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Quand ils le peuvent les riches se défendent. Ils font voter une loi punissant « l’oisiveté ». Chaque année les habitants de l’Attique et des îles sujettes devaient déclarer aux magistrats leurs moyens d’existence. Celui qui oubliait de remplir ces formalités était puni de mort.
A Athènes d’autre part, dont la population était épuisée par des guerres continuelles, des mesures d'assistance durent être votées pour les enfants des combattants morts à la guerre :
Le Cynosage était l’établissement dans lequel les orphelins et les enfants illégitimes recevaient des secours. L'état y nourrissait jusqu’à l’âge de 18 ans l’enfant dont le père était tombé sur le champ de bataille.
Les Cesuries étaient des maisons d’hospitalité destinées aux anciens guerriers blessés ou infirmes, et aux magistrats qui avaient bien mérité de la patrie. Une lei déclarait familles adoptives de la République celles qui avaient perdu leur soutien à la guerre. Solon avait eu l’idée de faire nourrir par l'Etat un citoyen blessé à la guerre; avec Pisistrate cette mesure isolée devint une loi générale.
Enfin, la médecine grecque était intimement liée à l'assistance aux misérables. Hippocrate enseignait à ses disciples : « Je vous engage à être humains et généreux envers vos malades. Voyez les gratuitement s’il le faut, et par dessus tout soyez empressés, lorsque vous aurez à soulager l'étranger et le pauvre ». « Je recommande de ne pas pousser trop loin l’âpreté
et d’avoir égard à la fortune et aux ressources; même vous donnerez des soins gratuitement... car là où est l'amour des hommes est l’amour de l’art ».
Les villes grecques finirent par désigner un médecin qui s’appela médecin public; elles mettaient à sa disposition une officine où il logeait, donnait ses consultations, faisait ses opérations et où couchaïient les malades qui avaient été opérés et les pauvres de la cité qui n'avaient pas de gîte et venaient recevoir des soins gratuits.
A Rome, encore plus, sans doute, qu’à Athènes, lassistance aux misérables n’est guère liée qu’à des luttes politiques sanglantes. Si Caton consent à soigner un esclave malade, c’est que l’esclave constitue une partie de son capital et que sa mort serail une diminution de ce capital. Et si le malade ne peut guérir, on ne s’attardera pas à le soigner inutilement et à faire pour lui de vaines dépenses; on le portera dans l’île d’Esculape sur le Tibre où on l’abandonnera, et où, privé de nourriture et de secours, il ne tardera pas à succomber au milieu des plus horribles souffrances. Mais les Plébéiens luttent contre les Patriciens. Parfois, ils remportent la victoire; les Gracques font voter les lois agraires. Caïus Gracchus inaugura en 631 les lois qu’on a dénommées frumentaires : au début l’Annone était la fixation arbitraire du taux du blé que la République vendait aux citoyens pauvres au-dessous du prix des Patriciens. De même les taux usuraires (15 à 30 %) de l’intérêt des dettes furent diminués; et même les dettes abolies.
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Ces lois d’assistance furent combattues par les Patriciens qui par 3 lois en 15 ans détruirent l’œuvre des Gracques. Elles jouèrent un grand rôle, déformées, dans l’avènement des César et la constitution de l’Empire : les Empereurs distribuèrent gratuitement du blé, puis du pain, puis plus tard de l’huile et même de la viande de porc. Diverses autres mesures furent prises par les empereurs pour soulager la misère. Par exemple, sous Tibère, un tremblement de terre détruisit 12 villes d'Asie : « Sardes, la plus cruellement frappée, excita une compassion si profonde qu’elle obtint de Tibère la promesse de 10 millions de Sesterces ». Trajan prête à 5 propriétaires sur des biens ayant 10 à 12 fois la valeur de la somme prêtée une somme de 1 million 44 mille sesterces. L'intérêt annuel de 5 % représente 52.200 sesterces. Il servira à nourrir 281 enfants pauvres du territoire de Velleia. D’autres mesures d’assistance furent prises pour les garçons et filles pauvres. Mais les foules sans cesse renouvelées de misérables, anciens esclaves, affranchis, non romains, sans emploi, menacent la stabilité de l'Empire. On n’a plus besoin d’eux. Depuis longtemps on ne construit plus de Pyramides, mais on écrit des poésies, et le paysan cultive avec sa seule famille son petit champ.
En opposition avec cette déviation de l’assistance, Senèque apparaît et son école : « Ne songes-tu pas que celui que tu appelles ton esclave tire son origine d’une semblable semence, qu’il jouit du même ciel, qu'il respire le même air, qu’il vit et meurt de même
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que toi ? Tu le peux voir aussitôt libre qu’il te peut voir esclave ». (Ep. Ad. Lucilius 47). Les stoïciens se signalaient par leur visage, leur maintien digne, à la haine des délateurs. Mais Senèque n’a sans doute pas toujours appliqué sa philosophie : « Il condamna la tyrannie dans ses livres et fut l’instituteur d’un tyran; les courtisans, et il ne quittait pas la Cour; la flatterie et nul ne flatta si bassement ».
Epictète suivit Senèque : « Ce n’est pas celui qui aime l’argent ou les plaisirs ou la réputation qui aime les Hommes; c’est celui qui aime le bien ».
