INTRODUCTION
Notre rôle est modeste. Sans entrer dans aucune théorie sur la nature, les conditions et le but de lart, en restant dans les limites de noire compétence, nous chercherons à mettre en valeur les morceaux dans lesquels les artistes
ont pas craint de copier, non plus des types de perfection choisis avec soin, mais des inGrmités, des difformités, des maladies, les erreurs, les déviations, les aberrations de la nature.
C'est, si l'on veut, l'invasion de la pathologie dans l'art. Que si un tel sujet soulevait les appréhensions des esprits férus d'idéal, ou exclusivement amoureux des belles formes, auxquels répugnent la vue des infirmités humaines et les dissertations dont elles peuvent être l'objet, nous pourrions répondre que la faute première en est aux artistes. Qu'ils se rassurent cependant, nous nous garderons de faire montre ici d'une érudition facile, nous ne traiterons les questions spéciales que dans les limites nécessaires pour la compréhension des œuvres artistiques que nous nous proposons d'examiner.
On nous dira que lart vit dç conventions et d'exagérations, qu'il est au-dessus, tout au moins en dehors de la science et n'a rien de commun avec elle. Il est des personnes qui affectent de jeter les hauts cris à la seule pensée de la science s'introduisant dans le domaine de l'art. Les habitudes d'analyse, de morcellement du travail, de spécialisation, qui sont à la fois une des conséquences et des sources du progrès moderne, semblent favoriser ce sentiment. Mais il ne faut pas que le détail empêche de voir l'ensemble, que les arbres masquent la forêt. Vus de haut, science et art ne sont plus que deux manifestations d'un même phénomène, deux faces d'un même objet. « Savoir, j a dit M. Ernest Chesneau, est la seule base de rinfaillibililé de l'art. Savoir et bien savoir — la pensée appuyée sur ce levier se fortifie, se contrôle ellemême, et possède pour se manifester non seulement l'expression exacte et incontestable, mais aussi la conscience raisonnée de cette exactitude. Quelle plus grande joie morale? »
C'est ce que les artistes ont compris depuis longtemps, et, dans la pratique, l'union est faite entre l'art et la science. Nous pensons donc superflu .. d'entreprendre ici la démonstration régulière des rapports intimes qui
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