‹ Les difformes et les malades dans l'artChapitre 29 sur 49 · LES TEIGNEUX ET LES POUILLEUX · texte numérisé non relu

LES TEIGNEUX ET LES POUILLEUX

Murillo a consacré à sainte Elisabeth de Hongrie un tableau qui doit trouver sa place ici. La charité de sainte Elisabeth avait déjà inspiré un peintre allemand dont nous ferons connaître l'œuvre remarquable montrant la sainte au milieu des lépreux. Dans la composition du maître espagnol, la reine de Hongrie ne se contente plus de donner à manger et à boire aux malades, elle leur prodigue elle-même ses soins. Et pour ne pas être atteints de la lèpre, les malheureux qu'elle panse n'en sont pas moins victimes d'un mal contagieux dont le peintre a si bien su fixer les caractères que le diagnostic est des plus faciles. L'enfant dont sainte Elisabeth lave la tête au-dessus d'un large bassin est atteint de la teigne tonsurante, et un second petit malade debout près d'elle, qui semble attendre son tour et occupé à se gratter avec frénésie, est affligé du même mal. L'emplâtre, ou le linge qu'il a sur le sommet de la tête, laisse voir ces larges places irrégulièrement dégarnies de cheveux, qui sont une des conséquences du mal. Près de la sainte sont deux servantes, dont l'une s'apprête à verser le contenu d'un vase sur la tête de l'enfant; l'autre tient un plateau avec des médicaments et des emplâtres. Un boiteux perdu dans l'ombre s'avance sur la droite, et dans l'angle gauche du tableau, un pauvre diable assis à terre défait son pansement et découvre un ulcère de la jambe*.

Nous ne ferons que signaler un tableau du même maître conservé au musée de Munich

1. n existe, dans la chapelle du château de Châteaudau, une statue en pierre de sainte Elisabeth, du xv« siècle. La sainte a prèsd'eUe un petit infirme, qui aune jambe de bois et se soutient avec des béquilles. Il est désigné dans le pays sous le nom du petit teigneux. Presque complètement nu, vêtu d'une simple braguette, il est coiffé d*un bonnet qui recouvre tout le crâne et s'attache avec des brides sous le menton.

MURILLO. SAINTE éLI8ABBTH« REISB-«DB HONGRIK.

A l'Académie'SainUFerdinand. Madrid.

et exprimant une scène plus intime dans laquelle une affection parasitaire du cuir, chevelu retient également Tattenlion du spectateur. Mais le mal dont il s'agit ici, le pediculm capitisj fort commun dans les populations où n'ont pas pénétré les saines habitudes deThygiène, ne laisse point de traces visibles dontl'artiste ailà se préoccuper. La recherche du parasite qui se cache dans les épaisseurs touffues de la chevelure est le motif que le peintre a choisi, et qui à lui seul révèle la nature de l'affection. C'est une vieille femme, une grand'aière qui tient entre ses genoux la tête d'un bambin joufflu à demi couché à terre; tout est à admirer dans cette scène de famille, depuis l'insouciance du jeune enfant dévorant un morceau de pain et jouant avec un chien qui semble attendre la bouchée promise, jusqu'à l'attention pleine de gravité avec laquelle la vieille femme se livre à la poursuite de l'ennemi.

Un jeune pouilleux a été également représenté par Gérard Dow. La scène se rapproche beaucoup de celle qu'a choisie Murillo. C'est encore une vieille femme qui ' tient sur se» genoux la tôte d'un gros garçon d'une dizaine d'années. La recherche . à laquelle elle se livre est minutieuse, elle exige les lunettes, elle captive toute l'attention. Sur l'arrière-plan le mari semble attendre ce moment opportun pour vider la * bouteille. L'intérêt pittoresque du tableau est doublé par les accessoires qui, suivant l'habitude du maître flamand, meublent l'intérieur de la maison.

LES SYPHILITIQUES

C'est au xv siècle (jue la syphilis se montra en Europe, et (ju'elle sévit d'une façon terrible sous la forme d'épidémies violentes au môme moment en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et en Angleterre.

Or les deux documents artistiques que nous connaissons relatifs à la syphilis, datent précisément de cette époque.

C'est d'abord une gravure, extraite du traité de Joseph Grûnpeck de Burckhausen publiée en 1 496, et reproduite dans le traité complet des maladies vénériennes de Ricord (édition de 4851). Elle représente la Vierge aux syphilitiques.

Au premier plan, un mort est étendu : il est nu et couvert de lésions syphilitiques qui, bien qu'assez grossièrement représentées, ressemblent à des pustules de rupia. Sur la droite deux femmes à genoux portent à la figure, au cou et aux mains les mômes altérations. A gauche un chevalier, qui ne porte aucun signe de maladie, est agenouillé. Il tient l'étendard et reçoit une couronne des mains de la Vierge portée sur un nuage, pendant que l'enfant Jésus au bras de sa mère tourne la tôte et sourit aux femmes syphilitiques.

Le second document offre un intérêt plus considérable. C'est d'ailleurs l'œuvre d'un maître allemand fort apprécié, et nous y verrons les accidents syphilitiques les plus variés, reproduits avec un art irréprochable et une vérité scientifique qui ne laisse rien à désirer.

Nous en devons la connaissance à notre ami le docteur Keller, qui a eu l'obligeance d'en faire faire pour nous une copie et a bien voulu nous remettre la note suivante, à laquelle nous ne trouvons rien à ajouter.

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