‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 27 sur 49 · UN INFIRME. BAU-FORTE PAR CALLOT · texte numérisé non relu

UN INFIRME. BAU-FORTE PAR CALLOT

faitement caractérisé. La paralysie du côté gauche du corps a entraîné la déformation du pied et de la main de ce côté. L'aspect de ces parties en même temps que la localisation du mal à un même côté du corps trahissent une juste observation de la nature.

Une toile peinte du xvi^ siècle, appartenant à l'hôpital de Reims, met en scène autour de la piscine probatique une collection d'infirmes et de malades de toutes sortes. Nous y relevons, relativement aux mutilés, un détail que nous retrouvons dans un grand nombre de gravures de l'époque. La section du membre est nette et laisse voir en son milieu la coupe de l'os qui dépasse même quelquefois. C'est là un trait qui ne peut avoir été emprunté qu'aux étals des bouchers. Inutile d'insister sur le côté conventionnel d'un tel mode de représentation de la mutilation.

Un bas-relief de BenedettodaRovezzano, au musée des Offices, à Florence, représente la translation du corps de saint Jean Gualbert. Le corps du saint est porté par des moines, et tout autour se pressent des malades dans l'espoir d'une guérison. Dans le coin à

gauche, une jeune fille est étendue à terre, plusieurs pei^sonnes s'empressent autour d'elle. Tout à côté un infirme se panse la jambe.

Sur la droite on amène un possédé, et tout à fait dans l'angle se passe une scène touchante qui nous intéresse plus particulièrement, et sur laquelle nous allons insister. Un jeune infirme a laissé tomber sa béquille, et deux hommes s'apprêtent à le soulever pour l'approcher de la sainte dépouille. L'enfant se laisse faire, les mains jointes, partagé entre la crainte et l'espoir, heureux dusecours qu'on veut bien lui prêter, car l'état de ses pauvres jambes ne pouvait lui permettre qu'une marche laborieuse et bien difficile. En effet ses pieds, bien qu'ils reposent à terre, sont tordus la pointe en dedans, et les membres inférieurs dans toute leur étendue, le droit surtout, paraissent roides. Ces pieds bols ont quelque chose de très caractéristique : on remarquera que les muscles des jambes ne sont pas atrophiés et que les pieds, bien qu'immobilisés dans une attitude vicieuse, ne sont le siège d'aucune déformation.

C'est bien l'aspect de ces contractures hystériques des membres inférieurs si fréquentes chez les jeunes sujets. Il se dégage de cette figure un tel accent de sincérité et de vérité, qu'elle pourrait servir de thème aune longue dissertation scientifique sur les accidents de \ hystérie locale.

Nous ne citerons que pour mémoire les gueux et les bohémiens de Jacques Callot. Dans cette suite d'estampes si originales et si curieuses, il n'est pas rare de rencontrer de pauvres infirmes, des bossus et des boiteux... Celle que nous avons fait reproduire est particulièrement intéressante pour nous. La torsion du pied qui constitue le />tVrf bot y est fort bien observée.

Enfin nous signalerons, sans nous y arrêter, la célèbre fresque de Goya dans la coupole de San Antonio de la Florida, a Madrid.

On y voit un paralytique guéri par saint Antoine de Padoue.

C'est tout simplement un homme très pâle, très maigre, très laid, roide dans les jointures et comme soudé.

La première à citer parmi les œuvres d'art représentant des personnages atteints de cécité est le célèbre buste d'Homère, du musée de Naples. Nous n'avons pas à nous étendre sur les qualités de premier ordre de ce morceau de sculpture. Nous nous bornerons à signaler le mouvement expressif des yeux, qui nous paraît admirablement rendu. Ces yeux inégalement ouverts, au-dessus desquels le sourcil s'élève, dans un vain effort, comme pour faciliter l'accès désormais inutile de la lumière du jour, sont bien les yeux d'un aveugle.

11 est en effet très curieux d'observer que la cécité imprime souvent à tout le corps une attitude spéciale d'ailleurs bien connue

Sur la physionomie on constate le relèvement des sourcils, comme sur le buste d'Homère dont il est question ici. Quant à l'attitude, elle consiste dans le redressement de tout le corps, la tôte droite, légèrement renversée en arrière, la face dirigée en haut, vers le ciel d'où vient la lumière.

Ce type d'amaurotique est fréquent. Nous en connaissons, à la Salpêtrière, de bien beaux exemples, et il n'est certainement pas de nos lecteurs qui, recueillant leurs souvenirs, ne se souviennent l'avoir croisé dans les rues. II marche seul, la canne en avant, roide et tout d'une pièce, l'œil sans regard dirigé en haut, avec une assurance et une connaissance du chemin qui étonnent les passants. Ou bien il est accompagné, et le conducteur, dont l'œil est sans cesse sollicité par ce qui se passe autour de lui, contraste singulièrement par la liberté et la variété de son allure et de ses mouvements avec l'attitude rigide et compassée de son compagnon. D'aussi loin qu'il les aperçoit, l'œil le moins exercé n'hésite pas à reconnaître lequel des deux promeneurs est privé du sens de la vue.

Et ce type si expressif de l'aveugle, qui garde dans ses traits et dans toute son altitude la recherche de la lumière, ne se rencontre généralement que dans les cas de cécité invétérée, alors que toute perception lumineuse est depuis longtemps abolie. C'est celui

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TOBIE AVEUGLE COURANT A LA RENCONTRE DE 8 0> FILS. EAU-FORTE DE REMBRANDT.

que les artistes ont en quelque sorte choisi, et nous le trouvons admirablement rendu dans plusieurs tableaux que nous citerons tout à l'heure.

Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que pendant l'évolution des maladies qui aboutissent à l'amaurose, l'impression lumineuse est souvent douloureuse, au point que toute la mimique du patient n'a qu'un but : celui d'apporter un obstacle à l'entrée des

rayons lumineux dans Toeil; d'où le froncement ou l'abaissement constant des sourcils, la demi-occlusion des paupières, et l'inclination en avant de touée la tête, la face tournée vers le sol; d'où l'usage des grandes visières, elc...

C'est le tableau du photophobe diamétralement opposé à celui de l'amaurotique signalé plus haut.

Il n'y a donc pas lieu de chercher à expliquer cette attitude de l'aveugle, par l'habitude qu'aurait contractée l'amblyopique de chercher, alors que la vision s'affaiblit progressivement, à augmenter par tous les moyens possibles la quantité de rayons lumineux qui frappent la rétine, et à faciliter l'accès de cette lumière qui le fuit.

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