposons qu'avant la bataille, le général ait exhorté ses soldats à être braves, qu’il ait traité de lâches ceux qui baissent la tête. Ses paroles auront produit un effet plus ou moins grand chez les soldats, suivant leur état physiologique, naturel ou accidentel ; elles auront fait naître dans leur cerveau une idée, et cette idée aura une valeur et une persistance plus ou moins forte : chez les uns, elle acquerra une énergie capable de neutraliser l'effet de frayeur produit par le sifflement des balles ; chez les autres, peut-être les plus nombreux, elle n’aura qu’une faible intensité, et la peur produite par ce sifflement l’emportera de beaucoup : les premiers ne baisseront pas la tête,
les seconds la baisseront. ;