LÉON MARX L. NUNÈS
(Gaîté) (Renaissance)
L'idée prenait un corps. Tous les invités répondirent à l'appel qui leur était fait, la société était fon-
dée. M. Nunès reçut les adhésions et le dîner eut lieu.
M. Bodinier, du Théâtre-Français; M. Darcei, de l'Opéra ; M. Edouard Noël de l'Opéra-Comique M. Bourgeat, de l'Odéon, appartenant aux théâtres dits Nationaux, fraternisèrent avec leurs confrères des scènes non subventionnées ; il n'y eut pas un seul refus: personne n'argua de l'importance du théâtre où il remplissait ses fonctions pour tenter d'exclure des secrétaires de scènes plus modestes ou n'ayant rien de littéraire, comme l'Hippodrome et le Cirque.
M. Emile Abraham, du Gymnase, rédige la revue des Théâtres au Petit Journal, M. Georges Boyer de la Porte-Saint-Martin a écrit au Figaro, au Gaulois et, comme M. Abraham, a fait représenter en collaboration des pièces qui ont eu des succès. Il a été aussi secrétaire à l'Odéon, M. Duquesnel, régnante.
M. Léon Marx, de la Gaîté, a passé par la Porte- Saint-Martin. M. La Rochelle, l'habile et intelligent directeur qui avait ramené le succès sur tant de scè-
nés abandonnées du public parisien, appréciait les qualités de M. Marx, vif, pétulant, aimable et naturellement journaliste et auteur dramatique.
M. Chavannes est aux Variétés. Voilà une place qui n'est pas une sinécure ; lorsque de tous les points de l'horizon du journalisme arrivent des demandes pour voir jouer les artistes si connus du public qui les applaudit sans se lasser jamais, retient leurs gestes en même temps que les mots d'esprits d'écrivains tels qu'Albert Millaud, Raoul Taché, et beaucoup d'autres dont les noms attirent la foule.
Certes M. Chavannes fait des mécontents ; s'il y a beaucoup de demandes, il n'y a toujours qu'un nombre restreint de favorisés ; mais il ne s'est pas créé d'inimitiés, chose rare dans ce monde si susceptible des artistes et des écrivains.
M. Alfred Delilia des Folies-Dramatiques a rédigé le Courrier des Théâtres dans des journaux importants, lia écrit au Tintamarre, où il avait pour collaborateur Pirouette, lisez Coquelin cadet. Aux
Folies les succès prolongés de certaines pièces lu1 ont fait des loisirs. L'idéal d'un secrétaire général est qu'une pièce tienne l'affiche longtemps ; il se repose, son théâtre prospère et le directeur se frotte les mains.
Aux Bouffes- Parisiens, c'est M. Gaspari, un nom bien connu dans le monde des théâtres. Il est le fils de Gaspari directeur du Bobino où ceux de ma génération on vu jouer des revues de Saint-Aignan Choler, Gare Veau eut un succès colossal pour l'époque. C'était la fin de la bohème, l'agonie de la grisette, la disparition de l'étudiant. Le public de Bobino appelait irrévérencieusement son théâtre favori Bobinche.
M. Brasseur fils est le secrétaire général de son père, l'amusant artiste du Palais-Royal qui s'est mis directeur des Nouveautés et a réussi. Il est également codirecteur des Folies-Nouvelles.
A l'Ambigu, M . Bridault ; à Déjazet, M. A. Laffrique. Quand un théâtre a subi toutes les vicissitudes
de Déjazet — anciennes Folies-Nouvelles — qu'il a eu surtout le malheur d'avoir eu pour directeur M. Ballande qui l'avait affublé du nom peu justifié de Troisième Théâtre-Français parce qu'il faisait représenter des pièces que l'on appelle des ours, il faut se donner de la peine et déployer beaucoup d'intelligence pour ramener le public à ce théâtre. Aussi la place de M. Laffrique est-elle fort dure à remplir.
La scène du Château-d'Eau, rue de Malte, après avoir été l'Opéra-Populaire a encore changé de nom. C'est M . de Cuers qui en est ou en était le secrétaire général. Aimable et charmant confrère, il s'est retiré parce que M. de Lagrené, son directeur, n'admettant pas qu'on se permît de critiquer les pièces qu'il faisait représenter, avait supprimé le service à différents journaux.
Justement froissé de ce procédé, M. de Cuers donna sa démission et pour qu'on ne supposât pas qu'il avait été pour quelque chose dans la mesure
prise par M de Lagrené, il écrivit aux journaux une lettre où il expliquait le motif de son départ.
Beaumarchais a repris son ancien nom et joue des drames qui intéressent le public du Marais. C'est M. Charles qui est titulaire du secrétariat général.
M. Maurice Simon a ramené à Cluny la chance qui l'avait abandonné, après la direction brillante et fructueuse de M. Larochelle. Il jouedes pièces plusieurs centaines de fois avec salle comble. Son secrétaire général est M. Boscher.
Sans parler du Cabinet Pipcrlin, de désopilante mémoire, citons le succès prodigieux de la pièce qui lui succéda : Une Femme pour trois maris, de MM. Grenet-Dancourt et Albin Valabrègue. Le soir de la centième, M. Simon réunit plus de cent convives au café Riche.
Toute la presse dramatique avait été invitée, les artistes du théâtre de Cluny; des artistes d'autres scènes parisiennes, se groupaient autour de l'heureux directeur et des deux non moins heureux auteurs.
Une réduction du théâtre de Cluny se dressait au milieu de la table. Des femmes charmantes, puis à côté de ces fleurs animées d'autres fleurs dont les couleurs brillantes et les parfums enivrants donnaient un charme de plus à ces toutes gracieuses artistes dont la présence rehaussait encore l'éclat de cette fête toute intime.
