‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 3 sur 49 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

lient entre elles ces deux grandes manifestations de l'activité humaine.

Néanmoins, nous demandons à présenter quelques courtes considérations, plus spécialement en rapport avec l'objet qui nous occupe.

Un grand artiste, qui fut en même temps un grand penseur, Léonard de Vinci, a parfaitement défini le rôle de la science lorsqu'il dit : « D'une manière générale, la science a pour office de distinguer ce qui est impossible de ce qui est possible. L'imagination, livrée à elle-même, s'abandonnerait à des rêves irréalisables : la science la contient en nous enseignant ce qui ne peut pas être. Il ne suit pas de là que la science renferme le principe de l'art, mais qu'on doit étudier la science ou avant l'art ou en même temps, pour apprendre i dans quelles limites il est contraint de se renfermer \ »

Dans la représentation du corps humain, par exemple, il est des lois que l'artiste ne saurait enfreindre, des limites que sa fantaisie ne saurait dépasser. L'anatomie est une science qui prête à l'artiste un concours nécessaire pour la création de ses plus belles conceptions. Mais, dans ses déviations, la nature n'obéit-elle plus à des lois ? Et ici nous touchons au sujet qui nous intéresse plus particulièrement à cette heure. Suffit-il pour faire un bossu de lui courber la colonne, un bancal de lui tordre le pied, un nain de lui rapetisser la taille? « La nature, dit Diderot, ne fait rien d'incorrect. Toute forme belle ou laide a sa cause, et de tous les êtres qui existent il n'y en a pas un qui ne soit comme il doit être. » Et plus loin : <?... Un nez tors en naturel n'offense point parce que tout se tient ; on est conduit à cette difformité par de petites altérations adjacentes qui l'amènent et la suivent. Tordez le nez à l'Antinous, en laissant le reste tel qu'il est, ce nez sera mal. Pourquoi? C'est que l'Antinous n'aura pas le nez tors mais cassé. » — « Tournez vos regards vers cet homme, ajoutet-il encore, dont le dos et la poitrine ont pris une forme convexe. Tandis que les cartilages antérieurs du cou s'allongeaient, les vertèbres postérieures s'affaissaient ; la tôle s'est renversée, les mains se sont redressées à l'articulation du poignet, les coudes se sont portés en arrière, tous les membres ont cherché

i. Cité par M. Félix Ravaisson-Moliien, in art* Dessin du Dictionnaire pédagogique.

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