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CHAPITRE VII

Les difficultés de la prophylaxie.

Caractère épidémique des teignes tondantes. — Comment les choses se passent

d'ordinaire, — La tondante à l’état endémique dans les écoles pauvres. — Incubation de l’épidémie; sa découverte; partis à prendre. — Absence de législation. — Rôle du médecin inspecteur. — Difficulté de la distinction des

enfants en sains, malades, et même suspects. — Traitement sur place ; mesures prophylactiques, séquestration, désinfection, pansements occlusifs. — Renvoi dans les familles, ses inconvénients graves; surveillance des enfants sains restés à l’école. — Les écoles de teigneux, leur utilité, leur insuffisance actuelle. — Les réinoculations volontaires, — Les services de teigneux dans les hôpitaux ; ils sont trop rarement visités par le médecin.

L'importante étude de la prophylaxie des teignes a été faite maintes fois par des auteurs beaucoup plus autorisés que nous-même à aborder ce vaste sujet. La plupart se sont placés, en un sens, à notre point de vue, car la question ne comporte guère que des difficultés: Nous n’aurons done pas la prétention de la traiter dans son ensemble; nous voudrions seulement essayer de mettre en lumière quelques points spéciaux, quelques faits dont nous avons été frappé lorsqu'il nous a été donné de les observer.

On peut dire que les tondantes n'existent, en quelque sorte, qu'a l'état épidémique. Un cas isolé, grave par luimême, est toujours beaucoup plus grave par sa contagion

possible. Il est rare qu'on ne puisse rattacher le fait constaté

à d’autres faits coïincidants. A notre époque, l’enfant fait toujours partie d’un groupe d'enfants du même âge, souvent de plusieurs groupes, avec lesquels il est en contact quotidien. Aussi. dans la pratique, n'est-ce pas le cas isolé qui importe, mais l'épidémie : épidémie de famille, d'école, de collège, d'asile, d'hôpital.

Comment les choses se passent-elles ? Nous ne craignons pas d’aflirmer, tant nous en avons vu de preuves, que le plus grand nombre des écoles pauvres est endémiquement conta-

miné (1). Là se trouvent les foyers initiaux, d’où rayonne

(1) Nous croyons utile de reproduire ici les sages instructions données en 1885 auxmaîtres ct maîtresses d'écoles, par M. LAILLER, convaincu que, si ses conseils étaient suivis avec soin, on arriverait à débarrasser les écoles de toutes les teignes.

«1° Ne jamais admettre un enfant dans une école sans un certificat du médecin inspecteur constatant qu'il n’a pas de maladie contagieuse.

«2° Tenir les cheveux courts chez les garçons, surtout tout le temps de leurs études, et même chez les filles, jusqu'à l'âge de sept ou huit ans.

«3° En faire fréquemment l'inspection.

« 40 Tenir la tête nue le plus possible, même pendant les récréations dans les préaux.

« 5° Donner la préférence à des coiffures qui puissent se laver : calottes ou casquettes de toile, l'été ; bérets, l'hiver,

«6° À la suite des jeux, les garÇons ont presque toujours de la poussière en grande quantité dans les cheveux ; il convient de leur faire laver la tête une fois par semaine l'hiver, plus souvent l'été.

& Pour ce lavage, on peut se servir de savon; il fautavoir soin de leur rincer la tête avec de l’eau tiède pour bien enlever le savon. |

@&Il est préférable defaire un premier lavage avec une décoction de Panama (un morceau de la grandeur de la main cassé en petits fragments et bouilli pendant vingt minutes dans un litre d’eau suffit) ; on en fait un second avec de l'eau pure, et on essuie la tête avec du linge pour la sécher, Éviter d'en faire tomber entre les paupières.

& Ces lavages peuvent être moins fréquents pour les filles; mais pour elles, plus que pour les garçons, il faut sécher les cheveux avec le plus grand soin.

la maladie (1). Rentrant dans sa famille, ou changeant d’école, un enfant va porter dans une collection jusque-là saine le germe presque invisible du mal. Il faut se rappeler la longue période de l’histoire des teignes pendant laquelle on a douté de la contagion, pour se rendre bien compte du début insidieux de l’épidémie et de l'espèce d’incubation qui lui permet de se répandre à l’état latent. Cinquante enfants pourront être déjà pris lorsque la première tache de trichophytie circinée ou une large plaque de tondante authentique avertira le médecin. C’est quelquefois plus de six mois après l’introduction du germe qu’on s’apercevra de la gravité de l’épidémie. Jusque-là, de petits placards d'eczéma séborrhéique.…. de darire volante... d'impétigo... auront été remarqués en passant et considérés comme sans importance. On ne verra le mal que quand :l sera pleinement et définitivement constitué (2). |

Mais quand un foyer sera devenu vingt fois plus actif parce qu'il y aura vingt sujets capables de semer la maladie, les

contagions menaceront de se multiplier en progression géomé-

« 7° Dans les écoles où il y a des internes, chacun doit avoir sa brosse, son peigne et sa brosse à peigne, qui doivent être toujours très propres.