Coquelin cadet, qui dit les monologues dont M. Granet-Dancourt est l'auteur, assistait au triomphe de son auteur.
Point de soupers de centième sans discours,
M. Albin Valabrègue tourna fort bien ce dangereux
écueil. Après lui, son collaborateur, puis M. Georges
Grisier — Dorante de la Pairie — qui, dédaignant la
vile prose, parla le langage des dieux :
La centième à Cluny n'est pas chose ordinaire,
C'est même rare, presque autant qu'un centenaire, etc.
Ce qui explique cet accès poétique de Grisier,
c'est qu'il avait une pièce, Nos Belles-Mères \ reçue
i. Au moment ou paraîtra notre ouvrage, cette pièce n'aura
à Cluny et que M. Grenet-Dancourt, lui ayant souhaité un centenaire, il fallait répondre à ce vœu.
M. Edouard Philippe dirigea la fête pyrotechnique, porta des toasts aussi variés que ses fusées et improvisa sur le piano des variations à faire pâlir ses feux les plus éblouissants. On dansa jusqu'au jour.
Après une nuit aussi bien remplie, on avait besoin de repos. M. Simon accorda à ses artistes deux jours de vacances. — L'ombre de feu Billion dut frémir si, invisible, elle assistait à cette orgie joyeuse.
Sachant que les bureaux de rédaction des journaux sont tous près 'es grands boulevards et par consé-
pas encore été représentée. Nous sommes d'avance convaincu qu'elle sera spirituelle, mais nous espérons que M. Grisier ne se livre pas à de basses flatteries à l'égard des Belles-mères. Si, ce que nous n'osons même pas supposer, il s'abandonnait à des fantaisies de ce genre, il rendrait la vie impossible à tous les malheureux affligés d'une belle-mère. 11 commettrait un crime de lèse-humanité, car il serait la cause de beaucoup de séparations de corps et de suicides nombreux.
quent fort éloignés de son théâtre, M. Boscher, peiné de refuser un confrère qui a fait ou fait faire une course aussi longue, hésite, puis si le confrère n'abuse pas des demandes il dit un mot à M. Simon qui prend son air le plus rébarbatif et... les deux places sont accordées.
Aux Folies-Bergères, M. Klotz. Encore un qui
reçoit des lettres. Les bourgeois qui connaissent des journalistes ne sont pas fâchés de voir le promenoir des Folies-Bergères, sauf après s'être amusés, à tonner contre la démoralisation du siècle.
M. Le Bourg est à l'Alcazar d'hiver ou Thérèsa après une absence de plusieurs années a retrouvé ses succès d'autrefois.
M. François Oswald, journaliste très connu, a été pendant de nombreuses années au Gaulois qu'il quitta en même temps que M. Cornély. Il entra au Clairon qui parut le lendemain même de l'expulsion de M. Arthur Meyer du Gaulois qui en était le directeur.
M. Oswald est secrétaire général de l'Eden- Théâtre. Il n'est pas le moins gai de la société du dîner.
A l'Hippodrome c'est M. Jeannin et au Cirque M. Ch. Franconi qui exercent les fonctions de secrétaires. Leurs troupes hippiques sont certainement plus faciles à conduire que celles des théâtres dramatiques ou lyriques.
Le président de l'association est M. Dick de Lonlay, dessinateur et écrivain de talent. Il a écrit plusieurs volumes dont il a fait les illustrations. Secrétaire général au Châtelet, il connaît à fond les journaux et les journalistes.
Le secrétaire du dîner est M. Léon Nunès, rédacteur au Petit Caporal et secrétaire général de la Renaissance, très aimable pour ses confrères. M. Edouard Noël dont nous avons cité le nom passe au contraire pour dur ; nous ne parlons pas seulement des petits journaux ; mais pour les grands journaux quotidiens ou hebdomadaires.
Comme à toute association il faut des insignes, les secrétaires de théâtre ont : deux plumes croisées, portant en exergue impossible, regrets.
L'ARLEQUIN
Quelques littérateurs et artistes se réunissaient assez régulièrement chez le restaurateur Ruinet. Le sculpteur Delaplanche proposa de fonder un dîner mensuel ; cette proposition fut adoptée et Y Arlequin naquit.
Par ce titre a-t-on voulu exprimer la diversité des professions représentées à ce repas, par allusion à la bigarrure du costume d'Arlequin ? ou bien est-ce le plat étrange, connu dans la langue verte sous le nom d'arlequin, qui a été le parrain de la société ? C'est une question grave et qui est loin d'être résolue.
Dans tous les cas, nous pouvons affirmer qu'en
plusieurs occasions on vit, dans la salle du festin, se balancer, suspendue au plafond par un fil, une marionnette revêtue du costume si connu delsignor Harlechino.
Le dîner, une lois bien constitué, s'établit au café de Fleurus où il tient ses assises le dernier samedi de chaque mois. Il offre cette particularité qu'il quitte Paris durant la belle saison et va s'installer au Bas-Meudon, chez Dupré. La table — qui est fort belle — est sur une grande terrasse couverte entourée de vignes vierges.
Au pied coule la Seine avec ses canots légers, ses périssoires, ses batelets qui évoluent sur les eaux tranquilles du fleuve ; ses lourdes péniches chargées de bois, de sable ou de houille ; ses remorqueurs traînant lentement de nombreux bateaux ; ses hirondelles et ses bateaux omnibus chargés de voyageurs. En face et à droite, l'île Séguin et l'île des Ravageurs ; à gauche, les gracieuses collines de Sèvres, le parc de Saint-Cloud, Suresne. De la terrasse, on assiste