‹ Les diners artistiques et littéraires de ParisChapitre 24 sur 58 · LES VILAINS BONSHOMMES · texte numérisé non relu

LES VILAINS BONSHOMMES

C'était en 1866, Bobino existait encore, on allait y applaudir les revues du fournisseur attitré de ce théâtre ; Saint-Aignan Choler ; les artistes, les étudiants animaient ce coin du Luxembourg. Le café de Fleurus, avec sa clientèle de peintres, de sculpteurs déjà célèbres ou en train de le devenir, était quelquefois envahi par des consommateurs jeunes, ardents, se livrant à des discussions bruyantes sur le livre à sensation paru la veille, où l'œuvre artistique qui venait de mettre en vue le nom de son auteur.

Il y avait là Sully-Prudhomme, Albert Mérat, Coppée, Armand Silvestre, Georges Lafenestre et

quelques autres. Un dîner fut fondé; mais, à cette époque, les poètes et les littérateurs composant la société ne pouvaient sacrifier qu'une somme restreinte pour payer leur repas ; en revanche ils avaient des exigences à faire tourner les sauces des restaurateurs de ce côté du Luxembourg.

Pour trois francs par repas on voulait des mets variés, le café, le cognac, et on poussait la démence jusqu'à demander des cigares. La Société alla d'un restaurant à l'autre sans se fixer nulle part. A trois francs par tête, on ne tenait pas à sa clientèle. On fit ainsi tous les établissements culinaires du quartier Montparnasse, les cigares furent sacrifiés.

Dans ses pérégrinations, la tribu des dîneurs avait pris de l'importance. C'était Léon Valade, un poète alors républicain et libre penseur, devenu catholique fervent; Camille Pelletan, un des rédacteurs delà Justice, journal de M. Clemenceau; André Lemoyne, l'auteur des Roses d'Autan ; Ernest d'Hervilly, qui a écrit en prose et en vers tant de choses

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