Marc Aurèle : « Quoique les êtres raisonnables forment chacun un être à part, cependant, était faits pour coopérer ensemble à une même œuvre, ils ont pour cette raison entre eux le même rapport d’union qui se trouve entre les membres d’un seul corps ».
Cependant, Marc Aurèle, empereur, ne semble pas avoir fait pour le peuple sensiblement autre chose que les empereurs démagogues.
Mais voici qu’un culte nouveau naît dans un coin de l’empire. Jean Baptiste, fils de Zacharie, se lève dans Israël en prophète : « Soyez bons, s’écriait-il; avez-vous deux tuniques, donnez en une à celui qui n’en a pas; et si quelqu'un a de quoi manger qu’il partage avec celui qui n’a rien ! » Ce prophète d’une charité nouvelle est considéré par quelques pauvres comme le Messie attendu : « Ce n’est pas moi » leur répond-il, et lorsque, peu après, il rencontre Jésus, fils de Joseph et de Marie, il le salue comme le véritable Messie.
Les effets du Christianisme sur l’assistance aux malheureux se font puissamment sentir. Un nouveau principe apparaît en effet : c’est le devoir moral pour le riche de secourir le pauvre.
Dans la Rome chrétienne les communautés s’organisent, les pauvres mangent aux Agapes, des oblations ont lieu, des collectes sont faites.
Particulièrement intéressant par rapport au sujet de notre thèse est l'institution des Diaconies : le premier devoir des diacres était de découvrir les pauvres et de les signaler à l’évêque et aux fidèles. Quand les diacres avaient découvert des indigents, ils prenaient sur leur état des informations qu’ils consignaient sur un registre, véritable catalogue des pauvres. Bientôt les diaconesses, veuves ayant eu des enfants, furent adjointes aux diacres. La seule forme d’assistance, fut, d’abord, l’assistance à domicile. Saint-Clément divisa Rome en 7 quartiers; chacun fut pourvu d’un diacre chargé de pratiquer l'assistance à domicile.
C’est accessoirement que furent organisées les Xénodochies : maisons destinées à recevoir les étrangers et les passants.
Brephotrophies et ophanotrophies, maisons destinées à recevoir les enfants et les bébés.
Gérontocomies : asiles pour vieillards.
Prochotrophie : asile pour infirmes et indigents.
Arginarie : asile des malades incurables.
Le premier hôpital cité à Rome fut fondé par une dame romaine riche et pieuse Fabiola. Elle y reçu des
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malades abandonnés (fd. est. des esclaves) des malheureux consummés de longueur (i. e. Infirmes et incurables) des nécessiteux de toute nature.
D’autres hôpitaux sont construits. Entre autres par Saint-Basile à Césarèe. Toutes les personnes de service y étaient logées y compris les médecins. Des ateliers de toutes sortes accueillaient les ouvriers qui se trouvaient parmi les pauvres. Les passants y recevaient l’hospitalité, les malades des soins; les infirmes, les indigents, y étaient admis.
Il est bien certain que les premiers chrétiens pratiquèrent surtout l’assistance à domicile et que les hôpitaux, malgré tout encore peu nombreux, servaient à secourir tous les malheureux, les malades comme les chroniques.
De même en Gaule, après l’invasion des Barbares, les maisons charitables qui subsistèrent ou qui furent fondées par les barbares reçurent toutes les misères. Les conciles et les capitulaires les appellent d’abord Xenodochies, de la grande fonction qu’ils remplissaient surtout l’hospitalité. Plus tard, comme on ne comprend pas ce mot grec, on les appelle hospitalis, hospitale, maison qui reçoit les hôtes, les étrangers.
Les hôpitaux deviennent de plus en plus nombreux (on en construit beaucoup en montagne pour les pélerins). Les diacres disparaissent et sont remplacés par des ordres religieux dont beaucoup ne font plus la charité que dans les hôpitaux. En 567 le Concile de Tours, entre autres décisions importantes, ordonne que chaque ville secoure ses indigents. C’est la pre-
mière fois qu’apparaît dans l’histoire ce principe du domicile de secours qui est en opposition avec toute la conception antérieure de l’assistance, conception qui comprend essentiellement l’aide aux voyageurs, aux étrangers : « Que les habitants et le Clergé de chaque commune suivant leurs ressources nourrissent d'aliments convenables les pauvres qui y sont domiciliés, afin qu'ils n’aillent pas vagabonder dans les autres localités ». Ce concile propose aussi que lassistance soit organisée non seulement par le clergé, mais aussi par les laïques. De même on lutte contre la transformation en « Bénéfices » d’œuvres charitables. La conception de l’assistance s’est donc modifiée depuis les premiers chrétiens. Mais c’est au XVII: siècle qu’apparaissent clairement les contradictions entre les nécessités de l’assistance et les nécessités sociales du temps. |
Saint Vincent de Paul, crée les « Filles de la Charité, garde-malades et servantes des pauvres ». Il fonde la Maison de la Couche pour les enfant dont la naissance est irrégulière. Il recueille les vieillards sans ressources et soigne les malades. Soignant les malades, il est amené à créer la « Compagnie des Dames pour le Service de l'Hôtel-Dieu à Paris ». Autrement dit, continuateur de la grande tradition de l'assistance, il ne fait pas de différence entre l’aide aux incurables, aux infirmes, aux enfants, aux vieillards, aux étrangers et aux malades. Comprenant les rapports de la misère et de la maladie, il crée la
Compagnie des Dames pour le Service de l’Hôtel- Dieu.