INTRODUCTION. V
le centre de gravité commun qui convenait le mieux à ce système hétéroclite, le visage a pris un air de contrainte et de peine. Couvrez cette figure; n'en montrez que les pieds à la nature, et la nature dira, sans hésiter : « Ces pieds « sont ceux d'un bossu... »
Ces idées de Diderot étaient précisées par Tun de nous au sujet d'une étude sur un buste d'Esope, dont il sera d'ailleurs parlé plus loin : « La médecine, écrivait-il il y a déjà presque trente ans, est en possession de décider si telle ou telle imperfection de traits, d'attitude ou de conformation appartient à la nature ou au ciseau, et si conséquemment elle accuse chez l'artiste ou une grande habileté ou une grande impéritie. Il n'est, pour ainsi dire, pas d'irrégularité morphologique absolument circonscrite ; ce n'est jamais qu'un centre d'où émanent, dans les parties environnantes et parfois à une grande distance, des caractères spéciaux entièrement subordonnés à la nature, au siège, au degré de ladif][ormité et qui la traduisent selon des règles fixes et nécessaires*- »
L'étude que nous entreprenons sur la représentation artistique des difformités nous paraît offrir deux genres d'intérêt: elle montre comment les artistes ont su allier au culte du beau la recherche scrupuleuse de la nature; elle introduit, en outre, dans lesarts plastiques, un nouvel élément de critique, qui relève au premier chef de la science et dont il appartient plus spécialement aux médecins d'établir la signification et la portée.
L'art n'a rien à redouter de ce contrôle qui, lorsqu'il est exercé par l'artiste lui-même sur ses propres œuvres, devient une force nouvelle. « La parenté qui lie l'art à la science, a dit H. Taine, est un honneur pour lui, comme pour elle; c'est une gloire pour elle de fournir à la beauté ses principaux supports, c'est une gloire pour lui que d'appuyer ses plus hautes constructions sur la vérité. i>
Sans avoir la prétention d'établir une classification rigoureuse, nous grouperons les documents que nous avons réunis en plusieurs catégories :
1. De quelques marbres antiques concernant des études anatomiques, par J.-M. Charcot et A. Dechambre (Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, t. IV, n"" ^, 1857).
l INTKODUCTION.
. Les grotesques, — Les nains, bouffons et idiots, — Les infirmes (paralytiques, boiteux, culs-de-jatte, mutilés, etc.), — Les aveugles, — Les teigneux et les pouilleux, — Les syphilitiques, — Les lépreux, — Les pestiférés, — Les malades, — Les morts.
Nous avons puisé rigoureusement nos exemples dans les œuvres des maîtres de tous les temps et de toutes les écoles, sans distinction^ La peinture, la sculpture, la gravure nous offraient des matériaux innombrables, et nous avons dû nous borner aux faits concluants, d'où se dégagent perpétuellement l'étude et le sentiment de la nature.
1. Nous n'avons fait d'exception que pour les œuvres modernes dont Texamen ne pouvait entrer dans le cadre de la présente étude.