ATYRB COMIQUE. PEINTURE D'UN VASE CONSERVÉ AU LOUVRE
pilon, comme dans la mosaïque de Lescar, par exemple, dont nous parlerons plus loin.
« Elle n'est pas non plus dans une situation qui résulterait de la flexion exagérée de la jambe sur la cuisse, de telle sorte que le talon vienne s'appliquer contre la fesse du même côté. Elle est repliée, au contraire, comme par une sorte de dislocation complète — qu'on nous permette le mot — de l'articulation fémoro-tibiale, si bien qu'il y aurait une luxation, j'oserais dire plus que complète du tibia, luxation absolument fantaisiste avec arrachement des téguments articulaires, des tendons, des fibres musculaires, etc. Avec une pareille disposition des parties osseuses, le fémur ne reposerait plus que par soncondyle interne butant contre la tubérosité interne de l'extrémité supérieure du tibia.
c Dans cette position absolument anormale, même chirurgicalement parlant, et quel que soit pour ainsi dire le traumatisme qui en aurait été la cause (à moins encore qu'il ne s'agisse de quelque anomalie congénitale), la jambe se trouve remontée le long de la face interne de la cuisse du même côté, c'est-à-dire de la cuisse droite, et
le pied droit vient s'appliquer contre la région sous-pubienne dans le sillon de séparation de la cuisse et du testicule droit qui masque la pointe du pied.
« Voici pour la forme du membre inférieur droit, tel que la peinture rouge clair sur fond noir nous le représente.
« Comme moyen de sustentation du membre, nous n'avons pas ici un pilon comme sur le fragment de vase que nous allons décrire tout à l'heure, mais une sorte de long bâton que l'individu même, bateleur ou satyre comique, tient de la main gauche et sur lequel il s'appuie. Ce bâton qui repose, par son extrémité inférieure sur le sol, longe la face
FRAGMENT nE MOSAÏQUE. CATHÉDRALE DE LESCAR.
antérieure de la cuisse et la jambe droite repliée, passant entre elles deux, remonte obliquement au-devant du tronc et gagne le côté gauche du thorax jusqu'un peu audessus et en dehors du mamelon gauche, c'est-à-dire au devant des quatrième et troisième côtes gauches, où la main le saisit par son extrémité supérieure et s'y appuie. Quant au membre inférieur gauche, il est normal, plus ou moins grossièrement représenté, du moins quanta sa terminaison, de telle sorte que le pied se devine beaucoup plus qu'il ne se voit réellement ^ »
Mais il existe en outre deux spécimens dont l'importance est capitale puisqu'ils représentent non plus la simulation d'une amputation et l'imitation d'un appareil prothétique, mais la réalité môme de l'infirmité et le moyen destiné à y remédier.
Le premier est la célèbre mosaïque de la cathédrale de Lescar, sur la date de laquelle les archéologues sont divisés : mosaïque gallo-romaine pour A. de Longpérier, M. E. Rivière, M. Léon Palustre; mosaïque du xii* siècle pour M. L. Raymond. Toutefois cette dernière opinion nous paraît aujourd'hui victorieusement combattue.
Sans nous étendre ici sur les raisons qui confirment cette manière de voir, nous nous contenterons de rapporter la description que M. L. Raymond a donnée autrefois de la partie de cette mosaïque qui nous intéresse plus particulièrement.
1. Prothèse chirurgicale chez les anciens : Deux jambes de bois à Vépoque gallo-romaine y par E. Rivière (Gazelle des hôpitaux du 17 novembre 1883).
LES INFIRMES
« A gauche, sur une longueur de 5 mètres 64 et une largeur de 1 mètre 68, on voit d'abord une inscription, puis un chasseur nègre, dont la jambe droite privée du pied, est repliée et s'appuie sur la fourche d'une jambe de bois. Cet homme, tête nue, le front dégarni, les cheveux rejetés en arrière, tend son arc pour lancer un trait; derrière lui pend son cor attaché par une courroie. Après ce singulier personnage viennent un mulet et une bête féroce attachée par le cou à la queue de cet animal ^ »
« L'homme à la jambe de bois est peut-être un Maure, » ajoute un peu plus loin M. L. Raymond.
On constate la représentation parfaite d'un pilon exactement semblable k ceux dont on se sert encore de nos jours. Le genou y prend un point d'appui, lajainbe étant fléchie à angle droit. On voit, en efi*et, proéminer en arrière la jambe mutilée.
Le second spécimen dont il nous reste à parler est un fragment de poterie ancienne trouvé à Paris à la fin de l'année 186^2, ou dans les premiers jours de Tannée 1863, dans les travaux de terrassement pratiqués dans le jardin de l'hôtel de Cluny. M. Rivière, qui l'a fait connaître, en donne la description suivante :
« Ce fragment représente en bas une chasse où l'on voit un lièvre, non pas poursuivi par des chiens, mais placé de telle façon qu'il semble poursuivre, au contraire, l'un de