« 8° Tout enfant ayant eu la teigne, et admis denouveau à l’école après autorisa- . tion du médecin, devra être l’objet d’une surveillance spéciale, et soumis à une visite médicale tous les quinze jours pendant un trimestre. » Æevue d'hygiène.

(1) Rappelons que la tondante peut être quelquefois d’origine animale, et qu’il est toujours imprudent de laisser des enfants en contact avec un cheval, un chat, un chien, ou même des animaux de basse-cour, lorsque ces animaux présentent des lésions tégumentaires.

(2) Dans l'épidémie récemment constatée parmi les élèves d’un lycée de la ville de Paris, lorsque l’apparition d’un premier cercle trichophytique de la peau attira l’attention, on put d'emblée reconnaître douze tondantes,

trique ; alors il sera impossible de ne pas aviser, mais quel parti prendre? Le traitement sur place serait le plus sage, car il circonscrirait le foyer d’épidémie ; mais c’est de tous les partis le plus pénible à adopter. C’est le discrédit jeté sur l’école pour plusieurs années; c’est l'éloignement des enfants sains, qui sont d'ordinaire en nombre plus considérable que les malades ; et le chef d'institution, en l'absence de toute législation en la matière, fera tous ses efforts pour renvoyer les élèves contaminés et garder les élèves sains. Le germe de la maladie se trouvera de la sorte semé dans vingt autres écoles ou vingt familles où il y a d’autres enfants; le fléau s’étendra de plus en plus.

Il semble pourtant que la question soit assez importante pour attirer l'attention des pouvoirs publics. Le préjudice causé aux familles qui ont confié un enfant bien portant à un établissement d'instruction, et auxquelles on rend un enfant teigneux, n'est que trop réel. La diffusion de l'épidémie menace la population infantile tout entière, et l’intérêt général exige des mesures d'ordre publie. Mais la discussion de ces mesures n’est pas de notre compétence ; nous n’avons pas l'autorité nécessaire pour l’entreprendre, et nous nous contenterons d’insister sur la responsabilité, morale tout au moins, des médecins des écoles.

Le rôle de ces praticiens, à l'inverse de ce qu’on croît quelquefois, n’est point une sinécure. Au seul point de vue de la teigne tondante, leur attention doit être constamment en éveil ; ils doivent réclamer comme une nécessité formelle l'examen

préalable de la tête rase pour tous les sujets nouvellement

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admis à Pécole ; et, pour ceux qui en font déjà partie, les moindres lésions du cuir chevelu doivent être l'objet d’une inspection minutieuse. Ce que nous avons dit du diagnostic précoce trouverait ici sa place ; nous nous contenterons d’y renvoyer le lecteur (1).

Mais que de difficultés pour le médecin, lorsque son incurie ou son imprévoyance a laissé se constituer une épidémie (2)! Il faut tout d'abord distinguer les sains des malades, et cette première catégorisation est incroyablement embarrassante. Un spécialiste rompu depuis longtemps à la pratique avertira d'avance que, quelques soins qu’il apporte à l'inspection des enfants, même en établissant entre les sains et les malades une catégorie de suspects, ses premiers groupes d'isolement seront toujours incomplets, et qu'il retrouvera par la suite un certain nombre de teigneux parmi les enfants laissés libres.

Les exemples abondent. Pour nous en tenir à ce que nous avons constaté de visu, nous pourrions citer une épidémie d’asile, traitée par un spécialiste des plus compétents, où le nombre des enfants mis à part, d’abord fixé à douze, s'éleva progressivement à quarante-trois. La plus remarquable à ce point de vue des épidémies que nous ayons suivies est celle

d’un hôpital d'enfants ; le premier examen, fait par un médecin

(1) Voir-p. 47.

(2) Disons, pour être Juste, que l'inspection médicale des écoles est tout à fait insuffisante, « Actuellement, il existe dans Paris quatre-vingts médecins inspecteurs des écoles, qui touchent une indemnité annuelle de 800 francs. Ils sont chargés de visiter deux fois par mois les Étvoles publiques de leur quartier ; ils doivent examiner tous les enfants (sept ou huit cents) et ordonner l'expulsion immédiate de ceux qui leur paraissent atteints de maladies contagieuses. » J, CARRÈRE, Loc. cit.

