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John Raskin, les Pierres de Venise, III, p

CBARGOT et mcHiR. » Les difformes et les malades dans l'art. 1

MASCARON GROTESQUE DE l'église SANTA MARIA POAlIjOSA, A VENISE.

est une mine d*une richesse inépuisable où se mêlent le beau et le laid, Tharmonieux et le difforme avec les degrés intermédiaires. L'artiste de Santa Maria Formosa, en quête d'un type grotesque, nous paraît l'avoir rencontré sur son chemin, vu de ses yeux, saisi au passage et reproduit avec une fidélité qui nous permet aujourd'hui d'y retrouver les marques d'une déformation pathologique, d'une affection nerveuse nettement définie et dont nous avons eu récemment sous nos yeux, à la Salpêtrière, des exemples fort intô* ressauts.

Il s'agit d'un spasme de la face d'une nature spéciale, coexistant souvent chez les sujets hystériques mâles ou femelles avec une hémiparalysie des membres et présentant des caractères si tranchés qu'il est impossible de le confondre avec une autre affection spasmodique faciale.

Avec des traits d'une laideur moindre, nous retrouvons chez nos malades atteints de cet € hémispasme glosso-labié » dont nous venons de donner une description sommaire, une déformation en tous points semblable à celle du mascaron de Sanla Maria Formosa. En examinant les portraits de deux de nos malades inégalement atteints et que nous reproduisons ici, des deux côtés nous constatons que le spasme est localisé à une moitié de la face. Il envahit 4'œil qui se trouve clos en partie ou complètement, ainsi que le nez fortement dévié et dont la narine du même côté est tirée par en haut. Il envahit également la partie inférieure du visage; et la commissure labiale ainsi que le menton se trouvent violemment tirés sur le côté. Enfin la langue sortie de la bouche est déviée, la pointe dirigée du côté où le spasme existe et avec une exagération qui constitue par elle-même un des traits les plus caractéristiques de l'affection.

Sans avoir à nous étendre ici sur ce que la réunion de ces différents signes présente de caractéristique pour spécifier une affection et la différencier d'autres plus ou moins analogues, il nous semble impossible d'attribuer au hasard seul les similitudes sur lesquelles nous venons d'insister.

Non seulement l'artiste vénitien ne s'est pas abandonné aux caprices de son imagination, mais il a en quelque sorte rompu avec la tradition du grotesque, pour imprimer à son œuvre ce caractère de réalité saisissante. Cette face large, hideuse, aux traits grossiers, nez camard, bouche lippue, qui se retrouve fréquemment dans l'ornementation grotesque du moyen âge, descend en ligne droite de la Gorgone des Grecs, et du dieu Bes des Égyptiens. La saillie de la langue vient compléter la ressemblance, mais alors, comme dans ces types antiques, elle pend large et droite, nullement tirée de côté.

C'est ainsi qu'on voit un des diables des tours de Notre-Dame de Paris tirer une langue droite et pointue. Un des diables fantastiques de la cathédrale de Bourges (bas-relief du tympan de la porte centrale, façade occidentale) qui conduisent les damnés dans l'éternelle chaudière, laisse pendre hors de sa bouche une grosse langue. Des monstres de

i LES DIFFORMES ET LES MALADES DANS L'ART.

chapiteaux romans, figurés dans V Abécédaire d'archéologie de A. de Caumont, tirent également la langue toute droite. C'est aussi ce qu'on peut voir surun des mascarons du

lÉmSPASMB 6L0SS0-LABIÉ HYSTÉRIQUE A DROITE CHEZ UN MALADE DE LA SALP^TRIIrB.

Pont-Neuf conservés au musée de Cluny, à Paris, et sur une large face aux cheveux bouclés qui orne un chapiteau de l'église de Semur.

Au moyen âge, cette protrusion de la langue devient un signe de moquerie, ou bien, . comme on le voit sur quelques sculptures du xv" siècle de Magdalen Collège, à Oxtbrd, c'est le symbole de la luxure et de la gourmandise.

Une tôle de femme des boiseries sculptées (xv* siècle) de Téglise de Saint-MuUion en

MALADE ATTEINT D'HÉMISPASME 6L0SS0-LABIÊ HYSTERIQUE DU CÙTÛ QAVCH£.

(Le spasme est moins généralisé que chex le malade précédent.)

Comouailles, tire tout droit une langue efQlée, dont la pointe se relève en haut. Elle esi désignée généralement comme représentant une grimace. Nous ne serions pas éloignés

d'y voir la représentation d'une tête de possédée. On peut remarquer, en effet, qu'en outre de cette manière bien spéciale de tirer la langue, la face est complètement tournée de côté comme dans une convulsion.

C'est ici le lieu de rappeler le masque de la pierre de Klapperstein, à l'hôtel de ville de Mulhouse. La langue est hors de la bouche et pend droite.

Nous connaissons bien peu de figures grotesques dans lesquelles la langue soit tirée

MASCARON nV PONT NBl'F.

Mufci» de Glunv.

de côté. On peut en trouver un spécimen dans un groupe de trois figures empruntées à l'une des stalles sculptées de l'église de Statford-sur-Avon. Mais il est clair qu'il ne s'agit ici que d'une simple grimace. Toute la figure porte les signes exagérés du rire et ne présente en aucune façon ce cortège de symptômes si spécial, qui fait du mascaron de Santa Maria Formosa une œuvre naturaliste au premier chef. Nous en dirons autant des têtes grotesques qui ornent la façade de l'ancienne église Saint-André, à Chartres, et parmi lesquelles trois tirent la langue chacune d'une façon différente..

L'une la lire droite et pendante, comme c'est le cas ordinaire, l'autre Tincline du côté gauche, enfin la troisième la relève en haut de façon que la pointe touche le nez.

Nous rapprocherons du mascaron de Santa Maria Formosa, un masque en terre cuite qui présente une déformation analogue des traits, moins la saillie de la langue. Ce masque qui provient de la collection Campana se trouve actuellement dans une des vitrines de milieu du musée Charles X (pièce non numérotée).

Tout le côté gauche de la figure est contracté, l'œil est fermé, la narine fortement

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