FRAGMENT DU TOMBEAU DU CARDINAL DE LAGRANGE
Musée d'Avignon.
on distingue parfaitement néanmoins la rétraction des tissus de l'œil au fond de l'orbite proéminent.
Les muscles de tout le corps sont réduits de volume, et, suivant les régions, s'appliquent sur le squelette ou forment des cordes saillantes. Le squelette se dessine sous la peau parcheminée avec une grande précision anatomique.
Nous signalerons comme particulièrement bien observés les reliefs de la cage thoracique, la rétraction de l'abdomen, les saillis des os costaux, des rotules, des tibias S etc.
Les mausolées royaux de l'abbaye de Saint-Denis montrent les statues de trois rois
i. Avignon possédait autrefois un célèbre lableau aujourd'hui disparu et dû au pinceau du bon roi René. A cause du sujet qu'il représentait, il convient de le rapprocher du tombeau du cardinal de Lagrange. Nous empruntons les curieux détails qui suivent à Fhistoire de René d'Anjou par le vicomte Villeneuve-Bargemont (cité par M. le comte de (Jualrebarbes dans les œuvres complètes du roi René) : c M. le président de Brosses,
et de trois reines, représentés nus et à l'état de cadavre, étendus sur la pierre sépulcrale. C'est Louis XII elAnne de Bretagne, François P' et Claude de France, Henri II et Catherine de Médicis. Chacune de ces œuvres remarquables mérite de nous arrêter un instant.
Nous n'avons pas à nous étendre ici surla disposition architecturale de ces mausolées, qui sont de véritables petits édifices, élevés par les soins des artistes les plus éminents de répoque et décorés de morceaux de sculpture, bas-reliefs et statues dont plusieurs sont des chefs-d'œuvre. Aux parties supérieures du monument, sur la plate-forme, les personnages royaux sont représentés sous le costume d'apparat, agenouillés dans Tat-
STATUES TOMDALCS DE LOUIS XII ET D'ANNE.'dE BRETAGNE, PAR JEAN JUSTE.
Basilique de Saint-Denis.
titude de la prière. Puis sous la voûte, les mêmes personnages sont figurés à l'état de cadavre, étendus sur la pierre qui couvre le sarcophage. Ce sont ces statues de « gisants » que nous nous bornerons à décrire.
Le tombeau de Louis XII et d'Anne de Bretagne est attribué à Jean Juste. Les deux cadavres sont deux chefs-d'œuvre d'exactitude. L'artiste a poussé le scrupule de la vérité jusqu'à représenter sur l'abdomen la suturedc l'embaumement, détail que nous n'avons pasobservé ailleurs. Etendues chacune sur un suaire, les deux statues entièrement nues, ont la tête appuyée sur des coussins. Le visage du roi est profondément altéré, les orbites sont caves, la bouche est entr'ouverte, les lèvres rétractées laissent voir les dents et la langue aplatie. Les deux bras roidis sont ramenés sur le devant du corps, les mains
dans un spirituel voyage d'Italie, dit que René, fondateur des Célestins d'Avignon, peignit à la détrempe un tableau représentant sa maîtresse, qu'il avait vue dans son tombeau quelques jours après sa mort. Il fui» ajoute-t-il, si frappé de l'état horrible où elle était, qu'il voulut la peindre ainsi. C'est un grand squelette debout, coiffé à l'antique, recouvert de son suaire, les vers mangent le corps d*une manière affreuse, sa bière est ouverte, appuyée debout contre la croix du cimetière et pleine de toiles d'araignées fort bien imitées. »
recouvrent les organes génitaux. Les saillies musculaires sont exagérées par la rigidité cadavérique. Les tendons sont saillants, et les extrémités osseuses dégagées se dessinent très exactement sous la peau. Les orteils sont rétractés ; les veines sont fort discrètement indiquées.
Le cadavre de la reine est traité avec tout autant de scrupule. La tête est renversée en arrière, la bouche entr*ouverte. La poitrine, très maigre, porte des mamelles flétries. La main droite étendue le long du corps est crispée par la rigidité cadavérique. La main gauche protège les organes recouverts d'un pli du suaire. Sur les deuxcadavrps, le ventre est modelé d'une façon très exacte et, en outre des sutures de^ l'embaumement, est marqué de plis cutanés très exactement observés. ♦
Le monument de François P' et de Claude de France a été édifié par Philibert de