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non spécialiste, révéla cinquante malades ; un spécialiste, appelé, en reconnut deux cent quinze ; six semaines après, vingl nouveaux cas étaient joints aux précédents. On comprend facilement la raison de ces erreurs. Non seulement les tondantes à leur début sont caractérisées par des symptômes presque imperceptibles, mais il arrive forcément que des enfants examinés viennent de recevoir tout récemment le germe de la maladie, ils n’ont encore aucune espèce de lésion, et le diagnostic est alors tout à fait impossible. Ce cas, on peut le dire, se présente toujours dans une épidémie. Supposons cependant qu'on soit parvenu à reconnaître tous les malades, et qu’on ait pris le meilleur parti, celui de les interner dans un coin de l’établissement et de les traiter sur place. La prophylaxie exige encore bien des précautions : la séquestration des teigneux doit être absolue ; il ne doit y avoir aucune communication entre eux et leurs camarades non contaminés ; si leurs récréations ont lieu dans les mêmes locaux que pour les autres, ce qui est regrettable, il faut au moins que les heures ne soient pas les mêmes ; le personnel qui les approche doit cesser tout rapportavec les élèves sains; leurs familles doivent être averties qu'ils ne peuvent être visités sans danger par aucun enfant au-dessous de 15 ans. Tous les objets à leur usage susceptibles d’être stérilisés par l’ébullition seront soigneusement bouillis ; cette précaution est nécessaire, non seulement pour les coiffures, mais pour le linge de corps, sur lequel peuvent tomber des squames épidermiques ; les objets qui ne se lavent pas seront passés à l’étuve, et cet

étuvage ne doit pas être fictif, comme il arrive trop souvent

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par la négligence des personnes chargées de ce soin.: Il faut enfin que chaque malade ait un pansement occlusif spécial, ne permettant pas à un enfant très atteint de réinoculer indéfiniment ceux qui ne présentent que de minuscules lésions. On le voit, dans le cas le plus favorable, l'épidémie exige une sur. veillance de tous les instants, et la prophylaxie n'est pas chose facile.

Si, au contraire, comme il arrive le plus souvent, on a pris le fâcheux parti de renvoyer les enfants malades, on n’est plus maitre du fléau et on ne sait jusqu'où il pourra s'étendre. Mais il ne faut pas croire que par cette décision le médecin se soit débarrassé de tout souci. Laissons de côté les réclamations. assez fondées à notre avis, des familles lésées ou des chefs d’insutution qui lui reprocheront de n'avoir pas aperçu à temps l’épidémie qu'il avait pour mission d’enravyer dès son début. Il comprendra tout au moins que son devoir est de prévenir autant que possible les contagions familiales et autres qui vont résulter de la liberté des teigneux, en contact avec leurs frères et sœurs, ou vagabondant par les rues ; il instruira donc les familles des mesures prophylactiques nécessaires, en s'inspirant de celles qu'il aurait prises lui-même s’il avait gardé les malades réunis sous ses yeux. Mais il lui reste encore à surveiller les enfants réputés sains, que l’école a conservés dans ses locaux, toujours insuffisamment désinfectés, et ce n’est pas une mince sujétion. Il peut étre certain d'avance que de nouveaux cas vont se déclarer, et c’est sousla menace permanente d’un retour offensif de l'épidémie qu'il devra examiner

sans cesse tous les élèves de l’école, et s'inquiéter de savoir si

De jeu aucun malade, à son départ, n’a abandonné une cotffure ou un objet quelconque capable de semer la contagion.

Une troisième solution, qui serait de beaucoup supérieure aux deux précédentes, si elle était possible dans tous les cas, est l’hospitalisation dans les écoles de teigneux. L'Assistance publique de Paris, justement préoecupée de la situation de ces enfants repoussés de tous les établissements d'instruction à une époque où le droit à l'école parait imprescriptible pour l'enfance, même contre la volonté paternelle, fait les plus grands efforts pour donner aux teigneux l’enseignement primaire en même temps que le traitement médical. Cette idée, empreinte d’une pitié éclairée, est due à M. Lailler (1), et nous sommes certain qu’elle sera féconde; mais que de temps nous sépare encore de sa réalisation ! Il n'existe qu'une seule école de ce genre, celle de Saint-Louis, et il est à peine utile d’insister sur son insuffisance : 150 enfants au plus peuvent y être reçus, et il y a plus de 800 teigneux dans Paris. Telle qu’elle est, elle pourrait encore rendre bien des services, mais il faut avouer que son organisation est un problème des plus compliqués.

Ilimporte avant tout de ne pas réunir avec des teigneux des enfants atteints d’affections quelconques du cuir chevelu; cette vérité ne paraîtra pas superflue à exprimer, si lon veut bien se rappeler la constatation faite récemment par M. Béclère (2). De plus, il ne faut pas que, sous prétexte d’enseignement, les enfants soient rangés suivant leur degré d’ins-

(1) Août 1886.

(2) Voir p. 50.

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