LA POELE A FRIRE
Comme les gens du nord, de l'est ou de l'ouest et même du centre de la France ne sont pas obligés de savoir ce que c'est qu'un sartanier, nous dirons que les sartaniers sont les Vauclusiens à Paris. Les natifs des plaines plantureuses arrosées par la Sorgues ; ceux qui ont vu le jour aux pieds du mont Ventoux, qui domine la contrée de sa masse imposante ; à Avignon où émergent d'un rocher énorme la masse gigantesque du palais des papes et le Dom, œuvres du génie et de la puissance de l'hommes greffées sur l'œuvre du créateur ; près de la fontaine de Vaucluse aux poétiques souvenirs, où Pétrarque a écrit tant de beaux vers, où Laure a laissé un souvenir qui se
transmet de générations en générations; à Orange qui a donné son nom à une famille royale. Ces Vauclusiens de Paris, galants comme tous les Français devraient l'être, donnent tous les ans une fête précédée d'un dîner, aux dames sartanières.
Cela paraît drôle, à notre époque où la grossièreté est à la mode, où un homme bien élevé n'ose plus offrir la main à une femme pour l'aider même à descendre de voiture, cela semble bizarre de voir des sartaniers avoir le courage d'être polis et par conséquent de s'exposer aux plaisanteries de la majorité d'imbéciles au milieu de laquelle nous sommes forcés de vivre.
La Sartan a été fondée par M. Jules Myès, c'est une des premières réunions régionales de Paris.
Le public change beaucoup ; dans un an, il y a des nouveaux arrivés, d'autres sont retournés au pays ou morts.
Le 29 mars 1884 la réunion eut lieu au Grand Café central, place du Château-d'Eau ; elle était présidée par M. Monestier.