Bayet, Précis d*hisioire de Vart, p
tous deux debout; le soleil et la lune se montraient dans les airs, comme pour être témoins du sacrifice de rPIomme-Dieu. Mais cet être divin ne paraissait point souffrir; sa tête était droite; ses yeux ouverts offraient en quelque sorte un emblème de son immortalité*...
« Le génie des Grecs, dit le même auteur, semblait se refuser à peindre Jésus- Christ, couronné d'épines, percé d'un coup de lance, épuisé par l'agonie. Les Latins euxmêmes, qui connurent plus tôt que les Grecs ces peintures lugubres, paraissent ne les avoir adoptées qu'à regret. Longtemps encore, après avoir peint Jésus souffrant, ils le représentèrent sur la croix, jeune, sans barbe, inaccessible à la douleur, coiffé d'un bandeau royal, d'une mitre ou d'une tiare, et, quelquefois même, assis au milieu de ce bois mystérieux, comme sur un trône ^. »
Un triptyque du cabinet des médailles du \v ou du xii' siècle nous montre qu'à cette époque les artistes n'avaient pas encore imaginé de placei' sur la croix un Christ amaigri dont les membres sont tordus par les convulsions de l'agonie; le corps à demi nu présente au contraire des proportions assez exactes et un modelé assez juste ^.
Le Christ, d'une effrayante maigreur, déformé par le jeûne et la souffrance, est le type qui a prévalu dans la suite. Bien rarement il est idéalisé, et souvent la peinture du cadavre est poussée jusqu'au réalisme. Il faut arriver aux xv" etxvi" siècles pour constater un retour aux anciennes traditions, et trouver dans les œuvres de la Renaissance italienne des tableaux dans lesquels l'artiste cherche à donner au Christ mort la beauté des formes que la Grèce donnait à ses dieux.
Dans cette longue série d'œuvres d'une valeur d'ailleurs bien inégale au point de vue de l'art, nous avons à relever plus d'un détail intéressant.
Parfois, le Christ mort est représenté alors que la rigidité musculaire a envahi tous les membres. Le cadavre roidi se tient tout d'une pièce, ainsi que Van der Veyden nous en montre deux exemples très finement observés, dans deux « descentes de croix » dont l'une esta Vienne et dont l'autre se voit au musée du Louvre.
Par contre, Rembrandt nous représente le cadavre du Christ à l'état de résolution la plus complète. Il est difficile d'accentuer avec plus de vigueur et de réalité que dans sa
4. Histoire de la peinture au moyen âge, par Éineric David, p. 61 .